PREUVES EXPÉRIMENTALES
me un centre des impressions sensiLives et sensorielle;?. Ces faisceaux ne peuvent représenter qu'un lieu de passsge, un carrefour oii les fibres centripètes dont il s'agit, se trouvent toutes représentées avant de diverger vers les parties superficielles du cerveau.
DIXIÈME LEÇON
De l'hémianesthésie cérébrale {suite). — De l'amblyopie croisée. — Dé i'hèmiopie latérale.
Sommaire. — Résumé des caractères de l'hémianesthésie cérébrale. — Ses | ressemblances avec l'hémianesthésie des hystériques. — L'anesihésie inlé- i resse la sensibilité générale dans ses diverses modes et les sens spéciaux.
De l'amblyopic hystérique. — Examen ophthalmoscopique. — Exploration fonctionnelle: Diminution de l'acuité visuelle; — Rétrécisssment concentri- , que et général du champ visuel, etc.
De l'amblyopie croisée avec hémianesthésie de cause cérébrale : Mêmes symp- I tômes. '
Les lésions des hémisphères cérébraux qui produisent l'hémianesthésie déterminent également l'amblyopie croisée et non I'hèmiopie latérale.
De I'hèmiopie. — Hypothèse de la semi-décussation. — Hémioiîie homologue unilatérale. — Variétés de I'hèmiopie.
Messieurs,
Dans la dernière séance, j'ai essayé d'établir qu'une forme particulière de l'hémianesthésie est une conséquence nécessaire des lésions qui portent, sur la région postérieure de la | capsule interne ou son émanation^ dans la couronne rayon- ^ nante, leur action soit destructive, soit compressive ; je dirai | encore : soit suspensive^ me réservant de faire connaître | bientôt la valeur du terme. i
J'ai fondé cette proposition non-seulement sur des faits d'à- ]
natomie pathologique et de clinique, mais encore sur des faits \
d'expérimentation. J'ai exposé aussi quelques données d'ana- i
SIGNES qUNigUK^S UF. l/UKMIANRST!iPSlR OKURBHALR iW)
tomie pure, qui, h la vérité, demandeiil à certains égards une confirmation, mais qui, tels qu'ils sont, nous permettent d'entrevoir déjà le mécanisme de la production de Thémiaiiestlié-
sie en question.
Il est cependant un certain nombre de traits relatifs à ce composé symptomatique et à son interprétation anatomique et physiologique, que, à dessein, j'ai laissé dans l'ombre, afin de ne point surcharger le tableau. Je me propose d'y revenir aujourd'hui.
Permette7,-moi tout d'abord de résumer en quelques mots les caractères cliniques de cette espèce d'hémianeslhésie que je vous ai proposé de qualifier du nom à'hémianesthésie cérébrale, pour la distinguer de toutes les autres formes d'obnubilation ou de suppression dimidiée de la sensibilité ne reconnaissant pas pour origine une lésion du cerveau proprement dit.
C'est seulement dans ces derniers temps que rhémianesthésie cérébrale, par lésion organique grossière — Coa?^sec^2seflse, comme dit M, H. Jackson, avec une liberté toute anglaise — a été l'objet d'études attentives. Le tableau qu'elle présente reproduit, vous le savez, exactement les traits de l'hémianesthésiedes hystériques ; celle-ci, quant à présent mieux connue, peut nous servir de prototype.
Il s'agit, vous le savez,, dans l'hystérie, d'une anestliésie unilatérale. L'anesthésie totale ne se montre là que dans des cas relativement exceptionnels. Un plan antéro-postérieur, passant par la ligne médiane du corps, établit la limite de ]'in- Sjcnsibilité qui, sur le tronc, déborde cependant un peu en
120 HKMIANRSTHKSIE DES IlYSTF.niOUKS
avant le sternum et en arrière la crête des apophyses épineuses. C'est là, du reste, un détail d'iraporlance secondaire.
La tête, les membres, le tronc, d'un côté du corps, sont donc affectés en même temps. Il peut naturellement y avoir des degrés dans la lésion fonctionnelle, mais elle porte fréquemment sur tous les modes de la sensibilité commune ; ainsi la sensibilité au tact, à la douleur, à la température sont souvent et simultanément obnubilées ou supprimées.
L'insensibilité s'étend aux parties profondes; elle affecte les muscles qui peuvent être excités par l'électrisation sans que le malade en ait conscience. Les membranes muqueuses ne sont pas davantage épargnées. Ajoutons enfin, — et c'est là le point que je veux aujourd'hui faire ressortir surtout — que l'hémianeslhésie n'atteint pas uniquement la sensibilité commune, elle frappe aussi les appareils sensoriels sur le côté du corps où siège l'anesthésie cutanée, et cette hémianesthésie sensorielle n'intéresse pas seulement le domaine des nerfs qui prennent naissance dans le bulbe, tels que les nerfs du goût et de l'ouïe, elle porte aussi sur les nerfs de l'odorat et de la vision, dont l'origine est dans-le cerveau proprement dit.
Tel est. Messieurs, le tableau très vulgaire de l'hémianesthésie des hystériques. Si, à celle-ci, nous comparons actuellement l'hémianesthésie cérébrale oaganique^ nous reconnaîtrons qu'une parfaite ressemblance peut être constatée, jusque dans les moindres détails.
Cette ressemblance a été relevée déjà soigneusement par nous-même relativement à la sensibilité commune (1) et par M. Magnan, en ce qui concerne les troubles de l'ouïe, de l'odorat et du goût {2). Je ne vois rien à ajouter à ce qui a été dit sur
(1) Charcol. — Leçons sur les maladies du système nerveux, l""" éd., 1872.
(2) Magnan. — De l'hémianesthésie de la sensibilité générale et des se7is dans l'alcoolisme chroni<jue. {Gaz. hebdom., 1873, p. 729 et 746.)
AMBLYOPIR DES HYSTÉRIQUES 121
ce sujet. Dans ces derniers temps, nous nous sommes plus particulièrement occupés des phénomènes qui ont trait à la vision. Et, dans mon servies à la Salpêtrière, M. le D"" Landolt s'est livré à ce propos à quelques recherches dont les résultats méritent d'être exposés sommairement.
Il ne me paraît pas sans intérêt d'entrer dans quelques développements pour vous montrer que, même sous le rapport des troubles visuels, — et c'est là, vous le reconnaîtrez bientôt, une proposition grosse de conséquences, — les choses se passent chez les sujets atteints de lésions cérébrales en foyer, absolument comme chez les hystériques. On peut dire qu'en réalité, abstraction faite de sa mobilité proverbiale, l'arablyopie unilatérale des hystériques ne diffère par aucun caractère essentiel de l'amblyopie cérébrale croisée reconnaissant un point de départ organique.
