‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 4)Chapitre 14 sur 73 · DIAGNOSTIC RÉGIONAL · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC RÉGIONAL

Quoi qu'il en soil, les seules localisaLions de ce genre, accessibles à la clinique, sont ici encore, comme pour le cas du ramollissement, celles qui répondenlà l'envahissement du domaine lenticulo-strié, ou à celui du domaine lenticulo-optique.

11 y a lieu de remarquer, dès à présent qu'en ce qui concerne l'hémorrliagie, il se présente pour l'interprétation des symptômes, des difficultés qui n'existent pas, du moins au même degré, dans le ramollissement. Si l'on n'en est pas informé, on sera exposé à rapporter aux effets de la destruction une partie des accidents qui sont tout simplement le résultat d'un phénomène de voisinage. Je fais allusion à la compression que, dans les premières périodes, un épancheraent de sang ne manque jamais de produire, à une certaine distance, sur les parties voisines, pour peu qu'il ait quelque étendue. C'est là un point sur lequel je reviendrai, d'ailleurs, dans un instant.

On peut, en somme, réduire à un très petit nombre de propositions les faits acquis définitivement, relatifs audiagnostïc régional des diverses parties qui entrent dans la composition des masses ganglionnaires centrales du cerveau.

1" Pour ce qui regarde d'abord les lésions isolées de chacun des noyaux gris centraux, sans participation de la capsule interne, nous ne sommes pas encore, ainsi que je l'ai annoncé, en mesure aujourd'hui de les reconnaître à des caractères cliniques spéciaux,

r<) Ainsi, on ostdans Timpossibilité de distinguer, pendant

1U2 MÎSIONS ISOLKKS UIÎS NOYAUX (iRIS CfCNTHAUX

la vie, une lésion limitée au noyau lenticulaire, d'une lésion circonscrite dans le noyau caudé et les lésions de la couche optique, — bien que sur ce dernier point il y ait lieu, peutêtre, de faire quelques réserves, — se confondent cliniquement, en général, avec celles qui se produisent dans les deux compartiments du corps strié.

Les symptômes qui accompagnent ces lésions limitées aux noyaux gris centraux^ sont ceux V hémiplégie cérébrale vulgaire. Cette forme d'hémiplégie cérébrale peut être dite centrale, pour la distinguer des paralysies motrices qui résultent quelquefois de la lésion de certaines régions superficielles et que, par opposition j'appellerai hémiplégies cérébrales co?"ticales.

b) Dans la majorité des cas, la paralysie liée aux lésions des noyaux gris centraux porte sur le mouvement seul; les troubles de la sensibilité, se présentant avec les caractères qui distinguent V hémianesthésie cérébrale, s'y adjoignent parfois, cependant, dans des circonstances particulières qui vont tout à l'heure fixer notre attention.

c) L'hémiplégie, liée aux altérations ainsi circonscrites dans les noyaux gris, est communément transitoire, passagère, peu accusée, non indélébile, en tous cas, et, partant comparativement bénigne. 11 est clair qu'en formulant cette proposition, j'éloigne toute complication capable de modifier profondément le tableau, telle que serait, par exemple, l'irruption d'un foyer d'hémorrhagie, même de petite dimension, dans une cavité ventriculaire. Des symptômes graves, à savoir: la contracture précoce, des. convulsions épilepti formes, surviendraient à peu près nécessairement eu pareil cas, et la mort plus ou moins rapide est la conséquence àpeu près obligatoire d'une semblable complication.

LÉSIONS ANTRUIRUHES l)F, l,A (lAPSULR lIXTKnNF 103

La bénignité relative des lésions limitées à la substance des noyaux gris Lient sans doute pour une part à cette circonstance que ces noyaux ne sont à peu près jamais lésés dans leur totalité. Ainsi, jamais le noyau caudé, par exeraplO;, — et ce fait s'explique par le mode de distribution des vaisseaux qui s'y rendent — n'est détruit dans toute son étendue^ du moins isolément, c'est-à-dire, sans la participation de la. capsule interne ou des autres noyaux gris. D'un autre côté, le caractère transitoire de la paralysie résultant de ces lésions partielles des masses ganglionnaires centrales peut indiquer^ ainsi que nous le verrons, l'existence d'une sorte de suppléance fonctionnelle ^ouyanl s'établir au besoin, soit entre les diverses parties du noyau caudé, soit entre le noyau caudé et les divers segments du noyau lenticulaire.

