‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 4)Chapitre 29 sur 73 · CIRCONVOLUTIONS MOTRICES · texte numérisé non relu

CIRCONVOLUTIONS MOTRICES

h celles qui se produisent en conséquence des lésions de la capsule interne. Mais quelles sont ces circonstances dans lesquelles les dégénéralions résultent de lésions occupant l'écorce cérébrale ?

C'est dans ces derniers temps seulement, Messieurs, qu'on a fait remarquer qu'ici encore la condition fondamentale est relative au siège du foyer. L'étendue du foyer primitif, la nature même de l'altération qui le constitue, pourvu toutefois que ce soit une altération destructive, ne sont dans l'espèce que des conditions vraiment accessoires. Il s'agit donc pour nous en ce moment, vous le voyez, de déterminer topographiquement dans le manteau, la région que les lésions en foyer doivent intéresser pour qu'il s'en suive une dégénération descendante des faisceaux pyramidaux.

Pour atteindre sûrement le but que nous nous proposons, une petite digression me paraît indispensable. D'ailleurs, Messieurs, en suivant la voie détournée où je vais vous conduire, nous relèverons, chemin faisant, plusieurs faits de topographie cérébrale qu'on a maintes fois l'occasion d'utiliser dans le genre d'études que nous avons entreprises (1),

Si l'on considère la surface des hémisphères cérébraux de l'homme et qu'on y cherche des points de repère pour s'orienter dans ce dédale qu'on appelle depuis longtemps les plis du cerveau, on est nécessairement frappé par la disposition remarquable que présentent les deux grandes circonvolutions moyennes, pour la première fois figurées et décrites par Vicq d'Azyr, dans son grand Traité d' anato7nie et de pliysiologie

(1) Voy, première partie, p. 16,

STRUCTURK DES CIRfiONVOLUTIONS 233

(1785, pl. 111). '< Elles sont, dil Vicq d'Azyr, obliquement dirigées de haut en has\ elles sont plus allongées, moins contournées que dans les autres régions du cerveau. » Ces deux circonvolutions ont été décrites avec plus de détails par Rolando, en 1829, dans l'ouvrage intitulé « De lastructure des hémisphères du cerveau ». Il les désigne sous le nom de processus entéroïdes verticaux. En réalité, Messieurs, ces deux circonvolutions constituent un des caractères morphologiques fondamentaux de la surface du cerveau de l'homme, et on les retrouve chez la plupart des singes. Vous savez qu'on les désigne aujourd'hui, l'antérieure, sous le nom de circonvolution frontale ascendante, \(i postérieure, sous le nom de circonvolution pariétale ascendatite. Elles sont séparées l'une de l'autre par un sillon que, depuis Leuret (1839), on appelle le sillon de Rolando. Sur la face externe de l'hémisphère elles s'étendent depuis la scissure de Sylvius jusqu'à la fente interhémisphérique ; et l'on sait, d'autre part, qu'elles se plongent en quelque sorte sur la face interne de l'hémisphère pour y constituer un petit lobule, dillohuie paracentr al ou ovalaire au niveau duquel les deux circonvolutions prolongées se confondent. Or, Messieurs, la région de l'écorce grise de l'hémisphère sur laquelle j'appelle votre attention se distingue de toutes les autres, non seulement par sa configuration très particulière, mais aussi par quelques détails de structure qui méritent d'être relevés.

L'étude histologique, vous ne l'ignorez pas, a fait reconnaître dans l'écorce de l'hémisphère l'existence des cellules ganglionnaires ou nerveuses qui, en raison de la forme sous laquelle elles se présentent, sont appelées généralement cellules pyramidales de l'écorce grise. Ces cellules offrent des dimensions très variables; il en est de très petites, relativement bien entendu. Celles-là sont les plus nombreuses (cellules pyramidales de la petite espèce). Il en est de plusvcln-

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mineuses, qui occupent la partie moyenne de la substance grise. Enfin, il existe des cellules pyramidales dites géantes, décrites avec soin par Betz et Mierzejewsky, et dont le diamètre atteint quelquefois 0""'" 040 à O'""'0o0^ c'est-à-dire égale le diamètre dès grandes cellules ganglionnaires dites motrices, des cornes grises antérieures de la moelle épiniôre (1).

