‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 4)Chapitre 31 sur 73 · CELLULE MOTRICE DES CORNES ANTERIEURES · texte numérisé non relu

CELLULE MOTRICE DES CORNES ANTERIEURES

déjà très avancé. Il n'y a donc pas continuité entre les fibres des faisceaux pyramidaux et les fibres des racines antérieures.

Ce fait trouve en quelque sorte son pendant dans l'histoire des dégénérations descendantes. En effet, alors même que la lésion d'un des faisceaux pyramidaux est des plus prononcées, il est de règle que les racines antérieures émanant de la corne grise du côté correspondant neprésentent aucune modification de structure^ aucune diminution de volume appréciable.

La substance grise de la corne antérieure elle-même, au voisinage du faisceau pyramidal dégénéré, ne laisse voir également, dans les conditions ordinaires bien entendu, aucune trace d'altération ; aussi les grandes cellules nerveuses sont parfaitement intactes et la corne elle-même n'offre aucune diminution dans son volume.

Mais, Messieurs, cela ne prouverait point qu'il n'existe aucune connexité entre l'extrémité terminale des fibres pyramidales et les cellules motrices multipolaires ; il est même très vraisemblable— c'est l'opinion émise par la majorité 'des auteurs — que cette connexité existe. La deuxième hypothèse que je formulais tout à l'heure serait donc conforme à la vérité ; cependant, il faut le reconnaître la disposition anatomique suivant laquelle s'établit ce rapport est restée jusqu'ici inconnue.

Quoi qu'il en soit, s'il en est ainsi, la cellule nerveuse motrice dans le cas de dégénération descendante devra être considérée comme l'obstacle qui arrête dans la substance grise le travail de dégénération et l'empêche de se propager aux tubes nerveux des racines antérieures qui ont très certainement — la physiologie le démontre — des relations médiates avec les fibres des faisceaux pyramidaux. Cette hypothèse, comme vous allez en juger, trouve un appui dans certains faits pathologiques appartenant à l'histoire des dégénérations descendantes, faits

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sur lesquels je vous demande la permission d'arrêter un instant votre attention.

On a depuis longtemps remarqué que, dans la règle, les muscles des membres du côté paralysé chez les sujets atteints d'hémiplégie permanente de cause cérébrale, ne présentent d'autres altérations atrophiques que celles qui, très tardivement, résultent de l'inertie fonctionnelle à laquelle ces muscles sont condamnés. Mais à cet égard, il existe encore tout un chapitre d'exceptions, et il peut arriver que, contrairement à la règle, les muscles des membres frappés d'hémiplégie subissent, à un moment donné, une atrophie plus ou moins rapide, en même temps qu'ils offrent des modifications plus ou moins profondes dans leurs réactions électriques. J'avais été amené à penser que cette anomahe devait se rattacher à quelque particularité anatomo-pathologique et, dans un cas, j'ai constaté, en effet, ce qui suit (1) :

Il s'agissait d'une femme atteinte d'hémiplégie gauche à la suite d'une hémorragie en foyer de l'hémisphère droit. Les membres du côté paralysé qui, de très bonne heure, avaient été pris de contracture, commencèrent à diminuer de volume deux mois après l'attaque. L'atrophie musculaire était uniformément répandue sur toutes les parties des membres paralysés et elle s'accompagnait d'une diminution très notable de la contractilité électrique. Cette atrophie musculaire progressa très rapidement , la malade vint à succomber, et à l'autopsie, nous reconnûmes sur des coupes durcies de la moelle épinière qu'en outre de la sclérose fasciculée, il eitistait dans la corne antérieure du côté correspondant une altération dont le point le plus saillant était précisément l'atrophie et même la disparition complète d'un certain nombre de cellules motrices. M. Hallopeau, dans le service de M. Vulpian, a observé '

(1) Voy. Leçons sur les maladies du syst. nerveux, 1. 1, p. 62 et t. II, p. 269.

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quelques fails du môme genre; M. Leyden en a vu également au moins un, bien qu'il n'ait pas, je le crois du moins, relevé le rapportentre l'alLéraLion des cellules nerveuses et ratrophic des muscles.

