CONTRACTURE DES HYSTÉRIQUES
moins permanente par l'application sur ces membres de courants galvaniques faibles, ou môme par la simple application d'un aimant. Ce résultat permet peut-être de comprendre pourquoi la contracture se développe très souvent, en apparence d'emblée, chez certains sujets nerveux, en conséquence d'une action traumatique banale. J'ai récemment appelé l'attention sur ces faits singuliers que Brodie connaissait déjà. Ainsi, à la suite d'une chute sur le poignet, d'une pression un peu forte exercée sur le dos du pied, j'ai vu se développer chez certains sujets, presque immédiatement, dans le membre correspondant, une contracture qui ensuite a persisté à l'état permanent, pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois. L'apparition de la contracture ainsi produite est souvent la première révélation de la diathèse hystérique. Mais, en y regardant d'un peu près, on reconnaît presque toujours que, du côté où cette contracture s'est développée, il existe une anesthésie plus ou moins nette, une douleur ovarienne, un certain degré de parésie, accidents relativement bénins mais qui, tout porte aie croire, ont précédé l'apparition de la contracture. Le terrain était donc en quelque sorte déjà préparé, et le traumatisme a joué là tout simplement le rôle d'agent provocateur.
Je me borne, pour l'instant, à indiquer ce rapprochement entre les contractures des hystériques et les contractures des hémiplégiques. J'aurai sans doute l'occasion d'en tirer parti par la suite.
A. Il est temps, en effet, de revenir à la description de la contracture hémiplégique dont je ne vous ai donné encore qu'un aperçu sommaire /
3^4 ATTlTtDIÎS DlïS MKMBRKS CONïIiACTURKS
Dans les circonstances habiluelles, c'est-à-dire lorsqu'elle survient spontanément, elle ne s'établit guère que vers le milieudu deuxièmemois, quelquefois plus tardivement, rarement plus tôt; il est exceptionnel par exemple qu'elle se montre vingt jours seulement après l'attaque, comme l'a vu M. Vulpian chez un de ses malades.
^ Quoi qu'il en soit, elle ne se déclare pas brusquement, mais vient par gradations. Il est rare d'ailleurs que les malades nous renseignent exactement à cet égard. Mais s'il vous est donné d'assister à cette période de transition,vous reconnaîtrez qu'avant de s'installer d'une façon définitive, la contracture apparaît d'abord, de temps à autre, d\me façon passagère. Vous la trouvez un jour, Je lendemain elle a disparu, puis elle réapparaît encore.
Enfin la voilà devenue permanente. Dans l'immense majorité des cas, c'est le membre supérieur quelle occupe en premier lieu. On trouve alors les doigts plus ou moins fortement fléchis dans la paume de la main, le coude placé dans la demi-flexion, etl'avant-bras dans la pronation. Successivement, cette contracture peut afi'ecter toutes les parties paralysées, et même la face, bien que le fait soit relativement assez rare.
Elle a en outre pour effet de déterminer des déformations, des attitudes des membres presque toujours les mômes, et dontje compte vous donner dans un instant une brève description, car il n'est pas sans intéiét de reconnaître que ces déformations ne se font pas au hasard et qu'elles reconnaissent une loi.
Cependant, il importe avant tout de considérer de près la contracture elle-même et de bien déterminer les caractères qu'elle afl'ecte chez les hémiplégiques, attendu que nous re- IroilvefonS ce même phénomène avec toutes les particularités que nous allons décrire, dans un grand nombre d'afl'ections
CONTnACTL'HE DES ANTAGONISTES 32o
spinales autres que celle qui nous occupe en ce moment , et c'est là, vous allez le voir. Messieurs, un phénomène étrange, paradoxal en quelque sorte, bien difficile à interpréter en tout cas avec les données delà physiologie actuelle.
Veuillez remarquer que ces membres immoblies placés dans une position déterminée, désormais presque définitive, sont dans un état tel que l'observateur qui veut les mouvoir éprouve une résistance plus ou moins prononcée, parfois presque invincible, quel que soit le sens dans lequel on opère le déplacement. Ainsi, pour ne parler que du coude, il est, avons-nous dit, dans la demi-flexion. Eh bien ! il est aussi difficile d'exagérer la flexion de cette jointure que d'en déterminer l'extension. 11 y a résistance presque égale dans les deux sens, et l'on acquiert ainsi la conviction que les muscles antagonistes sont contracturés à peu près au môme degré.
Les attitudes vicieuses représentent donc la résultante de l'action opposée des antagonistes. Si le biceps est tendu à la façon d'une corde, le triceps est également dur et rigide^ et si l'on est parvenu à vaincre un instant la résistance, soit dans une direction, soit dans l'autre, le membre abandonné à luimême reprendra presque aussitôt son attitude primitive,
B. 1° Ce fait suffit déjà pour montrer que le phénomène en question est tout autre que celui qui produit les déformations propres à certaines paralysies et qu'on désigne quelquefois sous le nom de contractures paralytiques, contractures par adaptation (JidW'^). Les déviations qui se voient dans la paralysie spinale infantile, au moins dans ses premiers temps et lorsque le phénomène n'a pas encore été troublé par diverses circonstances qui peuvent survenir ultérieurement, offre le type le mieux caractérisé de ces contractures dites paralytiques. Supposons qu'il s'agisse d'une paralysie atrophique dea
n)usc!es qui, normMement. opèrent la Umxi ^om\^< (îupied,
ACTIVITR DES MUSCLES CONTRACTURÉS
La tonicité musculaire, d'une façon incessante, et les premiers efforts du malade, d'une façon intermittente, s'exerceront exclusivement sur les muscles gastrocnémiens dont l'activité se traduit par la flexion plantaire ; et, de la prédominance d'action de ces muscles résultera, à la longue, l'attitude du pied-bot équin. Mais il est toujours facile, quand le cas n'est pas trop ancien, de rétablir momentanément l'attitude normale, sans résistance de la part des muscles paralysés, lesquels sont à la fois privés de tonicité et de mouvements volontaires.
2° Il serait également facile de distinguer la contracture permanente des hémiplégies des contractures dites onijojmthiques, c'est-à-dire de celles qui tiennent à une lésion du tissu musculaire lui-même, comme la cirrhose par exemple, ainsi que cela se voit dans certaines paralysies faciales. Dans la contracture tardive, au contraire tout au moins lorsqu'elle n'est pas très ancienne, il n'y a pas — l'autopsie l'a maintes fois démontré— d'altération du tissu des muscles; et lorsque celle-ci s'est produite, après un laps de temps généralement assez long, elle consiste énune simple émaciation. Pendant la vie, l'excitation faradique révèle d'ailleurs dans ces muscles contracturés une excitabilité normale, quelquefois môme un peu exaltée.
En somme, Messieurs, la contracture des hémiplégiques n'est pas une rigidité passive. Elle répond au contraire à un état d'activité musculaire. C'est, on n'en saurait douter, un phénomène comparable à la contraction normale; seulement c'est une contraction durable, permanente.
Cette persistance même de Tactivité des muscles constitue justement le caractère paradoxal que je relevais tout à l'heure. Jour et nuit, en effet, pendant des mois et des années, ces muscles vont rester rigides, quelquefois dans une attitude telle qu'un effort de volonté pourrait seul, dans l'état normal, la prolonger pendant quelques instants.