Mais ce n'est pas seulement sous le rapport des dimensions qu'il y a lieu d'établir un rapprochement entre les cellules des cornes antérieures de la moelle et les grosses cellules pyramidaleSi II existe, en effet, entre ces deux sortes d'éléments de très manifestes analogies déstructure. Ainsi, outre les prolongements protoplasmiques qui se ramifient et se subdivisent, on trouve encore dans les grosse cellules pyramidales et particulièrement dans les cellules gigantesques, une disposition bien caractéristique qui consiste en un prolongement spécial, indivis, identique au • prolongement cylindrique décrit par Deiters sur les cellules ganglionnaires spinale^. C'est, dans un cas comme dans l'autre, un filament grêle à son origine et qui va ensuite s'épaisissant légèrement à mesure qu'il s'éloigne du protoplasma cellulaire. Par des dissociations heureuses, il est possible, à une certaine distance de la cellule, de voir ce prolongement se recouvrir d'un cyfindre de myéline. Toutes ces explications montrent bien qu'il est impossible de méconnaître les analogies qui, malgré les différences de forme et de siège, rapprochent d'une part les grandes cellules pyramidales de l'écorce cérébrale et d'autre part les cellules motrices des cornes antérieures. Ces analogies avaient d'ailleurs été pressenties déjà par M. Luys, et j'aurai bientôt l'occasion de le mettre de nouveau en relief.

Or, Messieurs, les plus grosses de ces cellules pyramidales, et surtout les cellules géantes, ne se voient pas indifférera-

(1) Voy. p. 22.

CKLLUI.RS l'YHAMIDALKS 235

menl dans toutes les régions do l'écorce; elles affectent au contraire de se cantonner dans une circonscription bien déterminée de la surface du cerveau, et cette circonscription est précisément celle dont tout à l'heure nous indiquions la configuration et les limites. C'est, en effet, dans l'épaisseur de la

Fi(/.b9.— Cerveau du chien (l'ace supérieure) . — S.Cr, sillon crucial. — G. S, gyrus sy^moïde (région des circonvolulions ;i grandes cellules pyramidales).

substance grise des circonvolutions frontale et pariétale ascendantes, dans leur moitié supérieure principalement, ainsi que dans le lobule paracentral, que se rencontrent les cellules pyramidales de la grande espèce, et exclusivement les cellules géantes: elles sont Indisposées en groupes, en îlots, en nids comme dit M. Betz. Aussi la région des circonvolutions médianes pourrait-elle être appelée le département des cellules pyramidales gigantesques.

■^^^ SII.M)N Cni'ClAL

Il esL très remarquable que celle parlicularil6 de slruclure n'apparlienl pas seulement h l'homme. On la relrouve chez le singe, comme l'a montré encore M. Betz. Là aussi c'est dans les circonvolutions médianes et dans le lobule paracentral que l'on observe les plus grandes cellules pyramidales. Le môme auteur a également fait voir que ces cellules se rencontrent chez le chien dans les régions désignées depuis les travaux de Hilzig et Férrier sous le nom de centres moteurs, c'est-à-dire dans la substance grise des circonvolutions qui avoisinent le siclcus crucialis.

Les observations de M. Betz ont été tout récemment confirmées, non seulement en ce qui concerne l'homme elle singe, mais aussi le chat et le mouton, par M. Bevan Lewees {Btrim, 1878).

Ceci me conduit à relever, Messieurs, que les circonvolutions centrales, médianes, rolandiques, si vous voulez les appeler ainsi, sont celles dans lesquelles l'expérimentation pour ce qui a trait au singe, l'observation anatomo-clinique pour ce qui a trait à l'homme, a permis de localiser les régions dites psycho-motrices ou plus simplement motrices ; et je saisis l'occasion de vous faire remarquer en passant, que cette dénomination de centres moteurs n'implique dans mon esprit aucune idée physiologique absolument arrêtée, et que par là j'entends seulement désigner, par opposition aux autres, celles des régions de l'écorce du cerveau dont la lésion occasionne des troubles moteurs dans certaines parties déterminées du côté opposé du corps.