2° En revanche, les lésions de la capsule interne, alors même qu'elles sont absolument limitées à ce tractus blanc, et qu'elles n'intéressent enrien la substance des noyaux gris, ces lésions dis-je, produisent l'hémiplégie cérébrale vulgaire, sous une forme, en général, très accentuée et plus ou moins persistante. Ainsi, même très circonscrites, principalement lorsqu'elles sont situées très bas du côté du pédoncule, ces lésions déterminent une paralysie motrice qu'accompagne à peu près nécessairement la contracture tardive, symptôme d'un fâcheux augure dans l'espèce parce qu'il annonce. dans la règle que la paralysie résistera à tous les moyens thérapeutiques.

> Il convient, d'ailleurs, d'établir ici une distinction importante. Ainsi que nous l'avons annoncé, en effet, les symptômes varient remarquablementsuivani le siège qn'aiïo(;to la lésion dans la capsule interne.

Si elle occupe un ])(iint quelc()nqu(i des deUiV tiers anté-

JOi LÉSIONS POSTICIlIRUItRS DR LA GAPSLLIC INTIÎRNR

rieurs de la capsule, région où ce Lraclus lîlanc sépare l'exlrémilé antérieure du noyau lenticulaire de la tête du noyau caudé, et qui appartient, comme vous le savez, au domaine de l'artère lenticulo-striée, la paralysie portera exclusivement sur le mouvement ; aucun trouble durable de la sensibilité ne viendra s'y adjoindre.

Fig. 23. — Foyer dhémorrhagie extra-lenticulaire au niveau de la partie postérieure de la couche optique; — hémianesthésie cérébrale. — A. corps calleux et piliers postérieurs de la voûte. — B, B, cavité des ventricules latéraux. — G, G, couches optiques. — D, D, noyaux lenticulaires. — EE, région postérieure ou lenticulo-op tique de la capsule interne. — P, capsule externe. — GG, avant-mur. — HH, insula. — I, I, corne dWmmon et corne sphénoïdalc du ventricule latéral. — ff, foyer hémorrhagique extra-lenticulaire intéressant par en haut la capsule interne. — SS, extrémité postérieure du noyau caudé.

Si, au contraire, ayant envahi le domaine des artères lenticulo-optiques, la lésion porte sur le tiers postérieur de la capsule, dans la région oîi celle-ci passe entre l'extrémité postérieure du noyau lenticulaire et la couche optique, la présence de V hémianesthésie cérébrale sera pour ainsi dire chose fatale. Le plus souvent, la lésion siégeant en quelque sorte sur un terrain, mixte, la paralysie du sentiment s'accompagnera d'une

COMPniîSSION DR LA CAPSULE INTRnMi-. 105

hcmipli'igie moLrico plus ou moins accentuée. Mais il peut arriver que l'iiémianesthésie cérébrale se présente isolée, du moins à titre de phénomène permanent dans le cas par exemple oii les parties les plus reculées, les plus postérieures de la capsule interne seraient seules altérées d'une façon définitive (Fi g. 23;.

J'ai à dessein, dans l'exposé qui précède, fait allusion exclusivement aux lésions de la capsule interne véritablement destructives^ à celles en d'autres termes qui^ soit par dilacération, soit par nécrose produisent dans ce tractus une perte de substance irréparable. Il importe de distinguer ce cas de celui où la capsule interne serait intéressée non pas directement, mais seulement à distance en quelque sorte, par le fait d'un phénomène de voisinage, en conséquence d'une lésion limitée aux noyaux gris qui l'environnent de tous côtés. Ainsi, la distension d'un de ces noyaux dans un cas d'hémorragie interstitielle pourrait avoir pour effet de déterminer la compression des faisceaux nerveux qui composent la capsule interne et consécutivement de suspendre le fonctionnement de ces faisceaux. Mais comme, en pareille circonstance, les fibres nerveuses de la capsule sont seulement comprimées et non pas détruites, les phénomènes paralytiques, résultant de cette compression —en dehors toutefois. du cas d'une tumeur — pourront n'être que tout à fait passagers.

