‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 28 sur 101 · I’ESTE : PRONOSTIC · texte numérisé non relu

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un ensemble de symptômes qui ne permettra plus qu’on la méconnaisse.

B. Analogies entre la peste et les affections charbonneuses. — Il n’est, sans doute, pas hors de propos de faire ressortir ici 1 analogie qui existe entre la peste et les affections charbonneuses considérées chez les animaux et chez l’homme. Chez les bêtes bovines, car c’est là surtout que la ressemblance est frappante, l’épizootie charbonneuse éclate de préférence dans les pays marécageux, après les inondations suivies de grandes chaleurs; l’encombrement favorise son développement, la contagion miasmatique multiplie ses effets et étend sa sphère d activité. Tantôt 1 animal succombe dans l’espace d’un jour, de quelques heures même, sous le coup d’une fièvre charbonneuse sans interruption, frissons intenses et répétés; anxiété avec respiration inégale, démarche chancelante et fixité du regard : prostration avec pouls vite, petit, concentré, irréguliers ; évacuations séreuses et parfois sanglantes : tels sont les symptômes qui dominent en pareils cas. — D’autres fois, la maladie affecte une marche moins rapide, et il y a plus de chances de guérison. La fièvre est marquée par une chaleur vive, avec pouls large et résistant: l’anxiété est moins prononcée que dans le cas précédent. Des bubons apparaissent à l’aine, dans le pli du flanc, au cou, dans les régions sous-giossiennes et sous-parotidiennes; des pétéchies , des tumeurs charbonneuses , avec gangrène circonscrite ou diffuse, se montrent sur diverses parties du corps. Ces affections locales, sont considérées comme une éruption critique par bon nombre d’auteurs, et leur apparition coïncide, en effet, assez fréquemment avec un amendement durable de tous’ les symptômes. Mais trop souvent aussi, cet heureux événement n’a pas lieu; la maladie revêt décidément le caractère typhoïde, et 1 animal succombe le plus souvent. Alors même que la

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mort survient dans un laps de temps très court, à la suite d'une attaque de lièvre charbonneuse, foudroyante, par exemple, on trouve, à l’ouverture des cadavres, la rate volumineuse et ramollie ; le cœur droit et les gros troncs veineux sont gorgés d’un sang noir, comme sirupeux; les membranes muqueuses et. séreuses, sont tachetées de larges ecchymoses ; les ganglions lymphatiques du mésentère, de la région lombaire, de l’entrée du bassin, ceux des membres, enfin, sont plus gros qu’à l’état normal, souvent ramollis et entouré d’une infiltration séreuse et sanguinolente. Toutes ces lésions sont plus prononcées encore, dans les cas où la maladie a marché moins rapidement. (Delafond, Traité de la maladie de sang des bêtes bovines, Paris, 1848, p. 179; — Heusinger, Die Milzbrand-krankhèiten der Thiere und der Menschen, Erlangen, 1850.) — Si nous comparons ces lésions et ces symptômes aux lésions et aux symptômes qui caractérisent la peste, nous reconnaîtrons qu’il existe entre cette maladie et l’affection charbonneuse épizootique, des traits de ressemblance assez nombreux et assez frappants, pour justifier le rapprochement que nous avons voulu établir. Mais ce n’est pas tout: communiquée à l’homme par voie de contagion, ou, ainsi que cela paraît avoir lieu quelquefois, développée chez lui primitivement, la maladie charbonneuse peut se manifester par des symptômes en tout semblables à ceux que nous venons de décrire ; revêtir, en un mot, la forme de fièvre charbonneuse, accompagnée ou non d’éruption, et, par conséquent, simuler la peste. Dans des lieux et dans des circonstances où l’apparition de cette dernière maladie est une éventualité supposable, le diagnostic pourrait certainement présenter, parfois, de sérieuses difficultés. Le plus souvent, cependant, il serait facile, en remontant à la source du mal, de reconnaître que le point de départ de tous les accidents, n’est autre que le virus charbonneux transmis par contagion aux hommes qui ont ap-

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proché les animaux malades, ou qui ont manié leurs dépouilles. On parviendrait, de la même manière, à distinguer la pustule maligne des cas où la peste se traduit uniquement d’abord, ainsi que l’admettent quelques auteurs, par une affection gangréneuse toute locale de la peau.

