ALTÉRATIONS ANATOMIQUBS DE LA GOUTTE
Contribution à l'étude des altérations anatomiques de la goutte et spécialement du rein, chez les goutteux (1).
Nous avons pu observer récemment, à l'infirmerie de la SalpêLrière, une femme qui présentait, réunies à l'autopsie, la plupart des altérations anatomiques de la goutte. Nous publions in extenso cette observation qui nous a permis de contrôler les faits avancés dans ces dernières années, par les médecins étrangers, et de les compléter, sur certains points, principalement en ce qui touche les lésions rénales et articulaires.
Observation. — Arthropaihies multiples très anciennes. — Pneumonie. — Mort. — A l'autopsie, dépôts d'urate de soude dans les cartilages, les séreuses et les tissus fibreux articulaires. ~ Atrophie et kystes du rein droit. — Néphrite parenchymateuse et dépôts d'urate de soude dans le rein gauche. — Néomembranes de la dure-mère.
La nommée M..., âgée de 84 ans, avait été admise à l'hospice de la Salpêtrière le 29 février 1849, atteinte d'arthropathies multiples qui avaient produit aux membres, et surtout aux ex-
1. Mémoire lu à la Société de hiolor,ie {Mém., 1863, p. 139), en collaboration avec M. Cornil.
trémités, tant inférieures que supérieures, des difformités très prononcées. M... fut conduite à l'infimerie, le 15 mars 18G3. Le soir même de son admission, on constata les signes d'une pneumonie occupant le sommet du poumon droit : souffle tubaire, bronchophonie, râle crépitant, crachats rouillés, etc. La malade est dans un tel état de prostration qu'il est impossible de savoir d'elle à qu'elle époque remonte le début de l'affection actuelle.
On dit que, depuis plusieurs jours M avait de la diarrhée et
refusait de manger ; mais elle avait caché tout cela, dans la crainte d'être conduite à l'infirmerie dont elle redoutait le séjour. Huit ventouses furent appliquées sur le côté droit de la poitrine.
Le 16 mars, extrémités froides; les parties centrales présentent, au contraire, une température très élevée ; pouls faible, à 100 pulsations environ, à la minute ; face jaunâtre, légèrement cyanosée ; nez froid; joue droite rouge et chaude ; langue très sèche; râle laryngo-trachéal; la diarrhée persiste. Prescription : Potion avec extrait de quinquina, 2 grammes; acétate d'ammoniaque, 4 grammes; poudre d'ipécacuanha, 1 gramme. Application d'un large vésicatoire sur le devant de la poitrine.
La malade meurt le 17 mars, à une heure du matin. Les renseignements qui suivent concernant l'histoire de M...., ont été fournis par sa petite fille qui la connaissait d'ailleurs assez peu, et la voyait assez rarement; on ne pouvait songer à interrorger
la malade elle-même , ù cause de la gravité de son état. M
avait eu pour mari un employé de la maison de l'empereur Napoléon P'', et peut-être a-t-elle vécu, pendant cette période de sa vie, relativement dans l'aisance. De son mari, elle avait eu dix enfants; cet homme, dont la conduite, parait-il, laissait beaucoup à désirer, disparut, en 1815, et l'on n'eût plus de ses
nouvelles. M resta abandonnée, sans ressources, et le seul
soutien de sa nombreuse famille. Elle excerçait la profession de ravaudeuse ; lesdouleurs articulairesavaientdébuté seulement pendant l'année 1846; mais rien n'est moins certain que cela.