La combinaison que je viens de signaler à votre attention se rencontre fréquemment dans la clinique de l'hémorrhagie intra-cérébrale ; elle crée, vous le voyez, une situation assez complexe et par laquelle l'interprétation des symptômes pourra être rendue difficile, C'est ainsi que, si l'on n'est pas prévenu de ces difficultés, on sera tenté — et la faute a été bien des fois commise — de rapporter à la destruction de l'un quelconque des noyaux grjs, couches optitfues ou corps striés, des

J*^"' (;(»iVI!MlKSSI(l.\ |)K LA CAI'SULK IM'Kim'IC

symptômes qui soiU uniqucmonL la conséquence d'une action de voisinage, d'une compression s'exorçant sur la capsule interne.

Fif/. 24. — Celte /iç/ufe montre le siège, le mode de formation et d'extension ries kémorrhagies répondant à la partie antérieure de la capsule interne, [ihhnipléf/ies.) — liupture de l'artère leniiculo-striée. — C, noyau cauclé du corps strié. — I, capsule interne. — E, capsule externe. — T, avanl-mur. — 1, foyer primitil' (au lieu d'élection), dans la partie antérieure de la capsule interne (hémiplégie). — 1', 1", 1"', extension prog-ressive du foyerprimitil' (compression ou destruction delà capsule interne). — 2, foy-r primitif dans la capstile interne (hémiplégie). — 2', 2", 2"\ e.x.tciision successive de ce foyer. (Dcstruclion do la capsule externe, rcfoulemenl ou destruction du noyau caudé.)

Permettez-moi — le sujet en vaut la peine — d'entrer à ce propos dans quelques développements.

Supposons qu'il s'agisse de la formation toute récente d'un foyer d'hémorrhagie dans le lieu d'élection. Le sang se sera donc épanché, en dehors du noyau lenticulaire, dans l'espace virtuel dont il a été question plusieurs fois déjà ; en outre, le troisième segment du noyau lenticulaire autrement dit putu-

COMlMtlîSSION m LA CAPSULE INTIîUNK 107

men sera le plus soiivenL en partie dilacéré. Je vous ai dit comment, en pareille occurrence, la paroi externe du foyer composée des circonvolutions de l'iusula, de l'avant-mur et de la capsule externe, résiste à l'effort du sang extravasé, tandis que les noyaux gris sont le plus souvent refoulés dans leur

Fifj. 25. — Cette figure montre le swjc, le mode de formcdion et d'extension des hémorrhagies r 'pjndant à la partie poslérieure de la capsule interne. (Hémianeslhésies). — Rupture de l'arlère lenliculo-opUquc. — 0, couche optique. — I, capsule inlerno. — L, noyau lenticulaire — E, capsule externe.

— T, avant-mur. — G, noyau caudé. — I, loyer primitif (au lieu d'élection) dans la partie postérieure de la capsule interne (liémianeslliésie). — \\ 1", 1"', extension progressive du foyer primiUf (compression ou destruction de la capsule interne). — 2, foyer primilif dans la capsule interne (liémianeslliésie).

— 2', 2", 2"', extension successive de ce foyer (destruction de Itf capsule interne, refoulement ou destruction de la couclic optique).

ensemble vers les cavités ventriculaires. 11 est clair que les éléments delà capsule interne seront nécessairement plus ou moins fortement comprimés en conséquence d'une semblable altération {Fig. 24). Au point de vue des symptômes produits,, deux conditions peuvent se présenter*

COMPllRSSION |)K LA CAl'SULK FNTP.rtM.:

Tantôt le foyer sanguin reste circonscrit aux parties du noyau lenticulaire qui correspond à la moitié ou aux deux tiers antérieurs de ce corps, c'est-à-dire au domaine de l'artère lenticulo-striée. En conséquence, la partie antérieure de la capsulé interne sera seule intéressée, médiatement, par compression. L'effet produit sera une hémiplégie, exclusivement motrice, du côté opposé du corps [Fig. 22). Tantôt, s'étendant de proche en proche, d'avant en arrière, le foyer se sera répandu jusque sur les parties les plus postérieures du noyau lenticulaire , la compression portant alors aussi sur la partie postérieitre de la capsule interne, les symptômes d'hémianesthésie cérébrale viendront se surajouter à ceux de l'hémiplégie motrice. Les deux figures 24 et 23 vous permettront facilement de reconnaître le siège précis, et le mode de formation et d'extension des divers foyers des hémorrhagies centrales (Voyez aussi Fig. 23).