Envisageons d'abord le cas de l'amblyopie hystérique.
l°Ici la diminution plus ou moins prononcée, voire même — ceci est beaucoup plus rare, — laperte absolue de la faculté visuelle de l'œil du côté correspondant à l'hémianesthésie, est un premier fait aisément saisissable.
2° Une étude plus minutieuse permet de constater les particularités suivantes: il n'existe, dans le fond de l'œil, aucune altération visible à l'ophthalmoscope. La papille et la rétine sont dans des conditions tout à fait normales. L'examen comparatif du fond de l'œil des deuxcôtés ne dénote aucune différenceappréciabledans lavascularisation desparties.
Si l'ophtlialmoscope ne décèle pas d'altération appréciable dans r«m6/?/o|3ee des hystériques, il n'en est plus de même de
AMIII.YOPIK DKS llYSTKfUgURS j
l'exploration fonoLionnolle, de l'inlerrogaloire porlanl sur les |
phénomènes subjectifs. Voici ce qu'apprend ce mode d'explora- ' tion.
3° L'acuité visuelle, étudiée d'après les règles ordinaires, |
80 montre fréquemment réduite de moitié ou même davantage. '
4" Il existe un rétrécissement concentrique et général du i ohcimp visuel. !
S" Enfin une analyse délicate a permis de. reconnaître certaines particularités qui méritent de nous arrêter un instant : Il s'agit durétrécissement concentrique et generalclu champ ! visuel pour les couleurs.
Déjà plusieurs auteurs, M. Galezowski entre autres, avaient fait remarquer l'existence fréquente de l'achromatopsie et de la dysoliromatopsie chez les hystériques. C'est sur ce point que i portent particulièrement les observations faites par M. Landolt ! dans mon service. . ;
Je vous rappellerai que, à l'état normal, toutes les régions ] du champ visuel ne sont pas, tant s'en faut, également aptes j à percevoir les couleurs, 11 est des couleurs pour lesquelles le S champ visuel est physiolog'lquement plus étendu que pour | d'autres et ces différences dans l'étendue du champ visuel se ' reproduisent toujours, chez tous les sujets, suivant la même i loi pour chaque couleur. Ainsi, c'est pour le bleu que le champ visuel est le plus vaste ; viennent ensuite le jaune, puis l'o- * rangé, le vert ; enfin, le violet n'est perçu que par les parties | les plus centrales de la rétine. Or, Messieurs, dans l'état pa- j thologique qui nous occupe, ces caractères de l'état normal j se montrent en quelque sorte exagérés à des degrés variés. En effet, les divers cercles qui correspondent, dans l'exploration, aux limites dn lii vision pour chaque couleur, se rétrécissent
AMIUA'OIMK DF.S HYSTÉRIOUKS 123
concenli'iquement d'une façon plus ou moins acconLuée suivant la loi reconnue pour l'étal normal.
D'après cela, vous prévoyez sans peine les nombreuses combinaisons qui pourront se produire dans les cas d'hystérie où ce genre d'amblyopie est parvenu à un haut degré. Le cercle du violet pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul ; puis, la maladie progressant, ce sera le tour du vert, puis du rouge, puis de l'orangé. Lejauneetle bleu persisteront jusqu'à la dernière limite : ce sont, en effet, l'observation le démontre, les deux couleurs dont la sensation, chez les hystériques, se conserve le plus longtemps. Enfin, au degré le plus élevé, il pourra se faire que toutes les couleurs cessent d'être perçues et alors les objets colorés n'apparaîtront plus^ en quelque sorte, aux yeux du malade que sous l'aspect où ils se présentent dans une aquarelle « à la sépia ».
Telle est. Messieurs, la série des phénomènes que nous avons maintes et maintes fois constatés dans l'amblyopie des hystériques. Eh bien, ils se sont tous retrouvés constamment, avec leurs nuancés variées, dans plusieurs cas d'amblyopie croisée accompagnée d'hémianesthésie et relevant d'une lésion en foyer du cerveau que nous avons récemment étudiés à ce point de vue : même diminution de l'acuité visuelle ; même rétrécissement concentrique et général du champ visuel pour les couleurs, même absence de lésions pathognomoniques du fond de l'œil, appréciables à l'ophthalmoscope, etc. (i).
(1) De nouvelles recherches failcs p.ir M. LandoU clans mon service ont appris que le rélrécissemcnl du champ visuel pour les couleurs, dans l'hystérie ovarienne avec hémianosthésie, se fail conslammcnl scnlir dans les deux yeux îi la fois: sculemenl, il est iucomparabieincnl plu» prononcé dans l'œil correspondant au côté frappé d'ancslhésic. CeLto même parlicularitc s'est rencontrée dans tous les cas A'hé.mianest.hésie ci^rfbrala reconnaissant pour point do départ une lésion organique, qui ont été examinés fi ce point de vue. En conséquence, le terme: amblyopie cioisde, employé dans ces leçons, no saurait êtn? pris, absolument, au pied de la lellrc, piiisqiu' rohnuijilatiou de la vue porte, h la vérité inétînlemcnt, sur les deux yeux.
HRMIOPIF, LATRRALK HOMOLOGUE
J'insiste particulièrement sur ce dernier caractère, parce qu'ilpermet de séparer nettement le trouble fonctionnel dont il s'agit d'autres troubles visuels qui reconnaissent également pour cause une lésion organique intra-crânienne. Je fais allusion ici à ces altérations du fond de l'œil, facilement reconnaissables à l'ophtalmoscope, que l'on désigne vulgairement sous le nom de papille étranglée, de neuro-rétinite et qui se montre si fréquemment en conséquence de tumeurs encéphaliques quels qu'en soient la nature et le siège (1), à la suite de lésions variées agissant plus ou moins directement sur les bandelettes optiques.
En vous faisant reconnaître, Messieurs, que l'amblyopie croisée est une conséquence des lésions en foyer du cerveau qui déterminent l'hémianesthésie, j'ai relevé un fait d'une importance majeure pour la théorie des localisations cérébrales. Mais il ne saurait vous échapper que ce fait est en contradiction formelle avec les données généralement répandues. En effet, si l'on en croit la théorie mise en avant dès 1860 par Alb. de Graefe (2), 'et qui paraît régner encore aujourd'hui sans partage, ainsi qu'en témoigne un intéressant travail publié récemment par M. le D"" Schoen (3), ce n'est pas l'amblyopie croisée que déterminent les lésions absolument unilatérales du cerveau; c'est un trouble visuel qui en diffère, à savoir : Vhémiopie latérale homologue ; en d'autres termes, une lésion cérébrale en foyer, du côté gauche, devrait, dans la théorie en question^ entraîner la suppression ou l'obscurcis-
(1) Voir sur ce sujet l'intéressant travail du D'' Annuske : Die neuritis optica hei tumor cerebri, in Archiv filr Ophthalmologie, 19 Bd., .\bth. III. 1873, p. 165.
