GOUTTE ASTHÉNIQUE PRIMITIVE
NODOSITÉS DES .lOlNTURES
UIIUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE (fORME PRIMITIVE), ETC. (Thèse de doctorat, 1853).
L'hospice de la SalpêLriêre n'est pas seulement un asile pour la vieillesse indigente; c'est encore, comme on le sait, un lieu de refuge pour des femmes de tout âge, atteintes d'infirmités incurables. Un bon nombre de ces infirmités reconnaissent pour cause diverses affections chroniques des jointures.
Placé comme élève interne dans cet hospice, nous avons cherché à profiter de la position spéciale où nous nous trouvions, et nous avons recueilli un certain nombre d'observations cliniques et nécroscopiques, qui font la base de notre travail
Les femmes qui ont été l'objet de nos études présentent toujours un gonflement profond et, par suite, une déformation plus ou moins prononcée des petites jointures des extrémités supérieures. Ces petites articulations sont, en outre déviées de la manière la plus singulière, et ne peuvent, le plus souvent, remplir aucun usage. Plusieurs des grandes articulations sont généralement prises plus ou moins longtemps après les petites, et les membres, alors placés dans un état de demi-flexion permanente, sont gênés dans leurs
Charcot. Œuvr. compl. t. vu. Malad. des Vieillards. a"?
<J'^i' HISTOItlQUE ; SY>'ONIMIK
mouvements, ou mémo réduits à une immobilité complète. Tous ces accidents, dans la majorité des cas, se développent sans fièvre appréciable, mais ils s'accompagnent quelquefois de vives douleurs. Chronique dès son origine, la maladie qui les a produits n'a jamais succédé à une attaque de rhumatisme articulaire aigu; les antiphlogistiques, mis en usage pour les combattre, quelquefois dès le début, n'ont jamais paru entraver leur marche. Enfin l'autopsie ne nous a jamais fait constater, dans les jointures ou à leur périphérie, l'existence de matière tophacée, mais elle nous a mis à môme de reconnaître des lésions profondes, qui paraissent de nature inflammatoire.
La plupart des médecins modernes font rentrer les cas dont nous venons de donner une description succincte dans l'histoire du rhumatisme articulaire primitivement chronique (Ghomel et Requin (1), Bouillaud). M. Piorry (2) les étudie dans le chapitre où il traite des arthrites chroniques, et des arthropathies indépendantes de l'hémite. En Angleterre, on les a longtemps étudiés sous le nom de nodosités des jointures; mais M. Adams (3) nous apprend que ce nom est devenu synonyme de chronic rlieumatic arthritis.
Cependant, quelques auteurs ont pensé que ces cas méritaient une place à part dans les cadres nosologiques. Ainsi, G. Musgrave (4) en a tracé une description sous le nom de Arthritis rlieumatismo superveniem ; ^mYages, dans sa Nosologie, en a fait deux espèces, sous les titres de Rlieumatismiis artiiriticus et &q Arthritis rheumatica ; Landré-Beauvais,
1. Clioinel. — Essai sur le rhumatisme; thèse, soutenue en 1813. — Chomel et Requin. Leçons de clinique médicale, t. II, 18.37. — Bouillaud. Nosographie médicale, t. I, art. Arthrite rhumatismale.