Ici se termine notre digression (1). Peut-être avez-vous pensé. Messieurs, que les considérations qui viennent de vous être présentées sont étrangères à notre objectif qui est, en somme, l'histoire pathogénique des dégénérations secondaires

(1) Voir pour plus de détails les Leçons sur les localisaHofis dqns les 7nalc(' ciioa du cerveau (3» leçon),

FAISCEAU PYRAMIDAL INTBA-ENCÉPIIAMQUK 237

de cause cérébrale. 11 n'en est rien cependant. En effet, cette partie de l'écorce grise dont j'ai voulu faire ressortir les principaux caractères morphologiques, histologiques et physiologiques, appartient à la région dont nous nous sommes proposé de déterminer les limites.

Faites partir de la couche profonde de toute cette zone grise,

I ou. — A, coupe horizonlale du noyau caudé. — B, du noyau IcnLiculaire. — G,de la couche opUquc— D, lobule paracentral. - E.clrconvoluHon frontale ascendante. — F, pariétale ascendante. — G, sillon de Rolando.— II, segment antérieur de la capsule. — K, région pyramidale de la capsnle interne dans le segment postérieur. — L, portion sensitive de la capsule correspondant au tiers postérieur du segment postérieur.

des fibres nerveuses se dirigeant vers la portion de la capsule interne que nous appelions précédemmentpyrawïV^tt^e, et vous obtiendrez ainsi une vue schématique qui ne s'éloigne pas beaucoup de la réalité concrète. Géométriquement, notre région peut être représentée ainsi qu'il suit : c'est une pyramide à quatre faces. Le sommet tronqué regarde en bas (c'est la région pyramidale de la capsule interne). La base de la pyramide est convexe, elle regarde en haut et en dehors. Elle n'est

LÉSIONS DlîSTUUCTIVIîS J)lîS ClîNÏHKS MOTKURS

autre que l'écorce grise les circonvolutions médianes ou ascendantes. La face antérieure est représentée par une coupe frontale passant d'un côté*par l'extrémité postérieure du pied des trois circonvolutions frontales, et de l'autre par l'extrémité antérieure de la couche optique (c'est à peu . près la coupe prœ-rolandique ou pédiculo-frontale de Pitres). La coupe frontale post-rolandique oi} pédiculo-frontale, passant 4'un côté par la ligne fictive qui sépare les deux tiers antérieurs du segment.postérieur de la capsule de son tiers postérieur, représente la face postérieure de la pyramide en question. Il est facile de comprendre, sans qu'il soit nécessaire d'y insister davantage, comment les deux autres faces, l'interne et l'externe, pourraient être obtenues.

Voilà une représentation géométrique sans doute assez grossière; c'est bien cependant à p.eu près dans ces limites que se trouve renfermée la région qu'on pourrait appeler rolandiçite, du manteau, et qui représente dans le grand cerveau, comme un petit cerveau à part, doué de propriétés physiologiques spéciales ; c'est également dans l'écorce de ce segment cérébral qu'il faut chercher le point de départ des dégénérations secondaires. En effet, en tant qu'il s'agit de lésions en foyer dites périphériques, c'est-à-dire siégeant en dehors des masses opto-slriées, ces lésions ne déterminent la production des dégénérations secondaires du faiceau pyramidal que lorsqu'elles intéressent la région centrale ou rolandique du manteau de l'hémisphère. En dehors de cette région, les lésions destructives en foyer, (pielle que soit leur étendue, ne produisent pas la dégénération descendante du faisceau pyramidal.

Telle est, en résumé, Messieurs, la formule qui, relativement à la question qui nous occupe, exprime en quelque sorte

P<»YEHS l)K HAMOLMSSKMKNT LOCALISKK 239

l'élat de nos connaissances actuelles. Je n'entrerai pas dans le détail des faits sur lesquels elle repose, renvoyant aux travaux de MM. Pitres, Issartier, Flechsig, où sont rassemblés tous les documents relatifs à ce sujet. Je me bornerai simplement aux remarques suivantes ; il n'est pas démontré encore que les lésions destructives limitées à la substance grise corticale de la région rolandique produisent des dégénérationssecondaires. Cependant, quelques faits empruntés à Tanatomie pathologique de la paralysie générale (i) semblent démontrer qu'il en est réellement ainsi.

