I. — Description du rhumatisme articulaire aigu
Nous nous retrouvons ici en présence des deux formes dont nous avons déjà signalé l'existence : d'une part, le rhumatisme articulaire aigu,/?èyre rhumatismale (rlieumatic feverjdes auteurs anglais ; d'autre part, le rhumatisme articulaire subaigu
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(Garrod, Copland) ou capsuiuire (Mac Lcod). Il s'agil ici d'une l'orme de transition, conune nous l'avons déjà dit, dont nous étudierons tout à l'heure les caractères. Pour le moment, nous allons nous occuper de la fièvre rhumatismale.
Les artliropathies le plus souvent multiples que nous connaissons déjà au point de vue anatomique, et que nous allons bientôt étudier au point de vue clinique, sont loin de constituer exclusivement le rhumatisme articulaire aigu. 11 s'y joint une réaction d'ensemble, qui se traduit par un état général très caractéristique, par une altération très prononcée de la crase du sang (augmentation du chiffre de la fibrine et diminution des globules rouges), et par la coexistence fréquente, nous pourrions dire habituelle, de certaines affections viscérales. L'endocardite et la péricardite, par exemple, constituent l'une des données fondamentales du rhumatisme articulaire aigu; et ce caractère contribue en grande partie à nous faire envisager cette affection comme une maladie générale ou du moins à siège indéterminé et non comme une simple collection d'arthrites plus ou moins indépendantes les unes des autres.
Nous arrivons à la même conclusion par l'étude de l'évolution de la maladie, et des conditions étiologiques qui peuvent lui donner naissance, parmi lesquelles, comme vous le savez, l'hérédité joue un rôle manifeste.
Tels sont, messieurs, les caractères les plus généraux de la fièvre rhumatismale. Mais il nous faut maintenant entrer dans quelques développements, à propos de chacun des points que nous venons de signaler.
A. — Des arthropathies dans le rhumatisme articulaire aigu.
Les caractères de ces lésions locales vous sont déjà connus; je me bornerai donc à faire ressortir les analogies et les
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différences qui les rapprochent ou les séparent des arthropathies de la goutte. Nous les étudierons d'abord isolément, pour les envisager ensuite dans leur ensemble.
1" Douleur. — Elle est surtout nocturne; son intensité est moins grande que celle de la goutte ; mais elle s'accompagne de crampes musculaires, comme dans cette dernière affection.
2° Tuméfaction. — Elle a lieu surtout pour les jointures voisines de la surface : elle peut siéger dans le tissu cellulaire voisin, ou résulter de la distension de la synoviale par un épanchement séreux, ou séro-fibrineux. Contrairement à ce qui se passe dans la goutte, elle ne s'accompagne pas d'un œdème local, pouvant conserver l'impression du doigt; cependant Garrod a vu ce symptôme se produire quelquefois chez les sujets cachectiques. Il n'y a pas de desquamation, quand le gonflement se résout.
3° Rougeur. — Elle présente une apparence érysipélateuse. Elle est moins prononcée que dans la goutte, et n'offre point d'ecchymoses ; d'ailleurs les veines sont moins saillantes.
4° Température. — Il existe quelquefois, d'après MM. Bouillaud et Neumann (1), une différence d'un degré centigrade entre le point malade et les régions ambiantes, qui ne participent point à la chaleur qui résulte du travail pathologique.
S" Durée. — D'après Budd, chacune de ces arthrites dure de trois à quinze jours environ (2).
Considérons maintenant ces affections articulaires dans leurs rapports mutuels.
En général, plusieurs jointures sont prises à la fois. Le rhumatisme mono-articulaire d'emblée n'existe probablement pas; s'il est secondaire, c'est le rhumatisme fixé sur une
1. Neumann. — Ergebnisse und Shidien ans der medicinisc/ien Klinik zu Bonne. Leipzig, 1860, p. 33.
2. Tweedic's library of medicine, art. Rheumatism, vol. V, p. 191.
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seule jointure. Cependant nous admellrons que le rhumatisme peut être partiel, c'est-k-dire localisé sur un petit nombre de jointures, par opposition à celui qui est généralisé ou polyarticulaire. On sait que, dans la goutte aiguë, il est rare de voir l'affection se généraliser dès le début.
Pour ce qui concerne le mode d'envahissement, il existe des caractères qui distinguent très nettement le rhumatisme de la goutte. D'après les recherches de M. le professeur Monneret (1), si le rhumatisme est mono-articulaire, il n'affecte presque jamais le gros orteil; d'ailleurs, la maladie envahit simultanément les membres inférieurs et supérieurs. Dans la majorité des cas, le genou, le poignet, le cou-de-pied, en sont les lieux d'élection. Rarement elle se porte sur les petites jointures, si ce n'est dans le rhumatisme subaigu.
L'articulation tibio-tarsienne est celle qui, le plus souvent, est frappée la première, d'après Budd et M.' le professeur Monneret.
On voit souvent les arthrites rhumatismales se développer symétriquement des deux côtés ; mais il ne faut pas attacher trop d'importance à ce phénomène, qui est à peu près commun à toutes les arthropathies diathésiques.
Quelquefois, la disparition brusque des symptômes articulaires coïncide avec le développement soudain d'une affection viscérale. Mais c'est là plutôt l'exception que la règle ; en tout cas, il n'existe aucune preuve expérimentale d'une rétrocession de la maladie provoquée par les agents extérieurs, comme nous l'avons vu pour la goutte.
Enfin, l'un des traits cliniques les plus essentiels de cette affection est la mobilité excessive qui lui permet de sauter d'une articulation sur une autre, et de changer plusieurs fois de siège dans le cours de la maladie.
1. Monneret. — Thèse de concours pour le professorat, 1851, p. 51,