‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 17 sur 232 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE XIX · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE XIX

racLèros dans des modifications de la ^ea?i!i<re, celle-ci étant presque toujours à peu près ignorée.

Quels efforts ne faut-il pas faire pour établir à l'aide de. telles données l'identité d'un type anatomique! Mais les maîtres se sont surpassés et ils ont produit dans ce genre plus d'un modèle inimitable. Malgré tout, chacun comprend combien il est difficile de fixer dans l'esprit des caractères aussi fugitifs que ceux tirés par exemple de V aspect et de la couleur. 11 est des nuances, des contrastes, que le langage le plus imagé ne parvient que difficilement à dépeindre. Aussi l'anatomo-pathologiste a-t-il plusieurs fois senti le besoin de se faire artiste lui-même ou d'invoquer le secours d'un pinceau étranger. Il était naturel que l'art intervînt là où le côté figuratif a une si grande importance. Nous devons à son concours plus d'un précieux recueil et, par dessus tout, le monument impérissable édifié par M. le professeur Cruveilliier, sous le nom d'Atlas d'anatomie pathologique du corps humain.

On prévoyait, dès l'origine, qu'un jour viendrait où toutes les lésions que l'œil nu peut reconnaître seraient définitivement décrites, classées, cataloguées. L'œuvre, alors, pensait-on, serait achevée; car on ne voyait pas par quel côté le perfectionnement pourrait survenir. C'est pourquoi, sans doute, les chefs de l'école n'avaient rêvé pour leur science qu'un rôle relativement très modeste dans l'ensemble des connaissances pathologiques. Toujours même ils se sont efforcés de la circonscrire dans des limites étroites, comme s'ils avaient voulu, par ce moyen, la préserver de tous les entraînements qui auraient pu la compromettre.

En premier lieu, ils s'empressent de déclarer que leur anatomie n'a d'applications que dans un nombre restreint de maladies, puisque beaucoup d'entre elles ne possèdent pas de lésions appréciables à ses moyens d'investigation.

XX AISATOMIl!; I'\rilOU)GlQi;H

De plus, môme clans le domaine des maladies organiques, où elle semhleraiL devoir s'imposer, son rôle est peu ambitieux • encore. 11 s'agit surtout, en etl'et, d'enrichir la nosograpliie de lumières nouvelles, en permettant la distinction de rnaladies que l'analogie de leurs symptômes aurait pu laisser confondre. La distinction posée, le but se trouve atteint, car l'anatomie pathologique se limite volontairement, et de parti pris, à envisager la lésion en elle-même, indépendamment des symptômes qui l'accompagnent. 11 ne faut y chercher aucun éclaircissement concernant la cause prochaine des maladies, ou le mécanisme de leur formation.

Tels sont, messieurs, si je ne me trompe, les traits les plus originaux de cette anatomie pathologique, qu'on a quelquefois appelée ironiquement V anatomie morte. Je n'ai rien exagéré ; je crois, tout au moins, avoir exprimé fidèlement les tendances des premiers maîtres.

A la vérité, leurs successeurs ou leurs émules ont, maintes fois, franchi les limites qu'ils s'étaient imposées, et il est facile de suivre encore les traces de leurs brillantes incursions dans plus d'une région que l'on croyait fermée à l'anatomie pathologique. La méthode, cependant, restait debout, au moins dans son ensemble, mais le moment était proche où elle devait subir une réforme radicale.

Vous connaissez, messieurs, les changements profonds qu'avecles fonctions si limitées, si circonscrites, qu'elle s'était attribuées, V École anatomique — c'est ainsi qu'on l'appelle,—a apportés dans la médecine. C'est un point sur lequel il est inutile d'insister. Je veux faire ressortir uniquement que, aujourd'hui encore, en dépit de tant de progrès acconi])lis dans diverses directions, ses enseignements ont conservé, en grande partie, toute leur autorité., toute leur actualité. C'est ainsi que les études à l'œil nu, telles qu'elle les a instituées.

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que rauLopsie lelle qu'elle J'a réglementée, constiLueront toujours l'opération première par laquelle doit nécessairement passer toute investigation régulière.

D'après ces considérations, il est aisé de prévoir que l'anatomie nouvelle pourra être appelée à compléter l'auatomie ancienne, à l'étendre, à la développer, mais qu'elle ne devra jamais s'y substituer. Messieurs, si je voulais caractériser d'un seul mot tous les services que nous a rendus cette anatomie pathologique première, dont la création peut être comptée parmi les gloires de notre pays, je dirais qu'elle a appris au médecin kpe7iser anatomiquement.

