MA LA D 1ES 1 N V ECT I E USES
» solution. Trop longtemps on a cru que c’était en Egypte, » en Syrie, en Turquie, qu’on pouvait arriver à des résultats » utiles et durables. Cela n’est vrai que pour les questions » relatives à l’endémicité et à l’épidémicité de la peste. 11 en » est tout autrement pour la question de la transmissibilité. » C’est en mer, c’est sur les côtes où la peste n’est pas endé- » mique, c’est dans les lazarets d’Europe qu’on peut trouver » des faits concluants, et arriver enfin à la vérité. » [Rapport sur la peste et les quarantaines , p. 133.) Or il est incontestable que la peste a été souvent portée en Occident, et en particulier à Marseille, sur des vaisseaux partis de différents pays du Levant, dans le temps où ces pays étaient le théâtre de l’épidémie pestilentielle. On a vu, en pareil cas, la maladie éclater abord, quelques jours après le départ du navire, chez un ou plusieurs individus, qui, bientôt, la transmettaient à d’autres; ceux-ci, recueillis dans un lazaret européen ont pu la communiquer à leur tour à des chirurgiens quarantenaires, à des gardes de santé. ( Rapport cité ; chap. vi, p. 133.)
6. La transmission contagieuse de la peste, devenue naguère l’objet de vives controverses, semble donc aujourd’hui ne pouvoir plus être révoquée en doute ■. mais dans quelles limites, suivant quelles lois s’opère -t-elle, tant dans les foyers mêmes de l’épidémie qu en dehors de ces foyeis? La solution de ces questions, on le comprend aisément, peut seule conduire à établir, sur des bases vraiment scientifiques, la prophylactique de la peste. Voici, en peu de mots, comment elle a été donnée dans le remarquable travail qui nous sert ici de guide ( Rapport cité; page 199 et suiv.). La peste grave est partout transmissible par contagion miasmatique ; rien ne prouve qu’elle puisse être transmise par le simple contact ou par inoculation. Celte contagion est d ailleurs surtout a craindre pour ceux qui s’exposent pendant longtemps â 1 action des
PESTE : ÉTIOLOGIE
miasmes pestilentiels, dans un local étroit et mal ventilé; à l’air libre, on peut la braver presque toujours sans danger. Quant à la peste sporadique, il ne paraît pas qu’elle soit jamais contagieuse. — Il n’est pas certain que la peste puisse être communiquée par les vêtements qui ont servi auxpestiféîés, il n est nullement démontré que des marchandises puissent la transporter hors des foyers épidémiques. Loin des pays où règne l’épidémie, la maladie n’a jamais éclaté chez des personnes compromises, après un isolement de huit jours; dans les foyers épidémiques, la durée de l’incubation paraît être, en général, beaucoup plus courte. — Enfin, et c’est Là, sans contredit, un des points les plus importants du sujet qui nous occupe, les pestiférés transportés dans un lieu où ne règne pas la peste peuvent bien communiquer la maladie à un certain nombre d’individus; mais il paraît certain que cette peste importée ne pourra pas, en général, prendre assez d’extension pour constituer une calamité publique; elle s’éteindra d’elle-même, le plus souvent, après avoir fait quelques victimes, à moins qu’elle ne rencontre dans le climat, l’atmosphère et chez les habitants des conditions éminemment favorables à son développement.