(2) A. de Graefe. — Gazelle hebdomadaire, 1860, p. 708. — Voir aussi : {Vortrage aus der V. Grœfe'schen Kliîiic/c Monalsbl. fûr Augen/ieilkunde, 1865, mai.
(3) Schoen, — Archiv der Heilkunde, 1875, 1" liefl,
HYPOI'IUÎSE Uli LA SEMI-UÉCUSSA'l'lON 12o
sèment de la moitié droite du champ visuel, et inversement pour le cas d'une lésion de l'hémisphère droit.
Je crois devoir protester contre c6 que cette théorie offre, pour le moins, de trop absolu et lui opposer la proposition suivante : Les lésions des hémisphères cérébraux qui produisent l' hémianesthésie déterminent également l'amblyopie croisée et non Vhémiopie latérale.
Je ne suis pas en mesure, remarquez-le bien, de décider quel'hémiopie latérale ne saurait être jamais la conséquence d'une lésion en foyer du cerveau ; mais je suis disposé à croire que dans les cas de ce genre — si réellement il en existe — il s'agit surtout d'un phénomène de voisinage, par exemple d'une participation plus ou moins directe des bandelettes optiques. Je ne crois pas qu'il existe quant à présent une seule observation montrant clairement, en dehors de ces circonstances, l'hémiopie latérale développée en conséquence d'une lésion de la partie postérieure de la capsule interne ou du pied de la couronne rayonnante, tandis que les faits existent en certain nombre oii une telle lésion a déterminé l'arablyopie croisée, se présentant avec tous les caractères que nous lui avons tout à l'heure assignés.
Quelques détails^ relativement au symptôme hémiopie et à la cause anatomique présumée de son développement, doivent ici trouver leur place.
Vous savez comment l'existence, tantde fois constatée dans kl clinique, de ce singulier phénomène, a depuis longtemps suggéré une hypothèse anatomique, d'après laquelle, chez 1 homme, les nerfs optiques subiraient dans le chiasma non pas un entrecroisement complet, mais bien ce qu'on appelle
IIYPOTIIKSK 1)K l,A SKMl-niicUSSATlON
h\ scnu-dccmsa/ion. Celte liypollièse date de loin. On Tatlribue généralement à Wollaslon, mais la réalité est que Newton l'avait déjà émise, dès n04, dans son Traité d'optique et qu'en 1723 Vater l'avait à son tour invoquée pour expliquer trois cas d'hémiopie qu'il avait observés (1). Je vous rappellerai eu quoi elle consiste.
Parmi les tubes nerveux qui composent les bandelettes et les nerfs optiques, il y avait, comme il a été dit, à distinguer ceux qui s'entrecroisent dans le chiasma et ceux qui n'y subissentpas l'entrecroisement. Ces derniers (YOjezFig. 29. a\b) c'est-à-dire les tubes nerveux non entrecroisés occuperaient le côté externe dans la bandelette, dans le chiasma, puis enfin dans le nerf optique et dans la rétine ; tandis que, dans tous ces points, les faisceaux qui s'entrecroisent {b\a) occuperaient le côté interne. Il résulte de cette disposition que les faisceaux non-entrecroisés delà bandelette gauche seraient affectés, par exemple;, à la moitié gauche de la rétine de l'œil gauche, tandis que les faisceaux entrecroisés de la même bandelette fourniraient à la moitié gauche de l'œil droit ; la distribution des faisceaux de la bandelette optique droite s'opérant, bien entendu, d'après le même principe, mais en sens inverse.
En d'autres termes les faisceaux qui composent la bandelette optique du côté gauche seraient destinés à la moitié gauche (GG) de chaque rétine, et l'inverse aurait lieu (DD) pour les faisceaux nerveux provenant de la bandelette optique du côté droit.
11 ne faut pas oublier que cet arrangement des fibres nerveux optiques est, anatomiquement parlant, tout hypothétique. Si, en effet, plusieurs auteurs, entre autres Hannover (2j,
(1) Knapp. — Arc/iiv of scienlific inedecme. New- York, 1872. {2j lUnnovcr. — <( Bas Auge », Deilruge zui' Anaiomie, Pfiysioloffte tittd l'al/iolor/ie dièses Ori/anx. Leipzig, 1872*
HKMlOinK H()M(>L()(Jl]K UNIlATIîUAl.K " -i '
Longet, Cruveilhier, Henle (1) et tout récemment encore M. Gudden {2) ont cru pouvoir lui prêter l'appui de preuves anatomiques, il en est d'autres, tels que MM. Biesiadecki (3), E. Mandelstamm (4) et Michel (5) qui contradictoirement, et faisant appel à des arguments du même ordre, ont essayé de démontrer que les fibres nerveuses des nerfs optiques subissent dans le chiasma, même ches« l'homme, un entrecroisement complet. On peut dire qu'en somme, à l'heure qu'il est, la question est loin d'être résolue.
On ne saurait donc voir, je le répète, dans la semi-décussation, qu'une hypothèse ; mais c'est une hypothèse qui, incontestablement, bien mieux que toutes celles qu'on a essayé de lui substituer, rend compte des faits observés dans la clinique. En jetant les yeux sur le schéma que je vous présente, vous reconnaîtrez comment elle peut aisément servir à l'interprétation des divers modes de l'hémiopie {Fig. 29).
Occupons»nous d'abord de Vhémiopic homologue unilatérale, la seule qui, d'après les auteurs, pourrait se produire comme conséquence directe d'une lésion en foyer intra-cérébrale. Il est clair que, d'après la théoiie, une lésion siégeant au point de manière à interrompre dans leur trajet les faisceaux de la bandelette optique gauche {h V), ceux qui s'en-
(1) Ilenlc. ^ Nervënlehrê. Ueber die Krenlzun-qim Chiasma.nervoi'um opticorum.
(2) Gudden. ^Avchiv fûr Ophtalmologie. 1874, t. XX, 2° ablh.
(3) Biesiadecki. — <- Vehcr dus Chinsma nervorum optkoruin des Menschen und der Thiere. » Wiener Sclzljcr. malh. Nalurwiss. Classe. 15. d. 42. Jalirg. 1861, p. 86.
(4) K. Mandelstamm. — Uehnr Schnervcnkreuzimff und llomi.spie ». Arcluv filr Ophlhalmolof/ie, l, XVI, 1873, p. 39.)
'5) Michel. — Ueber den Ikiu des C/iiasma nervorum opticorum. — Môme recueil, p. 59, Taf. I, fig. iv. — Baslian. — The Lancel, 1874, .Uily 25, p.^ 112.