Lorsque des circonstances, depuis longtemps préparées, eurent rendu possible une évolution, une réforme, elle commença à s'opérer d'abord par l'influence de la physiologie toute renouvelée et entrée décidément dans la voie expérimentale, — la physiologie de Magendie et de Legallois. Elle s'accomplit ensuite définitivement par l'invention de l'histologie armée du microscope.

On reconnut alors que ce n'est pas seulement l'organe mort, tel qu'il se montre à l'autopsie, que le médecin doit connaître ; mais que c'est l'organe vivant, agissant, exerçant les fonctions qui lui sont propres, modifiées par l'état morbide, qu'il lui faut reconstruire à la lumière des notions physiologiques. La lésion qu'il a sous les yeux ne représente qu'une des phases, et souvent la dernière, d'un processus morbide dont il lui faut remonter le courant pour pénétrer jusqu'aux premiers effets de la cause morbifique.

Voilà le programme physiologique tracé : mais, vous allez le constater vous-mêmes, il serait demeuré longtemps encore lettre close sans le concours de l'histologie.

Ainsi que nous l'avons vu, l'anatomiste, dans le principe, s'arrêtait forcément k la surface de l'organe. Si parfois, le

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microscope avilit été employé dans l'élude des lésions, l'on n'était dirigé dans cet ordre de recherches par aucune idée systématique. Or, messieurs, dans Thistologie, il n'y a pas à considérer simplement le microscope; il y a, de plus, un système, une doctrine. Voici surtout en quoi la doctrine consiste : L'analyse doit pénétrer dans la profondeur de V organe jusqu'aux éléments ou parties anatomiques indécomposables.

C'est dans ces éléments que résident à vrai dire les conditions de la vie partielle ; l'organe n'est qu'un agrégat, un ensemble, une résultante; c'est donc jusqu'aux éléments qu'il faut pénétrer à l'aide du microscope et des réactifs, pour saisir les modifications qu'ils subissent sous l'influence des causes morbifiques et pour déduire de ces modifications la raison du trouble apporté dans l'ensemble.

Ainsi, messieurs, l'histologie pathologique, dont l'histochimie ne saurait être séparée, n'a pas seulement pour but de restreindre le nombre des maladies sans matière, en montrant que des lésions peuvent exister là oii l'œil nu ne peut les apercevoir; — de fournir de nouveaux moyens de diagostic, des caractères nosographiques nouveaux ; — son rôle ne se borne pas non plus à dévoiler la raison cachée des formes anatomopathologiques, enregistrées et classées par la microscopie et à leur imprimer une caractéristique plus fixe, plus scientifique, en rattachant chacune d'elles à une modification correspondante dans la texture des organes ; — ses visées s'étendent plus loin encore, car elle a aussi pour objet une sorte de physiologie pathologique intime qui suit pour ainsi dire pas à pas , dans chaque partie élémentaire, les diverses phases du processus morbide, s'efforçant de saisir jusqu'aux moindres transitions qui relient l'état pathologique à l'état normal.

Par ce enté, vous le voyez, Yanatomie pathologique his-

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tologique louche à la paLhogénie. ou plutôt se confond avec elle. En même temps aussi, elle s'allie à la physiologie qui, dans cette direction spéciale, prend le nom de physiologie pathologique.

Or, Messieurs, il importe de remarquer, car c'est là un trait caractéristique, le but que l'anatomie pathologique se propose, elle ne saurait l'atteindre sans établir un rapprochement incessant entre la lésion étudiée jusque dans les moindres détails de son développement, et les circonstances pathologiques minutieusement relevées au lit du malade. De telle sorte que, par une conséquence forcée, une nécessité logique, l'anatomie pathologique, à mesure qu'elle pénètre plus avant dans l'intimité des tissus, devient simultanément plus animée, plus vivante, et tend à se fondre plus étroitement avec la clinique.

Et cependant, messieurs, devant un trouble fonctionnel manifeste, et dont le siège est indiqué par la physiologie l'analyse histologique demeure souvent encore impuissante à constater un vice matériel quelconque pour répondre au trouble de la fonction. Est-ce à dire qu'il faille ici se résigner à reconnaître, contrairement à toute analogie, qu'une lésion fonctionnelle, un trouble des propriétés organiques, peulexister sans aucune modification matérielle correspondante? Pour moi, pressé sur cette question, je n'hésiterais pas àme ranger aussitôt du côté des Reil, des Broussais, des Georget et de tant d'autres esprits éminents; je rappellerais que, môme dans l'exercice normal de la vie, le travail de nos organes ne s'accomplit pas sans qu'il y ait un changement matériel, une destruction et une réparation" corrélatives. Toute fonction tend à détruire les instruments au moyen desquels elle s'effectue. Le muscle à l'étatde repos présente une réaction alcaline; il devient acide lorsqu'il est fatigué. Une modification analogue a été observée dans les nerfs et la moelle épiniôrcet la sub-

