I. De l'état du rein chez les goutteux
Parmi les lésions du rein trouvées à l'autopsie de sujets goutteux, les unes, bien que dépendantes de la goutte, ne présentent rien qui lui soit spécial, tandis que les autres lui appartiennent en propre. La première catégorie de lésions n'est autre chose que la néphrite albumineuse ; la seconde consiste dans des dépôts d'acide urique ou d'urates de soude dans le rein. Ces infarctus rénaux, immédiatement liés à la goutte, présentent deux formes bien tranchées, suivant qu'ils sont constitués par de l'acide urique ou des urates. Dans ce dernier cas, dont notre observation a présenté un bel exemple, le dépôt d'urates, sous forme de lignes blanches (PL. III, fig. 1 A) est aussi caractéristique de la goutte et au même titre que les dépôts de même nature des articulations.
De tout temps, l'idée de goutte a été associée, dans l'esprit des médecins, à celle de maladie rénale, ce qui tient à l'existence souvent observée de calculs rénaux, chez les goutteux. Telles sont les relations indiquées par Aretée, Sydenham, Murgrave, Fasch, Hoffmann, Wepfer, Morgagni, etc. Au commencement de notre siècle, Scudamore a vu que l'albumine
ÉTAT nu RKIN CHEZ LES GOUTTEUX : HISTORIQUE 437
se rencontraiL parfois, dans l'urine des goutteux, qu'ils fussent ou non hydropiques et que de sa présence coïncidait avec une remarquable diminution de l'urée et des principes salins de l'urine (1). La néphrite albumineuse a été observée également chez les goutteux, par Bright, Blackall, Anderson. Leurs observations sont analysées dans le chapitre du livre des maladies du rein, de M. le professeur Rayer qui traite des rapports de la néphrite albumineuse avec la goutte. Il s'agissait, dans ces cas, des formes chroniques d'albuminurie, dont on a voulu faire, dans ces dernières années, en Angleterre, une espèce spéciale, comme nous le verrons bientôt.
M. Rayer a décrit, sous le nom de néphrite goutteuse (2), une altération du rein plus directement liée à la goutte et qui coexiste avec la gravelle urique ; c'est le dépôt de petits grains jaunes ou rouges, composés d'acide urique fixés dans la substance corticale et tubuleuse du rein et dans les calices.
M. de Castelnau a, le premier, signalé la seconde forme de dépôts qu'on trouve dans le rein, dans un mémoire sur la goutte et le rhumatisme, inséré dans les Archives de médecine en 1843 (3). A l'autopsie du malade qui fait le sujet de l'observation remarquablement bien prise de M. Castelnau, on trouva les deux reins malades ; le gauche, atrophié, présentait sa membrane fibreuse adhérente, la substance corticale réduite à 1 millimètre 1 /2 d'épaisseur, jaunâtre, comme si elle avait une tendance à la transformation graisseuse ; la substance tubuleuse était remplacée par une masse graisseuse ; les bassinets très dilatés contenaient du pus ; leur muqueuse était blanche et épaisse. Le rein droit plus volumineux que le gauche, quoique restant bien au-dessous du volume normal du
1. Scndamorc— A Trealrîse, etc., fourtli cdilli., p. 313. London 1823, cité par M. Uoycf, dans son Traité des maladies du rein, t. Il, p. 540.