Voir aussi : Beilouard. — Bc VhémUmopsie, précédée d'une élude d'analomie surloriginede l'enlrecroisemenl des nerfs optiques, lli. de Paris, 1880; cl Oillo. — De 'thémiopie Mec hémiplégie ou hémianesthésie, iii. c\v. Paris, 1880. (Note <ïe la 2« éd.)
128 HÉMIOI'IK IIOMOI.OGUK UNIIATKRALK
Irecroisent dans le chinsma (6') et ceux qui ne s'y entrecroisent pas (6) aura pour effet d'affecter la moitié gauche de chaque rétine (GG), ou en d'autres termes soit d'obnubiler, soit
Fiff. 29. — Schéma destiné à faire comprendre les phénomènes de l'hêmiopie latérale el de l'amblyopie croisée. — T, Semi-déciissalion dans le chiasma.
— T Q, Décussation en arrière des corps gcnouillés. — G G, Corps gcnouillés.
— 6, Fibres non entrecroisées dans le cliiasma. — 6', a, Fibres entrecroisées dans le chiasma. — 6', a' , Fibres provenant de l'œil droit rapproche'es en un point de l'hémispliOrc gauche LOG. — LOD, Hémisphère droit
— K, Lésion de^a jjandelettc optique gauche produisant l'hêmiopie latérale droite. — LOG, Une lésion en ce point produirait l'amblyopie croisée droite.
— 2, Lésion produisant l'hêmiopie temporale. — N, N, Lésion produisant l'hêmiopie nasale.
de supprimer complètement toute l'étendue du champ visuel du côté droit (hémiopie latérale droite). Vhémiopic latérale gauche surviendrait au contraire, à la suite d'une lésion atfec-
PORMIÎS DE i/hKMIOPIR 129
lanL de la même façon la bandelette optique du côté droit.
Ainsi parle la théorie, et de fait, nombreux sont les exemples qui démontrent qu'en réalité Thémiopie latérale est laconséquence d'une lésion portant son action sur l'une des bandelettes optiques (1). L'effet restera le même, quel que soit' le siège occupé par la lésion sur la bandelette, depuis l'origine de celle-ci dans les corps genouillés, jusqu'à sa terminaison dans le chiasma. L'hémiopie latérale devra se produire d'ailleurs non-seulement par le fait d'une lésion propre à la bandelette elle-même, mais aussi, à titre de phénomène de voisinage, en conséquence de lésions — hémorrhagies ou tumeurs — développées dans les parties qui sont en rapport plus ou moins immédiat avec ce tractus, telles que, par exemple, l'étage inférieur du pédoncule cérébral (pes) ou encore pulvinar.
Les autres modes de l'hémiopie ne sont pas d'une interprétation plus difficile. Une lésion, une tumeur par exemple, située en T, c'est-à-dire sur la partie médiane âu chiasma, de façon à intéresser seulement les fibres optiques entrecroisées [a, h'), devra paralyser la moitié gauche (G) de la rétine de l'œil droit:, ainsi que la moitié droite (DJ de la rétine de l'œil gauche et déterminer, par conséquent, ce qu'on appelle l'hémiopie temporale. M. Saemisch a pu, dans un cas de ce genre, annoncer, pendant la vie du malade, que tel était;, en effet, la siège de la lésion et l'autopsie est venue justifier pleinement ses prévisions (2).
Au contraire, l'hémiopie dite ?îas«^e, caractérisée par la suppression de la partie médiane du champ visuel se produirait si le cours des fibres directs a' 6, était seul interrompu, au niveau du chiasma, par exemple, en conséquence de lésions
(1) Voir entre autres le cas de E. Muller dan« Archiv filr Ophthabnologie, Vlir. Bd. 1, S. 160.
(2) Voir aussi E. Muller in Meissner's Jaliresberichl . 1861. S. 458.
(Jharcot. Œuvres complèles, ï. iv, Localisations. 9
IIÉMHUMIC ll(»!U(ll.<IUlHC IJNIl-ATKItAMC
occupant symétriquement de chaque cûté les pointa N, N. d'est % on le conçoit, une comhinnison qui doit se présenter très rarement, lien existe cependant quelques exemples; un, entra autres, décrit avec soin par M. Knapp (1). 11 s'agissait, dans cecas, d'une compression produite sur les points indiqués par- les artères cérébrale antérieure et communicante postérieure, augmentées de -volume et indurées par le lait de Pullération athéromateuse.
Je n'insiste pas plus longuement sur ces formes dé l'bômiopie, qui, quant à présent, ne nous intéressent pas directement, et j'en reviens à l'hémiopie latérale, Ce genre de trouble viaviel, c'est là vm fait qui paraît bien établi, est le résultat obligatoire de la lésion d'une des bandelettes optiques. Est-il également, comme on l'affirme généralement, la conséquence nécessaire d'une lésion qui rencontrerait les fibres nerveuses optiquesi, au--delà des corps, genouillês (G, G), dans iem^ trajet profond, intra-^cérébral (en L 0 G, L 0 P) ? A mon sens, la clinique et l'anatomie pathologique conlredisenl cette assertion, présentée tout au mains d'une façon tr<>p absolue et je ne puis que répéter ^ci ce que je disais tout à l'heure, à ce propos : Je ne crois pas qu'il existe, quant à présent, une seule observation montrant inévitablement l'hémio.pie latérale développée en conséquence d'une lésion intra-cérébrale, en dehors (l&iOMte part i<>ip,atim des èmMieietèes op.tiques, tandis que les faits existent où une lésion de la partie postérieure de la oîtpsule interne ou du pied de la couronne rayonnante a, en même temps que l'hémianesthésie, déterminé l'amblyopie croisée, trouble visuel bien différent de l'b^miopie.
Gela étant, comnient comprendra dans une vue schématique cet effet d''une lésion cérébrale, tout en connaissant le
(i) Arckiv. of scimHfic- ailé pi.-a<iHi:al tae<i»ciueii>rt^^ p,.. 2t)6i,
HYPOTIIÈSK ANATOMIUUK 131
lait incontestable de l'hémiopie, conséquence d'une lésion des bandelettes optiques ?
Pour en arriver là, il suffirait d'apporter au schéma vulgaire de la semi-décussation une modification légère. On admet communément que les fibres nerveuses provenant de l'œil droit et de l'œil gauche qui composent chacune des bandelettes optiques continuent leur trajet au-delà des corps genouillés, sans nouveau remaniement jusque dans la profondeur de l'hémisphère du côté correspondant, et cette vue s'accorde avec l'idée régnante qu'une lésion des fibres nerveuses optiques, dans leurs parcours intra-cérébral, équivaut à une lésion de la bandelette optique et produit conséquemment l'hémiopie.
