TONICITÉ MUSCULAIRE
D'après les expériences de Gaillard (de Poitiers), on ne peut tenir, dans les conditions ordinaires, les bras tendus horizontalement pendant plus de dix-neuf minutes. Lô sujet le plus vi.^oureux ne saurait rester élevé pendant plus de trente minutes debout sur la pointe des pieds par la contraction des muscles jumeaux. Au contraire, la contracture dont il s'agit maintient les membres inférieurs indéfiniment dans des attitudes forcées, parfois presque violentes.
Ce caractère de permanence de la contracture ne paraît pas moins singulier^ si l'on songe à l'intensité des phénomènes chimiques de nutrition dont un muscle est le siège pendant l'acte de contraction.
3" 11 existe cependant un phénomène qui, sans trop forcer les analogies, semble pouvoir être rapproché du phénomène de la contracture permanente des hémiplégiques. Je veux parler de la tonicité ou du tonus onusculaire.
Vous n'ignorez pas, Messieurs, que certains muscles, comme les sphincters par exemple, sont manifestement dans un état de contraction permanente, et qu'il en est de même, à un moindre degré toutefois, de tous les muscles delà vie animale.
Ceux-ci, dans les conditions dites du repos, sont, je le répète, dans un état de raccourcissement actif incessant, et qui ne disparaît que lorsque le nerf moteur correspondant a été sectionné. La contraction tonique du muscle se traduit encore comme l'a montré Cl. Bernard, par une modification chimique du sang qui a traversé ce muscle. Ainsi, la quantité d'oxygène contenue dans le sang artériel qui pénètre dans un muscle étant représenté par 7, 31 «/o la quantité contenue dans le sang veineux à la sortie du muscle en contraction n'est représentée que par 4, 28 "/o- Quand, le nerf moteur étant coupé, la tonicité du muscle est abolie, la quantité d'oxygène du sang veineux devient donc presque égale h celle du sang artériel.
BRUIT MUSCULAIRK
Mais, dans le muscle à l'état de simple tonicité, le nerf étant intact, elle n'est plus que de 5 Cela montre bien que la consommation d'oxygène dans la tonicité représente presque le tiers de la quantité totale contenue dans le sang des vaisseaux afférents.
Je vous rappellerai que, pour expliquer ce fait paradoxal en apparence d'une contraction permanente, indéfinie du muscle, M. Onimus a proposé d'admettre qu'il s'agissait là de contractions atteignant successivement et non simultanément les divers faisceaux des muscles; de telle sorte que les uns se reposeraient tandis que les autres entreraient en contraction.
Cette hypothèse de M. Onimus a été sanctionnée du reste par des expériences que MM. Boudet de Paris et Brissaud ont faites tout récemment dans mon service, à la Salpêtrière^surle bruit musculaire. A l'aide d'un appareil d'auscultation microphonique doué d'une délicatesse exquise, l'analyse des bruits musculaires dans l'état normal et dans l'élat pathologique a pu ôtre poussée aussi loin que possible, et voici, en deux mots, les résultats que cette nouvelle méthode d'investigation a fournis au point de vue spécial que nous envisageons. Tandis que le muscle qui se contracte normalement produit un bruit de roulement régulier, sonore {bruit rotatoire), constant dans le chiffre de ses vibrations, le muscle contracturé ne produit qu'un bruit sourd, irrégulier, saccadé, avec des interruptions et des reprises ; en d'autres termes, ce qui le caractérise c'est son intermittence. Il semble'donc avéré, qu'ici, les fibres musculaires entrent en activité les unes après les autres, en se suppléant sans cesse.
Je dois ajouter que, d'après les renseignements de la physiologie, cette contraction légère mais permanente des muscles, qu'on appelle le tonus musculaire, dépend d'une stimulation également permanente exercée par le centre nerveux gpinfl], « U moplle épinjère, dit M Vulpian, ogit d'une façon
F.XAGKRATION PKRMANRNTE DU TONUS OS.}
incessante sur tous les muscles où elle produit, par la voie des nerfs moteurs, le tonus musculaire ... Cette action continue de la moelle est sans cesse provoquée par des stimulations excito-raotrices centripètes provenant des muscles euxmêmes ou des téguments. » C'est donc un phénomène dans lequel le pouvoir réflexe de la moelle épinière est en jeu.
Or, il nous serait bien facile de relever un certain nombre de faits qui tendent à établir que la contraction permanente des muscles, dans le cas de contracture, reconnaît une origine analogue^ c'est-à-dire qu'elle dérive, elle aussi, d'une action spinale permanente, exaltée par certaines conditions pathologiques. Ainsi, les phénomènes qui précèdent le développement de la contracture et l'accompagnent se rattachent, vous l'avez deviné, à une exagération de l'activité spinale. L'emploi de la strychnine qui fait apparaître les réflexes tendineux provoque de la même façon l'apparition des contractures ou les exagère, si celles-ci existent déjà ; et, inversement, les agents qui dépriment l'activité réflexe spinale diminuent également l'intensité de ces contractures. C'est de la sorte qu'agit le bromure de potassium administré à haute dose.
Mais je ne m'arrêterai pas plus longuement à ces considérations physiologiques que nous reprendrons plus tard, et je reviens au côté descriptif.
A. La contracture est dite permanente ; cependant. Messieurs, dans la réalité, elle s'amende naturellement chez la plupart des malc^des, sans jamais toutefois disparaître complètement, dans certaines circonstances comme le sommeil, le repos au lit. Elle reprend au contraire sou intensité pv} s'exagère, ainsi (|^e M, Hitijig a eu raison de le f^ire re§?
'^^^ VARIÉTKS d'attitude
sortir, à l'occasion d'une émotion, quand le malade se JC-ve ou cherche à exécuter nn mouvement. Nous verrons comment on a proposé d'expliquer ce phénomène qui a été rattaché par M. Hitzig à la catégorie des mouvements associés.
B. Un mot encore sur les attitudes des membres dans l'hémiplégie ancienne. Il est très remarquable de voir que ces attitudes se rapportent dans la règle à un type fondamental. Dans les membres supérieurs, la flexion prédomine, tandis que dans les membres inférieurs, c'est l'extension. Fouquier avait déjà montré que le même phénomène se manifeste lorsque la contracture temporaire est déterminée chez les hémiplégiques par l'emploi de la strychnine. Je ferai remarquer qu'il en est de même dans l'épilepsie partielle.
1" Considérons d'abord le membre supérieur. C'est, avons nous dit, le type de flexion qu'on y observe : ainsi M. Bouchard a constaté cette attitude 26 fois sur 30 cas. L'épaule est tantôt abaissée, tantôt élevée ; mais le bras en tout cas est accolé à la paroi thoracique par le fait de la contracture du muscle pectoral. Nous venons de voir également que le coude est à demi-fléchi en général, que l'avant-bras est en pronation et que les mains sont tenues fermées.
Toutes les variétés du type se ramènent aux suivantes : a) Le coude restant fléchi, l'avant-bras au lieu d'être en pronation se montre en supination. V) Le coude au lieu d'être fléchi se place dans l'extension. L'avant-bras est plus ou moins étendu. C'est là un type assez rare et qui du reste présente plusieurs variétés : c) tantôt l'avant-bras est dans la pronation, cl) tantôt il est dans la supination. Je ne crois pas qu'il existe, pour le membre supérieur, d'autres altitudes que celles que je viens de signaler. La main ouverte est un fait rare.