C. Peste épidémique. — a. Les circonstances relatives aux climats, aux diverses saisons de l’année ne paraissent pas avoir eu une influence décisive sur la marche, la durée et l’intensité des épidémies de peste qui ont été observées dans les contrées où cette maladie n’est pas endémique. Dans ces contrées, en effet, le fléau a pu sévir par les températures et sous les latitudes les plus diverses (1754). Il paraît en être autre ment à l’égard des pays que l’on s’accorde à considérer comme le foyer de la peste; on y voit les épidémies naître et disparaître à des époques de l’année qu’on peut, le plus souvent
déterminer a 1 avance, et qui sont toujours les mêmes pour
MALADIES INFECTIEUSES
une même contrée. En Égypte, par exemple, où la peste éclate à peu près tous les huit ou dix ans, aujourd’hui comme au temps de Prosper Alpin, l’épidémie débute soit en novembre, soit en mars, et elle s’éteint vers le milieu du mois de juin (Prosper Alpin, Clot-Bey, Aubert-Roche). A Constantinople, c’esltoujours pendant les grandes chaleurs de l’été qu’elle commence, c’est-à-dire du lor au 15 juillet; elle finit ordinairement en décembre (Brayer). A Smyrne, les premiers cas se montrent en octobre ou en novembre, et le 15 août est le jour désigné pour rompre les quarantaines.
6. L’étude du sol, celle des dispositions physiques et morales des populations, nous dévoilent un certain nombre de circonstances qui paraissent favorables au développement et à l’extension de la peste. En Égypte, l’épidémie épargne le plus souvent les villes qui, comme le Fayoum et Kosseir, sont bâties sur un sol élevé, sec et aride, ou au voisinage du désert, alors même qu’elles conservent des rapports fréquents avec les pays infectés. Elle frappe surtout les villes du delta, situées sur le Nil, ou entourées de lacs ou de marais : le Caire, Alexandrie, Damiette, par exemple. Venise et Marseille sont, après Constantinople, les deux cités d’Europe qu’elle a le plus souvent visitées, et où elle s’est montrée le plus redoutable. On peut en accuser, au moins en partie, les lagunes de la première, et le port infect de la seconde.
Un sol bas et marécageux, une atmosphère chaude et humide, voilà, en résumé, un concours de circonstances éminemment propres à fixer la peste. Il ne faut pas oublier cependant que cette maladie terrible a autrefois ravagé presque indistinctement des villes d’Europe soumises aux influences topographiques et climatériques les plus opposées. Quant aux causes débilitantes, telles que misère, famine, maux de guerre, oubli des règles de l’hygiène publique et privée, elles peu-
rESTE : ÉTIOLOGIE
vent étendre leur action sur des populations entières, et préparer, en quelque sorte, le terrain, dans lequel tous les agents miasmatiques germent et se développent avec une énergie singulière.
y. Quel que soit le pays où on l’observe, la constitution pestilentielle est, en général, précédée par des affections plus ou moins graves, fièvres paludéennes simples ou pernicieuses, typhus, qui jouent, par rapport à elle, le rôle de maladies prodromiques. — En même temps, beaucoup d’individus éprouvent des douleurs dans les aines et dans les aisselles, ou encore dans les cicatrices des bubons, si autrefois déjà ils ont contracté la peste. — Lorsque l’épidémie esta son début, la maladie tue souvent en quelques jours, en quelques heures, avant même que les bubons se soient manifestés (p. 1 02. G.); plus tard, elle parcourt ses périodes assez régulièrement et se montre moins meurtrière; au déclin, la plupart des malades en réchappent. — Pendant le règne de la peste, les affections intercurrentes deviennent fort rares, souvent même elles s’effacent complètement. — Tous ces caractères placent la peste au premier rang des maladies épidémiques. Est-ce à dire qu’il faille, à cause de cela même, ainsi que le veulent quelques auteurs, lui refuser la propriété de se transmettre par voie de contagion? Assurément non. «Il ne convient pas d’opposer » les maladies épidémiques aux maladies contagieuses: ces » deux qualifications n’impliquent entre elles ni contradic-
» tion, ni coexistence Telle maladie peut être contagieuse
» sans être épidémique ; telle autre, réciproquement, épidé- » mique sans être contagieuse, et telle autre à la fois épi- » démique et contagieuse » (97. B. 2). La peste est un exemple frappant du dernier genre.