Je propose d'admettre, au contraire, que seuls les faisceaux de la bandelette qui se sont entrecroisés dans lechiasma(«, b) effectuent leur trajet profond, tels quels, sans entrecroisement nouveau, tandis que les faisceaux directs subiraient, eux, au-delà des corps genouillés, avant de pénétrer dans la profondeur de l'hémisphère (L 0 G, L 0 Dj, sur un point indéterminé de la ligne médiane, peut-être dans les tubercules quadrijumeaux (T Q), un entrecroisement complet. Il résulte de cet arrangement que les faisceaux b\ «' réunis, par exemple, en un point de l'hémisphère gauche L 0 G, représentent la totalité des fibres provenant de la rétine de l'œil droit, et que les faisceaux 6, a,, représentent la totalité des fibres provenant de l'œil gauche. Le parcours des fibres optiques, d'après cela, ôn ce qui concerne leur trajet profond, se trouve en quelque sorte ramené au type de l'entrecroisement complet et l'on comprend que dans un appareil ainsi constitué, tandis qu'une lésion de la bandelette optique produit l'hémiopie latérale, au contraire, une lésioa située profondément dans l'épaisseur de l'hémisphère produira l'amblyopie croisée.
132 IIYPOTHliSE ANATOMIQUE
Je VOUS apporte cette hypothèse pour ce qu'elle vaut; elle ne repose, quant à présent, sur aucune donnée anatomique. Elle fournit, quoi qu'il en soit, si je ne me trompe, un moyen facile de se représenter sous une forme très simple les faits assez complexes révélés par l'observation clinique.
ONZIÈME LEÇON
Origine des parties cérébrales des nerfs optiques.
Sommaire. — Rapports entre l'amblyopie croisée et l'hémianesthésie sensitivc
résultant d'une lésion de la capsule interne. Origine cérébrale des nerfs optiques.
Couronne rayonnante de Reil. — Faisceaux rayonnants cortico-optiques : Fibres antérieures (racine antérieure de la couctic optique) ; — Fibres moyennes (expansions latérales) ; — Fibres postérieures (expansions cérébrales des nerfs optiques). - Rapports analomiques entre les expansions cérébrales des nerfs optiques et les fibres centripètes de la couronne rayonnante (hémianeslhésie sensitive).
Bandelettes optiques. — Origine de la racine externe (couche optique, corps genouillés externes, tubercules quadrijumeaux antérieurs). — Origines de la racine interne (corps genouillés internes, tubercules quadrijumeaux postérieurs).
Connexion entre les amas de substance grise et l'écorce gi-ise de l'encéphale : faisceaux rayonnants cortico-optiques.
Effets des lésions des tubercules quadrijumeaux antérieurs.
Faits d'hémiopie latérale supposés d'origine inlra-cérébrale.
Messieurs,
J'espère être parvenu à mettre en relief l'existence de Vamblyopie croisée, comme symptôme de lésions occupant la partie postérieure de la capsule interne ou les irradiations correspondantes du pied de la couronne rayonnante.
Du même coup, j'ai essayé d'établir que la proposition de Gracfe, à savoir que l'hémiopie homologue serait — à l'exclusion de l'amblyopie croisée — le seul trouble fonctionnel de la vision pouvant résulter d'une lésion d'un des hémisphères cérébraux ; j'ai essayé, dis-je, de montrer que cette proposition est pour le moins beaucoup trop absolue et que les
134 HRMIANKSTHRSIR RT AMBLYOPIR CROISRRS
arguments sur lesquels elle repose devront subir une révision complète.
Aujourd'hui, je voudrais rechercher avec vous si 1 anatomie normale peut faire comprendre pourquoi le trouble sensoriel dont il s'agit, c'est-à-dire 1 amblyopie croisée, est un accompagnement fréquent, pour ainsi dire habituel, de l'hémianesthésie sensitive résultant d'une lésion de la capsule interne.
Cette hémianesthésie de la sensibilité commune, vous ne l'avez pas oublié, a pu trouver sa raison d'être dans l'existence d'un faisceau de fibres centripètes directes, c'est-à-dire ne s'arrêtant pas dans les noyaux gris des masses centrales et qui, à l'issue de la capsule interne, formerait la partie la plus postérieure du pied de la couronne rayonnante.
Existe-t-il quelque connexité, quelque rapport plus ou moins immédiat entre ce faisceau sensitif et les faisceaux sensoriels destinés à mettre en communication l'appareil de la vision avec l'écorce grise du cerveau ? Pour aborder cette question, il nous faut, au préalable, étudier l'origine des parties profondes ou cérébrales des nerfs optiques. Nous allons toucher là un sujet difficile, obscur encore surplus d'un point. Je ne puis cependant me dispenser de vous en indiquer les principaux côtés, ne serait-ce que pour signaler la voie dans laquelle devront, à l'avenir, être dirigées les recherches, et 011 l'anatomie pathologique est appelée très vraisemblablement à jouer un rôle prépondérant.
D'après le plan général, les nerfs encéphaliques doivent rencontrer, avant de pénétrer dans le cerveau lui-même, un ou plusieurs amas de substance grise, qu'on est convenu d'appeler les noyauœ d'origine, et ce sont des expansions nées dans ces noyaux, qui, d'une façon indirecte^ mettraient ces nerfs en rapport avec l'écorce grise des hémisphères cérébraux,
A priori^ rien ne porte à croire que les nerfs optiques
(KUmoNNIî HAYOINNANTR DR HKHi
échappent à celle loi. De fait, ils n'y échappent point, mais les dispositions sont ici très compliquées et mal connues d'ailleurs dans certains détails.
Je m'arrêterai tout d'abord un instant sur quelques dispositions relatives à la constitution d'une partie delà couronne rayonnante de Reil (1).
(1) Les divers faisceaux pédonculalrcs ou autres qui l'orment la couronne rayonnante [fibres convergentes (Luys), Système de projection de 1" ordre,
PI
jP(!7 3l). — Empmnideà M. Meynert (Strickor'n Handbuch, t. 11., p, "793. — Fig. 288) Coupe antéro-postérieure du cerveau du cercocebiis cinomolgita .
F, Kïti-émité frontale. — G, extrémité occipitalo , , — H, la corno d'Ammon. - nn, la substance grise corticale. — S H, Sulcus hippocampi. — LL, 2- segment ùw noyau lenticulaire. — G T, Vavant mur. — G s, la queue du corps strié. — P, le pulvlnar. — G, le corps gcnouillé externe.
pv, Fibres propres unissant deux circonvolutions. — arc, l'ascioulus arcuatus. — imc, fasciculus uncinatus. - J3, fasclculus longlfudlnalls infcrlor. - C o, commissuie antérieure. — inf, corne postérieure des ventricules latéraux.
