III. — Hématologie PATHOLOGiauE du rhumatisme articulaire
AIGU et subaigu
La composition du sang dans le rhumatisme articulaire diffère considérablement de ce qui existe dans la goutte aiguë, et c'est là, sans contredit, l'une des distinctions les plus importantes qui séparent les deux maladies.
On sait que le caillot d'une saignée, dans le rhumatisme articulaire aigu, est résistant et rétracté, et qu'il ressemble à la couenne des pleurétiques comme un œuf à un œuf, selon l'expression un peu triviale de Sydenhara.
Les recherches de Nasse, Simon, Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, nous ont donné la raison de ce phénomène ; ils ont constaté une augmentation considérable de la propor-
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Lion de fibrine qui peut s'élever à 7 ou 8 pour J ,000, au lieu de 3 pour 1,000, ce qui est le chillre normal. 11 existe en même temps une diminution considérable du taux des globules rouges. Sous ce rapport, la composition du sang dans le rhumatisme articulaire aigu peut être considérée comme le type du sang inflammatoire, et diffère essentiellement de la composition de ce liquide chez les goutteux.
Ajoutons enfin que, chez les rhumatisants, le sérum du sang est alcalin, que la proportion d'urée est normale, et qn'on n'y rencontre aucun excès d'acide urique. Ce fait, qui est aujourd'hui hors de toute contestation, présente une importance qu'il serait impossible d'exagérer.
Mais, dans le rhumatisme articulaire aigu, le sang nepossède-t-il pas quelques caractères spéciaux qui lui appartiennent en propre ? Ne renferme-t-il pas quelque produit pathologique, quelque matière étrangère à sa constitution normale, et qui puisse expliquer pourquoi le rhumatisme articulaire aigu diffère à tant d'égards des phlegmasies ordinaires, qui impriment cependant à la composition du sang des modifications du même ordre ?
De nombreuses analogies plaident en faveur de cette hypothèse; mais elles ne s'appuient encore sur aucun fait positif.
Au siècle passé, Van Swieten, Baynard (1) et plusieurs autres médecins ont fait dépendre le rhumatisme d'une acrimonie particulière du sang, d'une rétention des acides et des sels que les reins doivent éliminer. On a formulé récemment, en Angleterre, une hypothèse plus en rapport avec les données de la chimie moderne. On suppose que l'acide lactique, produit normal delà désassimilation des tissus fibreux, se forme en excès et donne naissance à tous les phénomènes
1. Baynard. — Philosophical Transactions (abridçjed} , i. III, p. 265.
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que nous venons de décrire. Celle opinion a élé soulenue par Proul, Williams, Todd el Fuller; mais elle ne repose sur aucun tbndement solide. Cependanl Ricliardson, après avoir injecté de l'acide laclique dans les veines des chiens, a trouvé des lésions articulaires et des afleclions du cœur chez ces animaux. Mais ses expériences ont été répétées en Allemagne, et l'on a constaté que, dans l'espèce canine, les affections du cœur sont d'une fréquence excessive, en dehors de toute intervention artificielle. Il paraît donc bien démontré que les lésions de l'endocarde existaient d'avance; el, pour ce qui est des lésions articulaires, il faut se rappeler que les jointures sont affectées dans un grand nombre d'empoisonnements divers.
Une circonstance mérite d'être signalée en terminant ce rapide exposé. Vinopexie, la coagulabilité excessive de la fibrine, indépendamment de l'excès de ce principe, existe au plus haut degré dans le rhumatisme articulaire aigu : de là cette fréquence excessive des thromboses vasculaires et des végétations fibrineuses du cœur.
Par contre, on observe dans plusieurs cas graves un état tout opposé. On trouve alors, à l'autopsie, le sang liquide et noir (1) ; il ne rougit plus au contact de l'air, et c'est surtout alors que les exsudats liquides des cavités séreuses .offrent une réaction éminemment acide, ainsi que nous l'avons plusieurs fois constaté.
Rappelons enfin que, chez plusieurs sujets, le rhumatisme paraît lié à la diathèse hémorrhagique.
En résumé, nous croyons avoir démontré que le rhumatisme articulaire, sous toutes les formes diverses qu'il peut affecter, constitue une seule et même espèce morbide essen-
1. Voyel. — Wirchow's Ilandbuch der sp. Path. und Thérapie, t. I, 479.
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liellemenl distincte de la. goutte. Le rhumatisme aigu, le rhumatisme chronique et le rhumatisme subaigu qui sert de transition entre les deux points extrêmes, ne sont au Ibnd qu'une seule et même affection. Nous avons cherché à le démontrer par l'étude des lésions articulaires et des caractères généraux de la maladie : nous allons en trouver une nouvellé preuve dans l'étude des lésions viscérales que nous allons aborder maintenant.