La transmission contagieuse de la peste, restreinte, comme elle paraît l’être, dans des limites assez étroites (B, S.) ne sau-
MALADIES INFECTIEUSES
tait expliquer à elle seule le développement, les progrès et les migrations des grandes épidémies pestilentielles. La maladie éclate tout à coup, et simultanément, sur divers points d’un même territoire, d’une même ville ; elle frappe le même jour, à la même heure, des individus qui n’ont pu avoir entre eux aucune communication ; elle se transporte d’une ville à une autie, sans s arrêter dans les localités intermédiaires; elle se répand, enfin, sur un grand nombre de contrées, après avoir traversé les mers, franchi les chaînes de montagnes, déjoué tous les obstacles qu'on lui a vainement opposés, en suivant dans sa marche, dirigée, à l’origine, de l’orient vers l’occident, un itinéraire qui semble tracé à l’avance. La contagion n’est certainement pas l’agent principal de ce grand phénomène, bien qu’elle joue, suivant toute probabilité, un rôle impoitant. Dans les foyers de peste, l’épidémie se développe, sans doute, par suite de la concentration insolite des miasmes engendrés sur les lieux mêmes ; la migration de ces mêmes miasmes ou de leurs germes, à travers l’atmosphère et sous l’impulsion d’agents inconnus, produit apparemment les épidémies mobiles, celles qui se propagent dans les régions les plus éloignées du foyer primitif, malgré toutes les barrières qu’on leur oppose.
D. Causes prédisposantes personnelles. — Les nègres paraissent avoir une singulière prédisposition à contracter la peste; chez eux, la maladie se montre habituellement très grave, et le plus souvent mortelle. Cela tient sans doute, au moins en partie, aux conditions hygiéniques déplorables au milieu desquelles ils vivent. Les classes les plus misérables viennent en première ligne, sur les tableaux de mortalité dressés par M. Aubert-Roche, lors de l’épidémie qu’il a observée à Alexandrie, en 1835. Sur ces tableaux, les fellahs et les Maltais viennent immédiatement après les nègres ; puis, ce
PESTE : ÉTIOLOGIE
sont les Grecs et les Juifs, puis, les Turcs, et en dernier lieu, les Européens. — Aucun âge n’est exempt de la peste ; le docteur Pruner a vu des enfants de trois à six mois succomber à la maladie, en vingt-quatre ou quarante-huit heures, avec des bubons au cou ou à l’aisselle. Mais, en général, les enfants et les vieillards sont moins souvent atteints que les adultes (Aubert-Roche).— Les individus faibles et cachectiques, ou atteints de maladies chroniques, de phthisie, par exemple, ne sont pas plus que d’autres, épargnés par l'épidémie. — Une première attaque de peste ne met pas toujours à l’abri des récidives (Diemerbroeck, Chenot, Clot-Bey). Quelques sujets ont pu être atteints, dit-on, jusqu’à trois fois, dans le cours d’une même épidémie (Chenot). Suivant le docteur Pruner, les récidives n’ont lieu, en général, que dans les cas où, lors de la première attaque, il n’y a eu ni éruption de charbons, ni suppuration des bubons.
NOTE HISTORIQUE
La peste a régné en Égypte, comme elle y règne encore aujourd’hui, dès avant le premier siècle de l’ère chrétienne. Le fragment de Rufus d’Éphèse, conservé par Oribase, et retrouvé par Angelo Mai (1746), ne peut laisser subsister aucun doute à cet égard. La pratique si originale de l’embaumement des hommes et des animaux, et quelques autres coutumes de l’antique civilisation égyptienne, relatives à l’épuration de Pair et du sol, étaient peut-être des mesures d’hygiène publique, en grande partie dirigées contre ce fléau redoutable. FrancliissaiL-il, dans ce temps-là, ses limites habituelles pour se répandre sur l’Europe? On est porté à le croire, si l’on remarque qu’il est souvent question, chez les historiens de l’antiquité, d’épidémies meurtrières qui, parties d’Égypte, parcouraient, en les dévastant, tantôt l’Europe et tantôt l’Asie.