Tels sont les faits. Un mot maintenant concernant leur interprétation : après avoir reconnu pendant la vie les symptômes susdits, à savoir : L'hémiplégie motrice avec hémianesthésie et post onortem l'existence d'un foyer intéressant le noyau lenticulaire, irez-vous conclure du rapprochement de ces deux ordres de faits, que le noyau lenticulaire tient sous sa dépendance, à la fois le sentiment et le mouvement volontaire du côté opposé du corps?Cette conclusion serait peu légitime, car si le malade eût survécu, l'épanchement s'étant résorbé et n'étant plus représenté que par une cicatrice hnéaire ochreuse, l'hémianesthésie et même la paralysie motrice, malgré la destruction d'une partie du noyau lenticulaire, auraient sans doute disparu dans les conditions indiquées, sans laisser de traces.

Ce qui vient d'être dit. Messieurs, au sujet de l'hémorrhagie du noyau lenticulaire, s'applique également aux hémorrhagies qui se font dans l'épaisseur de la partie postérieure de la cou-

IN'l'IÎUPUliTA'l'ION DKS FAITS lOî)

clie optique. Ces hémorrhagies se développenlen conséquence de larupture de l'artère optique externe antérieure ou lenticulooplique. Elles se traduisent en général cliniquement par une hémiplégie plus ou moins accentuée, mais aussi, en outre, à peu près toujours, par une hémianesthôsie plus ou moins complète, pourvu que le foyer atteigne des dimensions suffisantes. Faut-il en conclure directement qu6, — comme tant d'auteurs l'ont dit et le répètent encore aujourd'hui — la couche optique est le siège du sensorïum commune ? Non, incontestablement ; il serait facile, d'ailleurs, de citer nombre de faits oiî une lésion des tractus de la partie postérieure de la couche optique, déterminée par un épanchement sanguin, après avoir, dans les premières phases de la maladie, c'est-à dire lors qu'existent les conditions de la compression, produit des troubles sensitifs et sensoriels^ cesse d'être accompagnée de ces symptômes dans les phases ultérieures, c'est-à-dire au moment où, par suite de la résorption de l'épanchement, la compression de la région postérieure ou lenticulo-optique de la capsule interne n'existe plus.

Il serait superflu, je pense, d'insister plus longuement ; je crois avoir suffisamment mis en rehef que, dans le diagnostic régional relatif aux diverses parties des masses centrales du cerveau, c'est la participation ou la non-participation des deux régions de la capsule interne qui domine la situation.

I>es propositions que je viens d'énoncer offrent. Messieurs, un intérêt pratique qui n'échappera à aucun de vous. Mais elles ne vous ont été présentées jusqu'ici, en quelque sorte^,

IIKCION POSTKHIKUUK 1)K LA CAl'SULE INTKHNE

que SOUS forme de poUulal. Il convient acLuellement de les établir sur une démonstration régulière, ou, en d'autres termes, de placer sous vos yeux les documents qui leur servent de fondement dans le domaine de la pathologie de l'homme.

Nous devons nous eflbrcer aussi de donner la théorie des faits dont il s'agit, c'est-à-dire d'en pénétrer, dans la mesure du possible, la raison anatomique et physiologique. Pour réaliser ce projet, nous sommes obhgés de revenir de nouveau à l'anatomie normale du cerveau afin de compléter à certains égards les notions déjà acquises. Ce sera une de nos dernières ncursions dans ce domaine.

Dans l'exposé qui précède, le rôle prédominant qui, dans la pathologie des masses centrales, appartient aux lésions des deux glands départements de la capsule interne, s'est montré à vous dans toute son évidence. Par là se trouvent justifiés déjà les quelques développements dans lesquels nou:. sommes entrés à propos de la constitution anatomique de ce grand tractus. A présent, il faudra aller plus loin et rechercher ce que présente de particulier, anatomiquement, la région antérieure ou lenticulo-striée de la capsule, par opposition à la région postérieure ou lenticulo-optique dont la lésion détermine, seule, l'apparition du syndrome hémianesthésie cérébrale. Nous commencerons par ce dernier point.