>^XIY LÉSIONS COiUlESI'ONDANTKS

slance cérébrale olle-mômc, d'après Heynsius ol Funke. esl acide pendant la veille, alcaline pendant le sommeil. De tels exemples nous font assez voir que, dans les éléments anatomiques, l'entretien de la vie est lié à l'existence d'un travail moléculaire incessant qui s'exprime par des phénomènes chimiques appréciables. N'est-il pas aisé de concevoir qu'il peut exister des lésions des éléments qui, sans altérer leur forme, s'opposent à ce mouvement organique sans lequel ses fonctions ne sauraient s'accomplir? Sans altérer leur forme, l'oxyde de carbone enlève aux globules rouges du sang le pouvoir d'absorber l'oxygène. Ils roulent dès lors comme une poussière inerte, dans le torrent circulatoire; et sans le changement de coloration qu'ils présentent, rien ne traduirait au dehors l'altération profonde qu'ils ont subie. Une altération analogue des globules du sang- ne peut-elle pas être au moins soupçonnée, dans certains états graves de l'organisme, où une dyspnée intense se montre, sans qu'il y ait lésion des poumons ou du cœur? Chez les sujets qui ont succombé rapidement, dans le cours du rhumatisme articulaire aigu, le sang, la sérosité contenue dans le péricarde et les synoviales offrent souvent une réaction acide. Chez les malheureux frappés par la foudre, l'anatomie ne révèle souvent aucune lésion appréciable ; et cependant la rigidité cadavérique survient alors presque immédiatement après la mort, persiste à peine et fait place presque aussitôt à une putréfaction rapide. Il en est de même chez les animaux surmenés et ces mêmes phénomènes se produisent, ainsi que Brown-Séquard l'a montré, sur un membre dont les propriétés vitales ont été épuisées par l'action longtemps prolongée d'un courant électrique. N'est-il pas à peu près certain que tous ces changements, que la mort seule permet de constater, correspondent à des altérations matérielles qui existaient déjà pendant la vie, mais qui sont restées, jusqu'ici, inaccessibles à nos

PHYSIOLOGIE MOrtEHNE XXV

moyens d'invesLi galion ? Mais n'insistons pas sur ce point; qu'il nous suffise devons avoir conduits sur un terrain encore peu exploré, et qui" promet pour l'avenir d'abondantes moissons.

Messieurs, il nous reste à déterminer les rapports qui doivent exister actuellement entre la pathologie et la physiologie.

11 ne s'agit plus ici de la physiologie spéculative ou contemplative des temps passés, mais de la science que nous ont faite les maîtres modernes, continuateurs desHaller,des Legallois, desMagendie.

Tout en reconnaissant que les êtres vivants présentent des phénomènes qui ne se trouvent pas dans la nature morte, et qui, par conséquent, leur appartiennent en propre, la physiologie nouvelle se refuse absolument à considérer la vie comme une influence mystérieuse et surnaturelle, qui agirait au gré de son caprice en s'affranchissant de toute loi.

Elle va môme jusqu'à croire que les propriétés vitales seront un jour ramenées aux propriétés d'ordre physique; elle constate tout au moins, dès à présent, qu'il ne faut pas établir entre ces deux ordres de force un antagonisme, mais une corrélation.

Elle se propose de ramener toutes les manifestations vitales d'un organisme complexe au jeu de certains appareils, et l'action de ceux-ci aux propriétés de certains tissus, de certains éléments bien définis.

Elle ne va pas à la recherche de l'essence ou du ^pourquoi des choses, car l'expérience lui a prouvé que l'esprit humain ne saurait aller au delà Ancomment, c'est-à-dire au delàdes causes prochaines ou des conditions d'existence des phénomènes.

XXVI l'ATHOl.OOlK KM'KIUMK.NTAI.K

Elle reconnaîL que, sous ce rapport, les limites de nos coumiissances sont les mômes en biolo^^ie qu'en physique (îI. en chimie. Elle serappelle qu'au delà d'un certain point, comme dit Bacon, la nature devient sourde à nos questions el n'y répond plus.

Elle ne prétend pas d'ailleurs régenter la médecine, mais seulement l'éclairer et fournir une base solide à ses spéculations.

Elle lui apporte, enfin, une méthode depuis longtemps éprouvée, la méthode expérimentale, admirable inslrumenL qui, entre ses mains, a dévoilé déjà bien des mystères.