Toutefois, les documents nous manquent pour décider si ces épidémies étaient bien, en réalité, des pestes à bubons. La fameuse peste d’Athènes (429-430 av. J.-C ) est devenue ellemême le point de départ de thèses fort contradictoires, malgré la belle description que Thucydide nous en a laissée, et il est incertain, s'il faut la faire figurer dans un tableau chronologique des grandes pestes qui ont envahi l’Europe (Schœnke, De peste Pendis setate A then. affligent., Lipsiæ, 1831, p 25 32. — Daremberg, loc. cit.). On peut en dire autant de la plupart des épidémies mentionnées, sous le nom de pestes, par les écii vains d une époque moins reculée. — La première de ces pestes, dont l’identité ne soit pas contestable, est celle qui fut déciite pai Evagrius et par Procope, témoins oculaires. Elle éclata, en Égypte, 1 an 541 de notre ère, sous le règne de l’empereur Justinien. Originaire, dit-on, de l’Éthiopie, elle gagna bientôt Péluse, d où. elle se répandit d’un côté vers l’occident, par Alexandrie, et de l’autre vers l’orient, sur la Palestine. Au printemps de l’an 542, elle avait atteint Constantinople, et, 1 année d’après, elle frappait successivement la Lombardie, la Ligurie, les Gaules et enfin l’Espagne. — On la vit ensuite envahir les contrées jusqu’alors respectées par elle, ou se reproduire sur les lieux qu’elle avait déjà ravagés. Ainsi, en 546, elle parut en Allemagne; en 564, elle éclata de nouveau en Lombardie, à Gènes; en 571, elle était en Auvergne ; en 582, puis en 591, en Touraine ; en 589, à Rome et dans toute l’Italie; en 599, à Marseille, etc., etc. En un mot, pendant plus d’un demi-siècle, cette peste a dévasté, presque sans relâche, à peu près toutes les régions du monde alors connu. Les dénominations de Morbus inguinarius , Clades inguinaria , par lesquelles les historiens et les annalistes du temps l’ont souvent désignée, semblent indiquer déjà qu’elle fut bien une peste à bubons ; les récits de Procope ( De bello Persico , III, c. 22) et d’Evagrius [Hist. codés..
RESTE : BISTORIQUE
I, IY, c. 29), établissent le fait d’une manière irréfragable.
Du vie au xive siècle, la peste sévit maintes fois en Europe, particulièrement en Italie. Les pestes de 1016-1022 furent presque générales. — C’est vers le milieu du xiv° siècle que la fameuse épidémie connue sous le nom de peste noire , éclata en Europe. Où prit-elle naissance? Les historiens d’alors la font venir du Cathay, c’est-à-dire du nord de la Chine. Pour le savant Mead, qui ne voit qu’une fable dans cette tradition, il n’est pas douteux que la peste noire ait eu, comme les précédentes, l’Afrique pour berceau L Quoi qu'il en soit, il paraît certain qu’elle ravagea d’abord, dans le cours de l’année 1346, l’Égypte, la Turquie, la Grèce, la Syrie et l’Inde; puis, en 1347, elle envahit l'Europe en commençant par la Sicile, Pise, Gênes, etc. En 1348, elle se répandit sur toute l’Italie, à 1 exception de Milan et de quelques contrées voisines des Alpes. La même année, elle franchit ces montagnes, désola la Savoie, la Bourgogne, la Provence, le Dauphiné, le Languedoc ; puis, elle passa en Espagne, qu’elle parcourut du nord au midi, dans presque toute son étendue. En 1349, elle gagna l’Angleterre, l’Ecosse, l'Irlande et les Flandres; en 1350, elle parut en Allemagne, en Hongrie, dans le Danemark et en Suède; puis elle revint sur ses pas, ravagea de nouveau la France et l'Italie, et s’éteignit enfin, suivant Papon, l'an 1363. Dans certains lieux, à Florence, par exemple, la peste noire paraît avoir été, dès le début de l’épidémie, caractérisée par des bubons qui survenaient aux aines ou aux aisselles, et par des taches livides qui couvraient toute la surface du corps
1. La fièvre a bubons qui a été récemment observée dans certaines provinces de Indoustan, et décrite par les médecins anglais sous le nom de ahp ague, se rapproche de la peste noire par un assez bon nombre de symptômes et en particulier par l’existence fréquente de la toux etdes crachements de sang. Elle parait d’ailleurs s’étre développée dans les lieux memes qu elle a ravages. Les remarques que nous empruntons à un travail récent du docLeur Hirsch (1746) sembleraient donner gain de cause à la version qui place en Asie le point de départ du grand fléau du xiv° siècle.