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De l’aveu de tous les loïmographes, c’est toujours chose fort difficile que de prévoir l’issue d’un cas donné de peste. — Parmi les signes d’heureux augure, on a noté les suivants : apparition des bubons vers le troisième ou quatrième jour, coïncidant avec un amendement marqué de tous les symptômes; chaleur douce et moiteur de la peau se montrant dès le début de la maladie, et persistant pendant son cours; un pouls plein et régulier. — On range, au contraire, parmi les signes funestes, les pétéchies larges et nombreuses, l’hématurie, les selles, les vomissements sanglants; l’apparition prématurée, l’affaissement brusque des bubons; l’ataxie du pouls, le refroidissement des extrémités, la prostration extrême des forces. — Le pronostic varie, d’ailleurs, en règle générale, suivant les périodes d’une même épidémie. Au début, tous les cas sont graves; vers le milieu, beaucoup de malades guérissent; ils guérissent presque tous vers la fin. — La peste sporadique est presque toujours une maladie bénigne.

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A. Développement primitif de la peste. — a. La peste qui, pendant des siècles, étendit ses ravages sur toute la surface de l’ancien monde, semble aujourd’hui confinée dans les limites de 1 empire ottoman. x\.u nord, elle ne franchit pas le 24° et au midi, le S Ie degré de latitude boréale; à l’est, on ne la

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voit plus au-delà d’une ligne fictive qui joindrait le fond du golfe Persique à la mer Caspienne; à l’ouest, elle s’arrête aux frontières politiques ou naturelles de l’empire. Presque tous les points habités de ce vaste territoire peuvent la voir régner sous forme d'épidémies plus ou moins meurtrières; mais il en est un certain nombre où elle ne s’éteint peut-être jamais complètement, et où elle paraît trouver les éléments d’une reproduction pour ainsi dire incessante. On cite surtout, parmi ces foyers primitifs de la peste , en Afrique, les villes du delta; en Syrie, Alep et la plupart des cités du littoral maritime; dans la Turquie d’Asie, sur les côtes, Smyrne principalement; à l’intérieur, Erzeroum et les villages voisins que baignent les sources septentrionales de l’Euphrate; dans la Turquie d’Europe, Constantinople, et tout à fait au nord, les centres de population disséminés dans les contrées marécageuses que parcourt le Danube, depuis Belgrade jusqu’à la mer.

6. Dans ces contrées où la peste prend naissance, l’atmosphère est chaude et humide, au moins pendant une bonne partie de l’année; le sol est, le plus souvent, bas et marécageux, sillonné par des canaux mal entretenus, des rivières fangeuses, ou traversé par des fleuves sujets à des débordements annuels. Dans les villes, on trouve des égoûts infects, des cimetières situés au milieu des quartiers les plus peuplés; les rues, non pavées, sont étroites, sombres, tortueuses, encombrées d’immondices; les habitations sont mal bâties, mal ventilées, toujours trop resserrées pour les nombreux individus qui y vivent; ceux-ci, le plus souvent, plongés dans une misère profonde, font usage d’une nourriture insuffisante et malsaine. Toutes ces circonstances sont éminemment propres à entretenir, à activer la décomposition des matières animales

et végétales, et à accroître les propriétés délétères des produits

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de celle décomposition. Elles expliquent ainsi suffisamment l’apparition de ces typhus (1568), et de ces maladies d’intoxication paludéenne (1448), qui, habituellement, précèdent, suivent la peste, et, quelquefois, coexistent avec elles; elles favorisent probablement aussi le développement et la propagation de la peste elle-même; mais leur élude ne nous apprend rien de plus. La peste, en effet, ainsi que le démontrent tous les points de son histoire pathologique, est un type vraiment à part d intoxication miasmatique : elle réclame, par conséquent, des causes génératrices toutes spéciales : or, celles que nous avons énumérées plus haut peuvent se rencontrer, à peu près au même degré, dans des pays où on ne la voit jamais naître.

B. Transmission contagieuse de la peste. — a. Pour l’observateur placé dans le lieu même où sévit une maladie épidémique, il est, on le conçoit, toujours fort difficile de discerner sûrement les effets de la contagion d’avec ceux qui appartiennent à l’influence atmosphérique ; en dehors du foyer de l’épidémie, au contraire, le problème est beaucoup plus simple. 11 suffit, en effet, pour le résoudre, de suivre la maladie pas à pas, dans son développement progressif, et de faire voir que l’apparition des cas s’opère dans l’ordre des rapports intimes des individus. Ces remarques s’appliquent parfaitement à la peste. Les membres de la commission nommée en 1844, par l’Académie de médecine, pour examiner toutes les questions relatives aux quarantaines, ont eu soin de le faire sentir. « Pour résoudre, dit Prus, organe de cette commis- » sion, complètement et définitivement la question delà tran- » smissibilité de la peste par les individus, les vêtements ou » autres objets infectés, c’est loin des contrées où la peste est » endémique, c’est loin des foyers épidémiques que les ob- » servateurs doivent s'appliquer à trouver les éléments de la

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