Ainsi s'exprime un maître en physiologie, M. Claude Bernard, en divers endroits du Hvre remarquable que vous connaissez tous, et où il discute d'une manière approfondie la question qui nous occupe ici

Je me bornerai à faire ressortir la condition expresse qu'il impose, lui aussi, à toute intervention légitime de la physiologie, dans le domaine médical. L'observation pathologique d'abord, l'interprétation physiologique ensuite, telle est, ditil la règle imprescriptible ; constater d'abord les phénomènes morbides, chercher ensuite à les expliquer au point de vue de la physiologie, lorsque cela est possible, dans l'état actuel de la science. La méthode inverse, qui consisterait à partir de l'anatomie et de la physiologie pour en déduire les conditions de la maladie, est pleine de dangers, hérissée d'écueils. Ne nous laissons pas séduire par les notions élégantes, les aperçus ingénieux qu'elle peut suggérer, car l'expérience démontre que trop souvent, elle a conduit à une pathologie imaginaire, toute de convention, et ne répondant (Mi rien à la réalité des choses.

Il me paraît inutile, messieurs, d'insister longtemps sur

I. lui ritdiicliiiii à réliiil.a <h la, mcdecim expévimc.nlule. Paris, i805 — Voir Hiiiloiil, pnfjcs 117, 119, 125, 127, l'iO, 336, 3/i3, .S-i7, SW, 358, 369.

PATHOLOGIE lîXPKfl IMKNTALE XXVH

les services innombrables qu'a déjà rendus à la médecine la judicieuse intervention des données de la physiologie moderne 1. Je veux toutefois m'arrêter un instant sur ce qu'on est convenu d'appeler du nom de pathologie expérimentale.

Les mutilations que le physiologiste produit chez les animaux dans le but de pénétrer le mécanisme des actes normaux s'accompagnent presque toujours de troubles morbides divers, qui peuvent déjà deveriir un sujet de méditation pour le médecin. Mais l'expérimentation peut s'appliquer plus directement encore aux problèmes qui lui sont posés par la pathologie. Il nous est donné, en effet, de créer chez les animaux des états morbides variés, soit en leur faisant subir certaines mutilations, soit en les soumettant à l'action des poisons, des virus, des venins, des substances putrides, etc. L'idée de produire ainsi des maladies artificielles est loin d'être nouvelle, et il faudrait remonter jusqu'à Lower, Baglivi, Van Swieten, Âutenrieth, pour en trouver les premiers vestiges. Mais c'est surtout dans ces dernières années, après l'impulsion donnée par Magendie, que la pathologie expérimentale s'est réellement constituée et a pris tout son essor. Les travaux des Cl. Bernard, Longet, B. Séquard, Virchow, Traube, Vulpian et de tant d'autres, sontlà pour témoigner de ce qu'on peut attendre de cette méthode. Toutefois, les brillants résultats qu'elle a déjà fournis dans sa courte carrière ne doivent pas nous faire oublier qu? de certaines hmites paraissent lui être imposées. L'expérimentation réussit à produire une glycosurie passagère, à l'aide d'une lésion traumatique. Elle reproduit à merveille les accidents variés de la thrombrose et de l'embolie. Elle accélère ou paralyse à volonté les mou-

1. Consultez sur ce sujet le reuiarquable discours prononcé par mon ami le docteur Brown Séquard, devant le collèf,-e dos médecins d'Irlande, le 3 février 18Gd. — On Ihe imporlance of t.he applicalion of Phijsloloqy la t.lie praclice of Médecine and Surrjenj. — Tn Dublin Quarterl,/ Bevieiv of Med se May 1865.

XXVIII PATlini.OCIK KXl'lîniMENïAI.E

vemeiUs du cœur. Elle déLcmiine à volonté tous les accidents de l'urémie. Grâce à de certaines lésions du système nerveux, elle fait naître des pleurésies, des pneumonies, des péricardites aiguës plus ou moins comparables à celles qu'on observe chez l'homme. Elle est parvenue récemment à développer chez un animal les phénomènes de la fièvre traumatique, en injectant dans le sang le liquide recueilli chez un autre animal, à la surface d'une plaie récente ; et ainsi se trouve confirmée une vue depuis longtemps émise par un chirurgien français. Mais on peut dire que les affections à lente évolution lui échappent le plus souvent. Les maladies constitutionnelles et diathésiques, en particuHer, paraissent lui être inaccessibles 1 ; et comment pourraît-il en être autrement si les conditions de développement de ces maladies sont le plus souvent ignorées du médecin lui-même ! N'oublions pas cependant de relever les analogies qui existent, à quelques égards, entre les maladies diathésiques dites spontanées, et certaines intoxications lentes, telles que le saturnisme, l'alcoolisme chronique, que l'on est parvenu à reproduire chez les animaux à l'imitation des affections correspondantes de l'homme. Rappelons également les expériences remarquables à l'aide desquelles mon illustre ami, M. Brown Séquard, produit chez le cochon d'Inde une sorte d'épilepsie transmissible par voie d'hérédité.