(Meynert;! composent pour une bonne part la masse ccnlnilc blnnclio appeiôii centre ovale, que l'écorcc ffriso des liémisphères enveloppe et ronl'ermo, snivaiilla comparaison de Foville. fi lamanii^'e d'une bourse. Ils ne rcprésont^n i
136 COUnONNE RAYONNANTE DE REIL
Dans le schéma que je vous présente et que j'emprunte à M. Huguenin {loc. cit., pl. 69, page 93), l'ablation des parties supérieures des hémisphères, y compris le corps calleux, a mis à nu les cavités ventriculaires. Vous remarquerez particulièrement l'étage inférieur ou corne postérieure du ventricule {f) qui joue ici, dans la topographie, un rôle important {Fig. 32).
On a détaché le noyau caudé dont les contours se trouvent représentés par une ligne pointillée ; on a enlevé également son appareil rayonnant, c'est-à-dire le plan des fibres rayonnantes cortico-striées {Fig. 31, FK). De la sorte se trouve à découvert le plan des faisceaux rayonnants corlico-optiques (FT, Fig. 31 ; M, ii, kk, Fig. 32). H est possible de distinguer alors dans ces derniers faisceaux trois groupes de fibres : 1° Les unes antérieures {hh,Fig. 32), sont dites racine antérieure de la couche optique (Vordere Stiel) ; elles se dirigent vers les régions frontales ; 2° d'autres sont moyennes ou latérales [ii, Fig. 32. Expansions latérales) ; 3° d'autres enfin, postérieures, sont désignées d'après Gratiolet, qui, lepre-
pas la totalité de cette masse. Celle-ci contient, en outre, des faisceaux tout à fait étrangers aux précédents, mais qui s'entremêlent avec ceux-ci. Les derniers faisceaux constituent ce que M. Meynert appelle le système d'association. On peut ramener, d'une façon très générale, à deux ordres les faisceaux qui composent ce système. — Les uns consistent en commissures qui unissent l'une à l'autre des parties homologues des hémisphères cérébraux. Tels sont, par exemple, les corps calleux, la commissure antérieure. Les autres sont composés de nbres à direction générale antéro-postérieure qui mettent en relation les points divers d'un même hémisphère.
La figure ci-contre (Fi^-. 30), empruntée à M. Meynert [loc, cit., fig. 233) et représentant la coupe antérieure du cerveau d'un singe (cercocebus cinomolgus) montre bien la direction des principaux faisceaux de ce système d'association antéro-postérieure. On voit : en pv. les faisceaux des fibres propres, fibrœpropriœ, bien décrites par Gratiolet, qui mettent en rapport les circonvolutions voisines ; en ave, le fasciculus arcualus dont les fibres au-dessus du corps calleux s'étendent du lobe occipital au lobe frontal ; — en Ig, le faisceau longitudinal inférieur qui unit le lobe occipital à l'e-vtrémité du lobe sphénoï" dal, enfin, en une, le fasciculus uncinalus dont la direction est presque verticale et qui établit une relation entre le lobe frontal et le sphcnoïdal.
Fir/. 31. — N G, noyau caiidé. — GO, couche optique. — N L, noyau lenticulaire avec ses trois segments. — A M, avant-mur. — CE, capsule externe. - G I, capsule interne. — P P, pied du pédoncule. — G A, corne d'Ammon. — N I, insula de Heil. — PL, fibres du pédoncule destinées au noyau lenticulaire.
— P G, fibres pédonculaires destinées au noyau caudé. — PS, fibres du noyau lenticulaire qui se jettent dans le lobe sphénoïdal. — P N, fibres du noyau lenticulaire qui vont îi la périphérie. — P K., fibres du noyau caudé qui vont il la périphérie. — P T, libres de la couche optique qui vont à la périphérie.
— P D, fibres directes. — {Sc/iémn d'après M, Uiiqiien'm.)
IHH CdUnONNK RAYONNANTR I)K nKII>
mier (1), les a bien étudiées, sous le nom d'expansions cérébrales optiques ou des nerfs optiques (/.-, h, Fiçj . 32).
Fi/7 -Radiations de la couche optique — (Schéma empi-unlé à l'ouvrage de
M. Huguenin, p. 93, flg'. 69.) «, couche optique. — i, corps slrié. — c, Voûte ù 3 piliers. — d, tubercules
quadrijuineaux. — f, corne postérieure du ventricule latéral. — (f , corne
d'Ammon. —h,li, racine anlérieure du lhalainus. — ?",)', radiations laléralcs,
— kk, radiations optiques de Gratiolet.
(1) Voir Gratiolet. — Anat. comparée t. Il, p. 1^1 et suiv. — Luys, loc. cil. p. 173.
CnunONNR IIAYONNANTR DR RE!L 139
(Sehstrahlungen.) Les faisceaux du dernier groupe, qui sont l'objet particulier de notre étude, ne sont séparés de la cavité de la corne postérieure que par l'épendyme et le tapis (tapetuni), expansion particulière du splenium du corps calleux.
C'est dans cette région même, mais sur un plan plus profond, que se répandent les expansions cérébrales du faisceau de fibres centripètes dont la lésion détermine l'bémianesthésie sensitive de cause cérébrale. Il existe donc une relation de voisinage, de contiguïté entre ces faisceaux et les expansions optiques et cette relation serait bien propre à expliquer anatomiquement la coexistence fréquente de l'hémianesthésie et de l'amblyopie croisée s'il était bien établi que les faisceaux qui portent le nom d'expansions optiques sont réellement un prolongement plus ou moins direct des nerfs optiques.
Pour examiner ce dernier point, il convient de prendre un détour et d'étudier ce qu'on sait relativement à ces noyaux de substance grise, où les nerfs optiques prennent leur première origine à la base de l'encéphale, en quelque sorte en dehors du cerveau proprement dit.
Quelques renseignements préliminaires, concernant l'architecture extérieure des parties que nous devons considérer, me paraissent devoir trouver place ici.