A. Des recherches anatomiques récentes, dues à M. Meynert, nous ont fourni à cet égard des données importantes. Elles ont été exposées avec détails dans le livre d'un de ses auditeurs, M. Huguenin, professeur à Zurich (1). Elles se composent de dissections et, pour une part aussi, delà comparaison de coupes minces, durcies, examinées par transparence.

Le cerveau étaht placé sur sa base, oit ouvre les ventricules latéraux^ de manière à mettre à découvert la face supé-

{[] Allf/ein. l'uLli. dci- Krunhk., de, p. H'.), liy. 82. Zurich, 1873.

HKr.lON POSTKHIlCliai-: l)K l,A CAI'SUUC liNTICRNIC 111

périeure des masses centrales, celles-ci attenant encore aux diverses parties de l'isthme; après quoi, à l'aide d'une disseclion minutieuse, on enlève successivement: l°\etegmenluni, ou étage supérieur du pédoncule ; 2" les tubercules quadrijumeaux; 3° la couche optique tout entière.

Cela étant fait, on a sous les yeux l'étage inférieur du pédoncule (pes, crusta), et, plus haut, dans la région de la capsule interne, le faisceau des fibres pédonculaires se rendant au noyau caudé.

Les fibres appartenant également à la capsule interne, qui se rendent au noyau lenticulaire, occupent un plan situé au-dessous et en dehors

du faisceau précédent. — corpus slrialum. — B, noyau

lenticulaire. — G, fibres pédonculaires se rendant En observant avec iiu corps strié. — l), laisceau de libres pédoncu- . . laii'cs dii-eclcs se l'ciulant ;i la substance cor-

atlention la partie la ticale du lobe occipital. Ce schéma est cmprun- 1 • , , , 1 té à l'ouvrage de M. Iluaucuin. \Loc. cil., lig,

plus interne et la plus 82, p. 119.)

postérieure de l'éventail formé par le système des fibres nerveuses, misesànu parla préparation, on distingue un faisceau en quelque sorte détaché de l'ensemble, et qui, sans pénétrer dans l'épaisseur des noyaux gris, se recourbe eu arrière, où il atteint le bord inférieur du noyau lenticulaire. {Fifh 20). C est là, vous le voyez, un faisceau direc t, puisque les libres

1 J2 HÉtJION IMJSTICUIKUUIÎ DU LA CAl'SULK INTKHNK

qui le composent pénètrent clan< la couronne rayonimnle sanss'ôtre arrêtées dans la substance grise des masses centrales ; c'est, de plus, ainsi que cela ressort de la description, un faisceau séparé.

Quelle est la destination de ces fibres nerveuses? Chez l'homme, il est à peu près impossible de s'en rendre compte, mais chez certains singes, d'après M. Meynert, on pourrait aisément en suivre le parcours dans l'épaisseur de la substance blanche du lobe occipital, immédiatement en dehors de la corne postérieure du ventricule latéral. Elles se termineraient finalement dans l'épaisseur de la substance grise corticale de ce lobe (1).

B. Existe-t-il quelque raison d'ordre anatomique susceptible de faire penser que le faisceau dont il s'agit est réellement composé de fibres centripètes, ayant pour fonction de transporter à la surface des régions postérieures du cerveau les impressions sensitives ? M. Meynert pense qu'il en est ainsi, et il se fonde sur ce que, suivant lui, ces fibres pourraient, par la comparaison de couches minces, être suivies par en bas jusqu'à la protubérance, le long du pédoncule cérébral (pied, étage inférieur), dont elles occuperaient la partie la plus externe. Parvenues à la protubérance, elles se placeraient à la partiepostérieure du faisceau pyramidal, et conserveraient à peu près ce siège dans la pyramide antérieure elle-même^ jusqu'au niveau de l'entrecroisement. Parvenues à ce point, — contrairement à ce qui a lieu pour les faisceaux les plus internes de la pyramide, lesquels passent dans les cordons latéraux de la moelle, — elles iraient, après s'être entrecroisées, se mettre en rapport avec les faisceaux spinaux postérieurs. Je ne saurais garantir la parfaite authenticité de cette der-

(1) De rôccnlcs reclierches Oiilrcprises clans le service de M. Cliarcol, à la Salpôlricrc, oonnrmcnl pleinemciil la de.scri])tion iuialomiquc de M. Mcynort en ec qui concerne ce l'iiisceaii ])oslérieur (Noie de la 2" éd.)