Tout récemment, M. Pitres (1), àpropos d'un fait du genre de ceux qui nous occupent, observé dans mon service il y a quatre ans, est entré dans des détails anatomo-patliologiques

Fig. 62. — Coupe de la moelle épiniève entre la septième et la neuvième paires ràchidiennes . — A, corne antérieure du côlé droit contenant des cellules motrices parfaitement saines et en nombre normal. — B, corne antérieure gauche '< les cellules motrices ont disparu, sauf la partie la plus externe et à la partie antéro-inlerne. — G, sclérose du faisceau pyramidal dans le cordon latéral. (D'après Pitres).

très importants. Il s'agit, dans ce cas, d'un foyer ocreux, vestige d'une ancienne hémorragie cérébrale. Le foyer du volume d'une grosse amande avait totalement divisé le tiers moyen de la capsule interne du côté droit. Pendant la vie,ratrophie musculaire qui avait attiré l'attention, occupait le membre supérieur gauche à peu prés dans sa totalité. Au contraire, les muscles du membre inférieur paralysé ne présentaient pas d'atrophie notable.

(1) Arch. de physiologie normaU et pathologique^ 1876, p. 664é

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Eclairé par les faits antérieurs, j'avais cru pouvoir annoncer que cette atrophie musculaire insolite, survenant dans le cours de l'hémiplégie cérébrale avec contracture secondaire, trouverait son explication dans une destruction partielle des cellules de la corne antérieure gauche, au niveau de la région cervico-brachiale. L'examen microscopique fait avec le plus grand soin par M. Pitres est venu pleinement confirmer mes prévisions.

La sclérose descendante existait du côté gauche dans toute la hauteur de la moelle ; mais, en outre, dans un point limité du renflement cervico-brachial, entre la septième et la neuvième paires rachidiennes, dans une hauteur de 2 à 3 centimètres, on constatait dans la corne de la région antérieure une disparition complète de la plupart des groupes cellulaires qui se voient normalement dans cette région (groupes postérieur et antéro-externe). De plus, les racines antérieures, dans les régions correspondantes du renflement cervico-brachial, étaient beaucoup plus grises que dans les points symétriques du côté droit.

Les faits de ce genre forment un groupe assez homogène pour qu'il soit évident qu'il ne s'agit pas là d'une coïncidence fortuite.

Un des enseignements qu'ils fournissent est que l'extrémité terminale des fibres pyramidales, comme nous le disions tout à l'heure, est en relation d'une façon quelconque avec les cellules nerveuses des cornes antérieures. Dans la règle, lorsqu'il existe une dégénération secondaire du cordon latéral, la cellule résiste, en raison de sonanatoraie, à l'envahissement du processus morbide et protège, si l'on peut ainsi dire, la racine antérieure correspondante. Mais, dans certains cas exceptionnels, et peut-être cependant moins rares qu'on ne le croit d'habitude, sous l'influence de conditions inconnues, la cellule est atteinte à son tour, elle, s'atrophie et

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consécutivement les racines correspondantes subissent la désintégration dégénérative. La conséquence dernière de cet envahissement du système des nerfs centrifuges est l'atrophie et la dégénération des muscles auxquels les racines malades étaient destinées, suivant un mécanisme que nous devrons étudier en détail dans une occasion prochaine (1).

Jl importe pour la théorie de remarquer que, dans le cas de M. Pitres comme dans ceux qui l'ont précédé, la dégénération descendante du faisceau pyramidal ne présentait aucune anomalie dans sa disposition au voisinage de la corne altérée. Lllot de dégénération était, comme toujours, séparé de la substance grise par un tractus blanc ; en d'autres termes, on ne trouvait nulle part d'extension directe de la lésion du faisceau latéral à la corne antérieure correspondante.

Cette observation vient donc à l'appui de l'idée que la propagation se fait non par l'intermédiaire du tissu conjoQctif, mais bien suivant le trajet et par la voie des fibres nerveuses qui, partant du faisceau pyramidal, gagnent les cornes antérieures de substance grise. L'anatomie indique que cette relation s'établit à l'aide de petits faisceaux de fibres nerveuses, qui, de distance en distance, se détachent du faisceau pyramidal, une étude attentive permettra peut-être, dans les cas de dégénération descendante où ces fibres sont altérées, de les distinguer au milieu des fibres restées saines de la région des processus réticulaires. Cette constatation, d'ailleurs fort difficile, n'a pas encore été faite . Messieurs, nous venons d'entrer dans des détails qui vous

(1) Depuis que cette letton a été faite (21 avril 1879), de nouveaux cas d'à trophie musculaire consécutive h des dégénéralions secondaires do cause encé j phallque ont été observés dans le service de M. Charcot. L'étude complôts de ces observations a été publiée dans la Revtie mensuelle de médecine et de ehi' rurgie, numéro d'août 1879.

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