Quoi qu'il en soit, si la pathologie expérimentale est impuissante à faire naître certaines maladies d'ensemble, elle peut souvent en imiter les symptômes et les faire apparaître isolément un à un, sinon toujours dans l'ordre régulier de leur succession naturelle. Elle peut faciliter aussi l'étude de certaines questions générales, telles que l'impressionabilité, la prédisposition locale, et éclairer i\u:^M le mécanisme de la

1. (j. Soc. — Leçons rl<> pal/ioldi/ic c.rprriDn'iildlc. p. 11. Paris, 1S66,

CONCLLSlOiSS XKIX

généralisalion des étals morbides. On lui doit ceUe belle élude analytique des poisons dontles résullats font déjapressenlir l'édification prochaine d'une thérapeutique vraiment rationnelle. El maintenant, messieurs, il me serait facile de vous prouver qu'en combinant les données de la clinique avec celles que nous fournissent l'anatomie et l'histologie pathologiques, et l'expérimentation physiologique, nous parvenons quelquefois à une conception vraiment rationnelle et presque complète de certains états morbides. Mais le temps presse, et je dois conclure.

11 nous faut maintenant arrêter les conclusions auxquelles doit conduire le parallèle que nous avons essayé de tracer entre l'observation pure des anciens et la méthode des modernes.

1" Je crois avoir établi que la méthode empirique est le vestibule obhgé de la science. Nous ne saurions jamais abandonner cette méthode, éprouvée par l'expérience des siècles. Elle doit toujours rester debout pour servir de contrôle et de contre-poids aux spéculations scientifiques.

2° Mais il est un côté par lequel les vues théoriques peuvent et doivent légitimement s'introduire dans la pathologie. Peri'eclionnée par l'intervention des procédés nouveaux, l'observation clinique doit s'allier aux sciences générales et se rapprocher de plus en plus de la physiologie pour donner naissance à une médecine vraiment rationnelle.

Tel est le but vers lequel nous devons marcher ; mais il faut s'avancer avec prudence dans cette voie, et ne point s'abandonner surtouLàdes généralisations liâlives ; ce serait compromettre l'avenir de ce grand mouvement de rénovation auquel nous participons tous aujourd'hui.

XXX ÈCOIK AU.ICMAiNDK

Muio, nous dira-L-oii, à quoi bon ces grands mots et ces grundeô idées? Les tendances scientifiques dont vous laites tant de bruit ont-elles eu une influence heureuse sur la pratique de Tart? Guérissez-vous plus de malades qu'on en guérissait autrefois ? C'est là, messieurs, une question fort indiscrète, et qu'il serait vraiment trop facile de retourner contre nos adversaires. Contentons-nous de répondre, avec un maître honoré, que l'art sans la science ne larde pas à dégénérer en routine ^ Le scepticisme banal, qu'on oppose si volontiers à tous le.^ progrès de l'esprit humain, est un oreiller commode aux tètes paresseuses ; mais à l'époque oii nous vivons, il n'est plus temps de s'endormir.

Pour mettre d'ailleurs dans son vrai jour l'heureuse influence que peuvent avoir les tendances scientifiques sur l'avancement de la médecine, il me suffira de vous rappeler la remarquable transformation qu'a subie cette science pendant le cours des vingt dernières années, dans un pays voisin du nôtre, en Allemagne. Transportons-nous donc un instant de l'autre côté de la frontière, et remontons par la pensée vers l'année 1830. Alors Schelling -et son audacieuse Philosophie de la nature régnaient en maîtres absolus sur les esprits germaniques. La mode était aux aperçus poétiques, aux conceptions transcendantales, et un médecin pouvait se permettre, dans un traité de la fièvre muqueuse, de comparer sérieusement un globule du sang au globe terrestre, parce que tous deux sont ronds, aplatis aux pôles, et que tous deux possèdent un noyau central entouré d'une atmosphère

Pendant ce temps, la médecine en était réduite à un état dé-

1. La pratique sans rénovation scicntinqne incessante deviendrait l)ien vite, soyez-en sûrs, une routine attardée et comme stéréotypée. » Béliier, Leçon cVouverhire du cours de clinique médicale,]}. 19, Paris 1867,

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