FIBRES CENTRIPiîTES SENSITIVES 113

nière partie du trajet assigné par M. Meynert aux fibres qui composent la partie la plus postérieure de la capsule interne.

Tel est, à l'heure qu'il est, le contingent de l'anatomie normale, s'elTorçant, de son côté, d'une façon indépendante, d'éclairer la question qui nous occupe. Toutintéressantes qu'elles soient, ces données, sans le concours de celles fournies par l'anatomie pathologique et l'expérimentation, seraient tout à fait insuffisantes pour la solution du problème, et c'est le cas de répéter, une fois de plus, que la physiologie et la pathologie ne sauraient se déduire de la seule contemplation des faits de l'anatomie pure.

C. Le moment est donc venu de faire intervenir les preuves cliniques et anatomo-pathologiques. Aujourd'hui, les arguments abondent de ce côté. Il me suffira de signaler les observations de Ludwig Tiirck, l'initiateur dans la voie que nous parcourons (1), celles de son compatriote M. Rosenthal (2), celles que j'ai recueillies à l'hospice de la Salpêtrière, celles enfin que M. Veyssière et M. Rendu ont rassemblées, le premier dans sa thèse inaugurale (3), le second dans sa thèse pour l'agrégation (4),

Du concours, en effet, et de la comparaison de ces observations, il résulte unanimement: 1° que les lésionsportant sur la région postérieure lenticulo-optique de la capsule interne ont pour conséquence obligatoire la forme d'hémianesthésie, que j'appelle cérébrale, et dans laquelle les sens auxquels président les nerfs cérébraux proprement dits, nerfs optiques

(1) L. TQrck, voir Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux- T. I. 2» 6dit., p. 315.

(2) Rosenthal. — Klinik der Nervenkra.nkheilen, 2'' Ai.n. SluUgarl, 1875. (.3) R. Veyssière. — Recherches cliniques et expérimentales sur l'hétnia-'

neslhésie de cause cérébrale. Tlièsc de Paris, 187i.

{^) H. Rendu. — Des anesthésies spontanées. Thèse d'agrégalion. Paris 1875, p. 27 et 95.

Chakcot. Œuvres complètes, t. iv, Localisations,

lli l'UKtJVIîS iL^l'IîUlMtîM'ALlîS

el nerfs oiïaclifs, sont intéressés de manière à reproduire

fidèlement lés caractères de l'hémianesthésie deshystériques; 2" que, ail Contraire, dans tous lês cas où, respectant celte région, les lésions intéressent seulement la partie de la capsulé comprise entre le iioyau lenticulaire et la tôtc du noyau caudé, l'aneslliésie fait défaut, Ces données, fournies

rig.21. - Coupe transversale d'un cerveau de P^r l'an&tomie patllolo-

Chien, cinq millimètres èn avant du chimma des gique et la cliuiqUe, nerfs optiques. — S, S, les deux noyaux caude's ^ , . , . i i

du corps strié. - L, noyau lenticulaire, - P, O^^ent mcOntestable^

P, expansion p(^dortculaire (capsule interne). ment par elles-mêmes CA, chiasma des nerfs optiqueB. - r, section de ^.^ ^^^^^^^ ^^^^ la capsule interne (région antérieure ou lenticu-

lo-Btriéc), produisant l'hémipléglè du côl^ oppô- secOUrS étranger, une

sé du corps sans ancsthésie. ^ R, stylet ii res- i^jj^Qp^^f^gè Câpitale ''orl de Veyssièi'e, opérant la section de la cap- ^ ^ '

sulè interne. mais cottibinées aux

données de l'anatomie pure, elles sontén quelque sorte mises « en valeur ».

Cè n'est pas tout, Texpérimenlation a, de son côté^ apporté son Contingent de faits et ceux-ci plaident absolument dans le même sens.