MALADIES INFECTIEUSES
(Boccace, Décaméron). Ailleurs, les bubons et les charbons manquaient, en général, pendant la première période de l’épidémie; l’hématurie, les selles sanglantes, les épistaxis, et principalement une toux sèche suivie d’hémoptysie, épiphénomènes qu on trouve quelquefois indiqués dans les relations de quelques pestes d une époque ultérieure, s’observaient alors dans la majorité des cas. Les malades périssaient très rapidement. (Guy de Chauliac, Chirurgia magna , t. II, c. Y. ; Chaulin de Yinario, De peste, libr. III). — Dans le xvc siècle, de 1416 à 1450, l’Asie Mineure, la Dalmatie, la Hongrie, l’Itatalie, l’Allemagne, la Belgique, la France et l’Espagne, furent cruellement ravagées par le fléau. C’est en 1403 que fut créé, à Venise, le premier lazaret contre la peste. — Pendant le cours du xvi° siècle, la peste éclata souvent pn Europe; elle sévit principalement en Italie, dans le midi de la France, en Allemagne, mais elle n’eut pas, ce semble, d’unité d’action, de mouvement progressif. Elle frappa, pour ainsi dire, sans règle, les contrées les plus distantes. Prosper Alpin nous apprend qu’à cette époque, la peste sévissait fréquemment en Égypte et dans tout l’Orient. — Au xvne siècle, la peste parcourut toute l’Europe, et elle y pénétra jusque dans les régions les plus septentrionales. On la vit, dit-on, l’an 1670, en Laponie (Ozanam). Parmi les épidémies les plus mémorables de ce siècle, on cite surtout celle de Nimègue (en 1635) et celles de Londres (en 1636 et 1665). On manque de renseignements positifs sur l’état de l’Égypte pendant cette période. — La peste éclata un grand nombre de fois en Égypte et dans tout l’Orient, pendant le cours du xvme siècle. En Europe, elle parcourut la Pologne, la Russie, l’Allemagne, la Prusse, et sévit dans les villes du Nord, telles que Dantzick, Hambourg, Copenhague, Stockholm. Elle ravagea aussi la Provence. Les pestes de Marseille (en 1720), celles de Transylvanie (en 1755- 57), de Moscou (en 1770), sont particulièrement célèbres. —
I‘ESÏE : TUÉRAI’EUTIQUE
Au xix° siècle, pestes nombreuses en Égypte, en Turquie, en Grèce. La peste à bubons éclata à Noja, petite ville du royaume de Naples, en 1815, à Odessa, en 1837 b
THÉRAPEUTIQUE
a. La peste, on peut l’espérer, disparaîtra complètement un jour, devant les progrès incessants de la civilisation. Elle cessera, sans doute, de se reproduire dans les lieux où elle a pris naissance tant de fois déjà, alors qu’on y aura détruit, dans les villes et dans les campagnes, tous les fuyers d’infection et mis en vigueur des réglements rigoureux pour y prévenir l’encombrement, y soulager les misères, et y assurer, en un mot, le bien-être des populations. Mais, jusqu’à ce jour, rien ne prouve qu’elle soit à tout jamais éteinte2. Si donc l’épidémie venait à éclater dans une ville, par exemple, il faudrait aussitôt assainir les lieux et disperser les individus, tout en prenant des mesures nécessaires pour éviter la diffusion du mal par voie de contagion. Ainsi, les gens non contaminés devraient abandonner la localité infectée ; ils iraient camper dans un lieu plus ou moins éloigné et où il leur serait interdit de communiquer avec les habitants des contrées voisines; les-maisons seraient nettoyées, aérées, purifiées; elles resteraient vides pendant un an au moins. Les pestiférés seraient isolés, disséminés et placés dans des endroits élevés et bien ventilés. Ces mesures pourraient, sans doute, restreindre l’action du fléau, l’arrêter même parfois dans son mouvement d’expansion. Mais, surtout lorsqu’il y a grande épidémie, les miasmes qui propagent la peste peuvent, à l’instar des miasmes choléri-
