Comptes rendus de la Société de biologie , 1857, p
2<P AFFECTIONS DU TÉGUMENT EXTERNE
quinzaine de jours. Il y a beaucoup de soif, de l’inappétence, de la diarrhée. Les selles sont tout à fait séreuses, au nombre' de quatre ou cinq dans les vingt-quatre heures; il y nage des flocons albumineux sous forme de grumeaux ; le malade ne ressent aucune douleur dont il puisse préciser le siège, si ce n’est au niveau delà région rénale gauche, où il éprouve depuis longtemps, dit-il, une douleur sourde.
Le 14 septembre, l’exploration du thorax fait découvrir au sommet du poumon droit les signes physiques en rapport avec 1 existence de tubercules pulmonaires ; il y a même plusieurs excavations. Les urines, très claires, peu abondantes, traitées par 1 acide nitrique, donnent un précipité albumineux assez abondant. La diarrhée persiste, et il s’y mêle un peu de sang sous forme de caillots. Lalgidité persiste; le pouls est à peine sensjble.
Le 15 septembre, on constate les particularités suivantes : La peau du malade présente une coloration brune, bronzée, très foncée, plus foncée en certaines parties que ne l’est la coloration de la peau d un mulâtre. Celte coloration est à peine sensible à la face et aux mains, ce qui fait quelle serait passée inaperçue si 1 on n 'avait eu l’occasion de découvrir le corps du malade. Elle est disposée sous forme de grandes taches dont chacune recouvre toute une région du corps. L’une d'elles enveloppe le cou dans toute son étendue ; elle est très foncée. La poitrine, mais surtout l'abdomen et le scrotum, sont recouverts d'une grande plaque d’un biun très sombre ; les épaules et les bras, les cuisses surtout, dans leurs parties antérieures et externes, présentent une coloration très sombre ; au contraire les mains et les avant-bras, les pieds et les jambes sont complètement épargnés et présentent une couleur normale. La teinte bronzée est très foncée sur la région latérale du thorax ; elle 1 est moins à la région du dos. Ces plaques brunes ne se limitent pas par des bords tranchés; elles se fondent au contraire par des gradations insensibles dans la teinte généîale des parties voisines. A part cette coloration bronzée si remarquable, rien à noter sur le tégument externe, si ce n’est un état lichénoïde léger, mais presque général, qui rend la peau rugueuse et qui oblige le malade à se gratter.
COLORATION BRONZÉE DE LA l'EAU
L’état des forces s'amoindrit chaque jour; la diarrhée persiste quoi qu’on fasse ; les urines sont toujours albumineuses, l’algidilé continue, et le malade meurt tout à coup presque sans agonie le 25 septembre 1857. Une gouttelette de sang, tirée d’un des doigts de la main, par une légère piqûre, ayant été examinée au microscope, on n’y a trouvé rien d’anormal, et, en particulier, on n'y a pas constaté l'existence de corpuscules de pigment.
Autopsie. — Cerveau. — On trouve un petit kytse rempli de sérosité, siégeant à la corne frontale droite.
Poumons. — Le lobe supérieur droit est farci de tubercules à divers degrés de développement. Il y a là quelques excavations d’un petit volume ; quelques tubercules disséminés au sommet du poumon gauche. — Cœur.— De petit volume, normal d’ailleurs.— Foie. — Petit, sans altération notable — Les épiploons , le mésentère et le tissu cellulaire sous-périLonéal par place, contiennent une accumulation de graisse qui contraste avec l’état de maigreur extrême que présente le cadavre. — Intestins. — Tubercules dans la membrane muqueuse de l’iléon. Çà et la quelques ulcérations tuberculeuses. — Rate. — De petit volume, de consistance normale, ne présentant pas une coloration plus foncée que cela n’a lieu en général.
Reins. — Ils sont de petit volume et présentent une surface inégale, bosselée, lobulée. Lorsqu’ils ont été incisés, on y constate tous les caractères qui distinguent l’altération de Bright f3° degré). — Les capsules surrénales ont leur volume normal et leur forme habituelle. Elles sont divisées du hile au bord convexe ; et, à première vue, leur tissu examiné sur les surfaces de section, n’offre aucun dépôt morbide apparent, et ne montre pas non plus une de ces altérations évidentes de coloration qui accompagnent ordinairement les lésions internes. Cependant, une étude plus attentive fait découvrir quelques modifications. On n’aperçoit pas distinctement la substance médullaire qui paraît avoir pris les mêmes caractères que la substance corticale, et tout le tissu présente une teinte jaunâtre, surtout prononcée en quelques points qui s’éloignent un peu de la couleur ordinaire des
affections du tégument externe
capsules surrénales. Mais ces modifications sont, en somme, assez légères pour qu’il soi L impossible d’affirmer que les capsules sont altérées.
L’examen microscopique donne, au contraire, des résultats tranchés. Chaque préparation présente une quantité considérable de granulations graisseuses, la plupart très petites, dont quelques-unes cependant sont assez grosses. Les éléments propres des capsules sont recouverts de ces granulations et s'aperçoivent avec quelque difficulté. Dans les préparations où l’on réussit à bien isoler les cellules du parenchyme, on voit que ces cellules sont un peu boursouflées, d'une teinte sombre et sont remplies de nombreuses granulations graisseuses. Dans les points les plus jaunâtres, la graisse se trouve accumulée en bien plus grande quantité. Les capsules ont donc subi une altération graisseuse profonde, et ressemblent complètement sous ce rapport au foie gras des phthisiques. Nous avons fait l’essai de la substance de ces capsules en faisant bouillir une partie de ce qui devait avoir été la substance médullaire avec 5 ou 6 centimètres cubes d’eau dans un tube de verre et en ajoutant ensuite goutte par goutte de la teinture d’iode: nous n’avons pas obtenu la coloration rose, un peu vineuse, qui est la réaction caractéristique des capsules surrénales à l’état sain.
Peau. — Les parties colorées de la peau ont été aussi examinées au microscope. — Les cellules de la coupe de Malpighi contiennent des granulations pigmentaires foncées et très nombreuses ; en outre, il y a aussi du pigment dans un grand nombre de points de la couche superlicielle du derme. Ces points ont une couleur brunâtre plus ou moins foncée. Le pigment y est en teinte uniforme ou en granulations, et il a pour siège soit des cellules étroites à prolongements multiples, soit des éléments fusiformes allongés qui nous ont paru faire partie des éléments normaux du derme. Le pigment dans le derme ne forme pas une couche continue, mais est réparti sur des points plus ou moins rapprochés, en îloLs nombreux, souvent irréguliers, et de dimensions très variables.
Dans un cas de maladie bronzée où la peau avait éLé examinée