Les lésions même peu étendues (1 à 2 centimètres cubes), intéressant à la fois la substance grise et la substance blanche adjacente, telles que les plaques jaunes ou les foyers artificiels d'hémorrhagie cérébrale, surtout quand elles portent sur les deux tiers supérieurs des circonvolutions ascendantes et le lobule paracentral, produisent des dégénérations secondaires très accentuées des faisceaux pyramidaux.

Les lésions en foyer intéressant le centre ovale dans la région rolandique, sans participation de l'écorce grise, déterminent, au même titre que les lésions superficielles, des dégénérations secondaires très accentuées du faisceau pyramidal (2).

Pour en finir avec l'histoire particulière des dégénérations secondaires de cause encéphalique, il ne me reste plus qu'à vous dire un mot sur ce qui louche aux foyers hmités à l'une quelconque des parties de l'isthme. Vous trouverez, consignés dans la monographie de M. Bouchard, la plupart des faits connus de dégénéiations secondaires consécutives à des lésions localisées dans la protubérance ou le bulbe. La comparaison de ces faits montre que la "condition nécessaire pour que, en

(1) Cas de Déjerine cilé par Issaiiier.

(2) Flcchsig (20 mémoire. — h cas empruntés h Tilrck),

240 FOYERS DE HAMOLLISSEME^V T l.OCALISÉS

pareil cas, la dégénération secondaire se produise, est que le foyer intéresse le trajet des faisceaux pyramidaux. S'il en est ainsi, un foyer même très limité placé dans le bulbe, au niveau de l'entrecroisement par exemple, devra déterminer une dégénération descendante des deux faisceaux pyramidaux. Cette combinaison s'est trouvée réalisée dans une intéressante observation publiée par M. Hertz (1).

Un foyer de ramollissement, gros comme une lentille, siégeait sur le lieu même de l'entrecroisement des pyramides ; il en est résulté une dégénération secondaire symétrique des faisceaux pyramidaux, qu'on pouvait suivre dans toute l'étendue de la moelle épinière.

(1) Deutsch. Arc/i. 3D3, 1874.

SIXIÈME LEÇON

Dégénérations secondaires de cause cérébrale Cjln). — Amyotrophies consécutives.

Sommaire. — Les lésions dégenéralives du faisceau pyramidal permettent d'établir nettement les rapports anatomiques de ce faisceau. — La terminaison des fibres de ce faisceau dans la moelle épinière donne matière à plusieurs hypothèses. — L'aboutissant delà fibre pyramidale est la cellule antérieure.

— Généralement cette cellule arrête le travail de dégénération descendante.

— Quelquefois elle est envahie elle-même. — Troubles trophiques qui sont la conséquence de la dégénération propagée aux cornes antérieures.

Il existe donc autre chose que des rapports de contiguïté entre le faisceau pyramidal et la substance grise delà moelle épinière. — Atrophie musculaire des hémiplégiques. — Observations de MM. Charcot, Vulpian, Hallopeau, Leyden, Pitres, Brissaud.

La propagation se fait-elle parle tissu conjonctif ou par les fibres nerveuses elles-mêmes ?

Messieurs,

J'en aurais fini avec l'histoire particulière des dégénérations secondaires de cause encéphalique, si je ne devais encore, avant de passer outre, arrêter un instant votrè attention sur quelques faits de détail qui n'ont pas trouvé place dans l'exposé qui précède.

L'anatomie des faisceaux pyramidaux, faite d'après l'étude du développement de ces faisceaux et des dégénérations descendantes qui s'y produisent, a permis d'établir, vous l'avez reconnu, que les fibres nerveuses qui les composent prennent leur origine dans l'écorce grise des circonvolutions rolandi-

CiiARCOT. Œuvres complètes, t. iv, Localisations. 16

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