Si, après avoir détaché de l'encéphale l'isthme tout entier, y laissant attenantes les couches optiques, on examine la préparation ainsi obtenue par sa face postérieure, on y remarqué ce qui suit : 1° En avant, se voient de chaque cAté les cou- '
140 BANDIÎLKTTKS OPTIQUES
ches optiques que sépare le troisième ventricule ; 2» en arrière, les tubercules quadrijumeaux tant antérieurs que postérieurs; 3° en dehors, les bras conjonctifs antérieurs en relation par leur extrémité interne avec les tubercules qua- < drijumeaux antérieurs, et les bras conjonctifs postérieurs en relation avec les tubercules postérieurs. On voit encore dans la même région, lorsqu'on soulève l'extrémité postérieure des couches optiques ou pulvinar, en dedans le corps ge- ] nouillé interne, en dehors une masse grise un peu plus volu- | mineuse qui est le corps genouillé externe. '
En arrière et au-dessus de ces parties se voient la ganse de j processus cerebelli ad testes, les pédoncules cérébraux, les corps restiformes, les pédoncules cérébelleux ^ moyens. I
Les corps genouillés internes et externes sont notoirement i ^ les deux premiers noyaux de substance grise avec lesquels , les nerfs optiques entrent en rapport dans leur trajet vers l'en- | céphale. On sait commentées nerfs, en arrière du chiasma, | prennent le nom de tractus optiques ou bandelettes optiques et comment celles-ci, dans la partie qui correspond aux deux tiers postérieurs, sont divisées en deux tractus qu'on peut considérer comme des racines dont l'une est interne et l'autre externe.
Veœterne est, k la fois, la plus volumineuse et la plus im- > portante. Elle fournit elle-même plusieurs faisceaux qui se mettent en rapport avec divers noyaux gris. 1° On peut dis- ; tinguer d'abord un faisceau qui s'arrête dans les corps genouillés externes. Ces derniers consistent en des amas assez volumineux de substance grise, renfermant des cellules gan- I glionnaires étoilées ou fusiformes, d'assez grande dimension, i qui se trouvent bien représentées dans l'ouvrage de Henle i {fig. 177, p. 249). 2° Un second faisceau, situé en dedans du précédent, pénètre dans l'étage inférieur du thalamus, environ
RACINRS lîXTEIlNES DES NERFS OPTIQUES 141
12 millimètres en avant de l'extrémité du pulvinar. Sur une coupe transversale telle que celle qui est figurée dans le travail de Meynert (fig. 249, II, R), le iaisceau en question est situé entre le corps genouillé externe et le pied du pédoncule. L'existence de ce faisceau, affirmée par Gratiolet, est aussi très explicitement reconnue par Meynert, Henle et Huguenin. 3° Un troisième faisceau qui, d'après Gratiolet, serait le plus apparent et le mieux connu des racines du nerf optique, contourne le corps genouillé externe et pénètre dans celui des tubercules quadrijumeaux antérieurs qui occupe le côté correspondant (1). La description que donne à cet égard Gratiolet, confirmée par MM. Vulpian et Huguenin (2), est parfaitement exacte en ce qui concerne la plupart des mammifères (3). Elle ne l'est plus au même degré pour le singe et pour l'homme où l'existence du faisceau, parfaitement réelle d'ailleurs, ne peut être anatomiquement démontrée que par un examen très attentif (4).
Vous voyez par ce qui précède que la racine externe des nerfs optiques prend son origine dans trois noyaux de substance grise, à savoir : 1" la couche optique ; 2° le corps genouillé externe ; 3° les tubercules quadrijumeaux antérieurs {nates). Ce sont là certainement les principales sources des nerfs optiques chez l'homme ; ce sont vraisemblablement les seules chez un grand nombre d'animaux. C'est ce que sem-
(1) Gratiolet, loc. cit., p. 180.
(2) Huguenin. — Weslj-thall's Archiv. Y. Bd., 1" hcft., 2 lieft. 1875.
(3) Voir pour les cerveaux du lapin et du cliien les planches du travail de M. Gudden [Arch. f. ophlhal, XX. 1875); pour le cerveau du chat les planches de Forel. {Beitrage zurKeunlness der Thalamus opticus. Sitz. Bericht. il 'vKAImd., LXVl Bd. 1872. T. 11. fig. 10).
(4) Un quatrième faisceau, situé en dehors de celui qui s'arrête dans le corps genouillé externe, se répandrait sur le thalamus et prendrait part à la formation du Strulum zonale. Déjà indiqué par Arnold et Gratiolet, ce faisceau est décrit et représenté par Meynert, p. 436.
I l-:;; HAtJINKS INÏEHNKS DES NEHKS (U'TlgUKS
blent ôlablir, tout au moins, les intéressantes expériences de M. Gudden (1), consistant en l'extirpation des globes oculaires, pratiquée chez de très jeunes lapins. Lorsque, au bout de quelques mois, les animaux ainsi opérés sont sacrifiés, on reconnaît que l'atrophie consécutive porte, en ce qui concerne les parties centrales, sur les tubercules quadrijumeaux antérieurs, les couches optiques et enfin les corps genouillés extérnes ; au contraire, les tubercules quadrijumeaux postérieurs et les corps genouillés internes ne prennent aucune part à l'atrophie.
Moins importante que l'externe^ \&rcwme interne des nerfs optiques ne doit pas être cependant négligée, surtout lorsqu'il s'agit de l'homme. On sait qu'elle entre manifestement en connexion avec le corps genouillé mterne. Ce dernier ne contient que des cellules nerveuses mdimenlaires (Henle) et ne peut être, par conséquent, considéré comme un centre au même titre que le corps genouillé externe. Soit après avoir traversé le corps genouillé, soit par un trajet direct, les faisceaux nerveux de la racine interne vont en définitive aboutir aux tubercules quadrijumeaux antérieurs.
Tout récemment, M. Huguenin {Arch. fùrpsi/hiaf rie, iSl^, V Bd., fasc. 2, p. 344) a soutenu que la racine interne des nerfs optiques chez l'homme tout au moins, est anatomiquejoent en rapport avec les tubercules quadrijumeaux postérieurs soit directement, soit par l'intermédiaire du corps genouillé interne. D'après cela, les tubercules quadrijumeaux postérieurs ne seraient pas, chez l'homme, exclus de l'appareil des nerfs optiques, comme ils paraissent l'être chez les animaux. Cela n'est pas en contradiction avec ce qu'enseignent certains faits d'induration grise tabétique des nerfs
(1) Gucklcn. — Arch, fur ophlhalinoL, XX»
FAISUKAUX HAYONNANTS COUTICO-OI'TKJUES l^'ô
optiques. Tout récemment encore, chez une l'emme ataxique, aveugle depuis une quinzaine d'années, l'induration grise des nerfs optiques pouvait être suivie au-delà du chiasma, sur les bandelettes optiques, jusqu'aux corps genouillés. Les tubercules quadrijumeaux, tant antérieurà (nates) que postérieurs [testes), avaient à peu près conservé la coloration blanche de l'état normal, mais ils avaient subi, les uns et les autres, une réduction de volume des plus manifestes [cas de la nommée Magdaliat (1)]. J'ai observé plusieurs faits en tout semblables à celui qui précède.