On peut dire que sous l'inspiration des données pathologiques, l'expérimentation s'est, ici, corrigée elle-même. Elle avait cru ôn effet, autrefois, reconnaître que le centre des impressions sensîtives n'est ni dans le cerveau proprement dit, ni dans les couches optiques, mais plus bas, dans la protubérance, ou peut-être dans les pédoncules cérébraux.

RÉALITIÎ DKS FIBRES CKNTMPÈTES SENSHIVES

Contre cette assertion la pathologie protestait en montrant qu'une lésion située plus haut que ce point, dans certaines régions du cerveau lui-même, détermine constamment une hémianesthé- , sie totale. Les nouvel! es recherches expérimentales faites en France

dans le laboratoire de Fig 28. — Coupe transversale du cerveau du M. Vulpian, par MM- chîen au niveau des tubercules mamillair es. —

JJUrei ei veybSiere, oni ^o^^n^ lenticulaires. -P, P, capsule

donné des résultats Inlerno, région poslérieiirc ou lenticulo-opliqae.

conformes aux ensei- " •'^V'''^'^^^

partie postérieure ou lenliculo-optique de lacapgnemenls de la patho- sulc, déterminant rhémianesthésie. (CeUe figure

est empruntée, ainsi que la précédente, au mémoire de MM. Carville or Duret, inséré dans les Archives de physiolorjie normale et palhologi-

nieux, consistanten un que, 1875, p. 468 et 471). trocarl d'où s'échappe en temps voulu un ressort, est intro duit à travers la paroi crânienne, dans les masses centrales, àun e profondeur et dans une direction calculées à l'avance, d'après des expériences préalables. On parvient ainsi , avec un peu d'habitude, aléser isolément les deux parties de la capsule interne.

Si, dans les expériences ainsi instituées, la lésion atteint la région postérieure de la capsule, l'hémianesthésie du côl,é opposé du corps s'ensuit fatalement ; le plus souvent, il s'y associe un certain degré de paralysie motrice : celle-ci^ au contraire, se montre seule^ sans accompagnement d'aneslhésie, toutes les fois que la lésion a respecté le tiers postérieur de la capsule et porte seulement sur un point quelconque de ses deux tiers antérieurs. {Fig, 27 et Fîg. 28.)

Tels sont, en somme, les résultais fondamentaux de ces expériences.

logie.

Un instrument ingé-

* ^ ^ l'UEUVES EXPÉRIMENTALES

Tout concourt, vous le voyez d'après ce qui précède, à faire connaître, dans la partie postérieure de la capsule interne, l'existence de faisceaux de fibres nerveuses centripètes, ayant pour rôle de conduire vers le centre les impressions sensitives venues du côté opposé du corps.

Emanés du pied du pédoncule central, ces faisceaux, au sortir delà capsule, vont concourir directement, sans être entrés en communication avec les noyaux gris des masses centrales, à la formation de la couronne rayonnante. Près de leur origine, c'est-à-dire à la partie inférieure de la capsule, ces faisceaux, resserrés pour ainsi dire dans un espace étroit, pourront être affectés d'un seul coup en grand nombre, par une lésion même très minime et il s'en suivra une anesthésie très accentuée. On comprend qu'au contraire plus haut, au niveau du pied de la couronne rayonnante, une lésion de même étendue, en raison de la divergence des fibres, devra produire des effets beaucoup moins prononcés. C'est ce qui a lieu, en réalité. Il existe toutefois plusieurs exemples d'hémianesthésie bien accusée, en rapport avec des lésions peu profondes du pied de la couronne rayonnante.

11 importerait maintenant de décider si les lésions étendues des lobes occipitaux et en particulier de leur écorce grise déterminent, elles aussi, l'hémianesthésie croisée. Malheureusement les observations qu'on pourrait invoquer à cet égard ne sont pas suffisamment explicites et la question, jusqu'à plus ample informé, doit rester en suspens (1). Quoi qu'il en soit, il y a lieu de reconnaître, dès à présent, que les faisceaux qui composent la partie postérieure de la capsule interne et leurs émanations directes, ne sauraient êtres considérés com-

(1) Dans les observations de ramollissement superficiel du lobe occipital que j'ai recueillies, il s'agit aussi souvent d'hyperesthésies, de sensations pénibles de tout genre dans les membres du côté opposé, d'hallucinations de la vue, etc., que d'hémianesthésie ou d'amblyopic.

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