1. Extrait du tome IV des Éléments de pathologie médicale de Requin, Î863
2. La conférence sanitaire internationale, dont les travaux ont été publiés
à Paris, en 1852, établit qu’aucun cas de peste n’a été observé à Constantinople, depuis 1838, dans le reste de la Turquie d’Europe, depuis 1849 en Asie Mineure et en Syrie, depuis 1843, en Egypte, enfin, depuis 1841 ’
MALADIES INFECTIEUSES
ques, acquérir le privilège de franchir des distances considérables à travers l’atsmosphère, sans rien perdre de leur activité. L’isolement, quelque rigoureusement observé qu’on le suppose, ne saurait être considéré, en pareil cas, que comme un moyen prophylactique d’une importance secondaire et d’une efficacité presque douteuse. On comprend par là ce que seront les quarantaines et les cordons sanitaires contre la peste, lorsqu’il sera devenu possible de les établir d’après des données purement scientifiques. (A. Tardieu, Dictionn. d’hygiène publique et de salubrité , t. III, p. 87, p. 267.)
6. On ne connaît pas de remède qui puisse préserver de la peste ; on ne connaît, en outre, aucun médicament spécifique qui puisse atteindre et neutraliser le poison morbide, dès qu’il a pénétré dans l’économie et qu’il y a exercé ses terribles ravages. On en serait donc réduit à se guider d’après les indications rationnelles, si l’on se trouvait en présence d’un pestiféré. Les médications antiphlogistiques, stimulantes, évacuantes et d’autres encore qui ont été préconisées tour à tour, ne sauraient par conséquent être mises en œuvre dans chaque cas indistinctement, à toutes les périodes de la maladie et dans toutes ses formes. Tantôt, par exemple, la prostration des forces sera telle, dès le début, qu’il faudra ranimer le malade à l’aide des cordiaux les plus énergiques ; tantôt, au contraire, la forme hyperlhénique se dessinera assez franchement pour qu’il faille avoir recours aux émissions sanguines. Mais il nous paraît peu utile d’entrer, à ce propos, dans de plus longs développements, et les règles qui ont été tracées lorsqu’il s’est agi de la thérapeutique des pyrexies typliodes, celles principalement qui concernent l’administration des toniques, des stimulants et des antiphlogistiques, dans ces pyrexies, devraient, ce nous semble, trouver ici leur application (1696-1732).
Les médecins des siècles passés se sont souvent appliqués à
PESTE : THÉRAPEUTIQUE
provoquer l'apparition et la suppuration des bubons. De pareilles tentatives sont, ainsi qu’on l’a reconuu de nos jours, au moins inutiles (Aubert-Roche). Les bubons et les charbons pestilentiels ne paraissent pas réclamer d’autres soins que ceux qu’on dirige contre ces mêmes affections, lorsqu’elles apparaissent dans des maladies autres que la peste.
Fièvre jaune.
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