11 nous faut rechercher actuellement comment ces divers amas de substance grise qui viennent d'être énumérés sont mis en relation avec l'écorce grise de l'encéphale. La connexité s'étabbt, ainsi que je l'ai fait pressentir, par un système de fibres qui constitue la partie la plus postérieure des radiations de la couche optique (faisceaux rayonnants corticooptiques) et qu'on désigne quelquefois sous le nom de radiations optiques de Gratiolet. Vous pourrez suivre les détails anatomiques assez complexes, relatifs à ce point, sur la figure suivante que j'emprunte au travail de M. Meynert et qui concerne le singe (CeiirocehitscinomQlgits.) {Fig. 33).
On voit sur cette planche comment des faisceaux de fibres ou radiations, partant des corps genouillés externes, Ge, et internes Gi, àu pulvinar lh\ des tubercules quadrijumeaux antérieurs Qi*, — ces derniers par l'intermédiaire des bras conjonctifs antérieurs, Bà^ vont après un trajet récurrent s'associer au faisceau Ow^qni n'est autre que l'ensemble des fibres centripètes pédonculaires directes dont nous avons déjà donné la description (Leçons VIII et IX, Fif/ . 26), et
(1) Les bras conjonctifa antiéïieuvs j«)s,térteu(vs, eux aussi, élaient dans c(3 cas reniar*ini»Weineut atrophiés.; ils avaient uuo ct)tor«.ii!W d'un l>laac tuat,. m
Ft(]. 33. — Cette figure est empruntée à l'ouvrngo de M. Meynerl {Slricker's
Handbuch. II, p. 721. fig. 243). Elle représente une coupe " longitudinale et ^ horizontale de la moitié gauche du cerveau du Cercocebus dnomolgus. F, extrémité frontale. — 0, région occipitale. — F S, entrée de la scissure de
Sylvius. — I, insula. — Cl, avant-mur. — T, corps calleux. — S, septum.
— C«, commissure antérieure.
A, corne d'Ammon. — V, corne antérieure du ventricule latéral. — Vp, corne
postérieure. — V???, Vm, ventricule moyen. — Cmî, commissure moyenne.
hq, aqueduc.
Li, Lu, Lin, les segments du noyau lenticulaire. — Na, tête et Ne, queue du noyau caudé.
T/t, partie de la couche optique située en avant des corps genouillés. — T/i',
couche optique ; pulvinar.
Qm, tubercules quadrijumeaux. — Gi, corps genouillé interne. — Ge, corps
genouillé externe. — P, pied du pédoncule cérébral. Om, faisceaux médullaires qui, du lobe occipital, vont au pulvinar aux B S,
bras des tubercules quadrijumeaux antérieurs, aux B 1, bras des tubercules
quadrijumeaux postérieurs, aux deux corps genouillés, au pied du pédoncule
cérébral.
PlEi) DE LA COURONNE RAYONNANTE 145
qui tiendraient sous leur dépendance la sensibilité commune de tout un côté opposé du corps.
A cet ensemble de faisceaux se trouvent mêlées sans doute des fibres provenant du tractus olfactif, par l'intermédiaire de la commissure antérieure dont les extrémités, comme on sait, suivant la description de Burdach. et de Giatiolet se dirigent en arrière, dans l'épaisseur des lobes occipitaux et sphénoïdaux . Les faits cliniques conduisent à supposer qu'il s''y mêle aussi des fibres nerveuses entrecroisées, en rapport avec les nerfs auditifs et gustatifs. Si cette disposition, à l'heure qu'il est tout hypothétique,, venait à être vérifiée anatomiquement, on comprendrait comment l'obnubilàtion croisée de l'odorat, du goût et de l'ouïe, font, au même titre que l'aniblyopie, habituellement partie intégrante du syndrome hémianesthésie cérébrale (1).
La région de l'encéphale que je signale à votre attention et qui répond à la partie la plus postérieure du pied de la couronne rayonnante, pourrait donc être considérée, d'après ce qui précède, comme un carrefour où^ dans la profondeur de l'encéphale, se rencontrent dans un espace très circonscrit toutes les voies sensitives et sensorielles. C'est un carrefour, ce n'est pas un centre. Le centre cérébral proprement dit doit être cherché sur le prolongement des fibres médullaires, dans l'écorce grise des lobes occipitaux et sphénoïdaux.
Nous aurons à revenir sur ce point, à propos des localisa lions dans le système cortical.
Vous avez pu remarquer, dans l'exposé analomiquc qui vous
(1) D'apr(Hs la théorie, le» hémianestliésies cérébrales devront se distinguer do Celles qui résulleraicul d'une lésion de la protubérance ou d'un pédoncule cérébral par la non-participation, dans ces derniers cas, de la vision et de l'odorati
CiiARGOT. Œuvres complètes, ï. iv, Localisations, 10
140 LiisiONS DES TUDEllCULES QUADUIJCMKAUX
a été présenté, que les tubercules ({uadrijumeaux sont le seul point où les faisceaux des nerfs optiques, après leur entrecroisement dans le cliiasma, se rapproclient de nouveau les uns des autres, vers la ligne médiane. Est-ce sur ce point que se fait l'entrecroisement supplémentaire, qui, d'après l'hypothèse que j'ai proposée^, ramènerait les nerfs optiques à la courdition des autres nerfs? C'est là une question qui, actuellement, paraît fort difficile à résoudre par les seuls moyens de l'anatomie. Sans doute, il existe sur la ligne médiane, entre les tubercules quadrijumeaux, de nombreux entrecroisements de faisceaux, constatés anatomiquement. Mais on ne saurait décider si ces fibres entrecroisées sont réellement en connexité avec les nerfs optiques et surtout si elles sont le prolongement des fibres optiques non entrecroisées dans le chiasma. L'expérimentation et surtout l'anatomie pathologique auront vraisemblablement le premier pas dans la solution delà question en litige. Déjà les expériences de Flourens ont montré chez des mammifères et des oiseaux que l'ablation des tubercules optiques ont pour effet l'amblyopie ou l'amaurose croisée. Mais il s'est agi là d'animaux dont les axes oculaires sont dirigés en dehors et chez lesquels, sans doute, l'entrecroisement dans le chiasma est complet.
Chez l'homme, les éléments pour la solution du problème font encore défaut. Chez lui, les lésions des tubercules quadrijumeaux ne sont pas rares, mais elles sont ordinairement bilatérales et, en conséquence, amenant la cécité bilatérale, elles ne peuvent rien décider. De fait, on est encore à se demander, si la lésion des tubercules quadrijumeaux antérieurs produira, à Texemple d'une lésion de la bandelette optique, l'hémiopie latérale, ou sj, au contraire, elle produira l'amblyopie croisée, comme cela devrait être dans mou hypothèse. En fayeiur de celle-ci, je ne pourrais citer encore qu'une observation rapportée par M. le D'' Bastiun, et daiis laquelle une