‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 185 sur 232 · REIN GOUTTEUX · texte numérisé non relu

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y est opaque et épaissie ; la surface du rein est rugueuse et g ranulée. Sur une coupe, on voit que la diminution de volume porte sur la substance corticale, si étroite que les pyramides touchent presque la surface de l'organe.

Cet état du rein s'accompagne quelquefois pendant la vie, mais non constamment, d'une liydropisie limitée et peu considérable, qui n'est jamais générale et abondante, comme dans la maladie de Bright. La quantité de l'urine n'est pas diminuée, mais elle est, au contraire, normale ou accrue. Elle est pâle, et contient de V Albumine, mais en petite quantité. L'acide nitrique et la chaleur y font naître un léger précipité, qui peut même n'être pas appréciable, dans l'intervalle qui sépare deux attaques de goutte, pour reparaître au prochain accès. Les sédiments de l'urine y sont relativement en petite quantité. De l'épithélium plus ou moins altéré, des cellules de pus, des dépouillesgranuleuses [ivaxy casts) des tubes urinifères, forment dans l'urine, un dépôt blanchâtre quelques heures après l'émission. Qu'il survienne alors une attaque aiguë de goutte ou une irritation bronchique, et l'on trouvera dans l'urine des urates en grande abondance.

Tels sont les caractères anatomiques et cliniques sur lesquels s'appuie le docteur Todd pour différencier la néphrite chronique des goutteux de la maladie de Bright aiguë et chronique. Il est certain que les caractères différentiels donnés par le docteur Todd sont le fruit d'une observation exacte, que l'œdème est rare et Hmité, que l'albumine, quand elle existe dans l'urine, est peu abondante, que les reins sont ordinairement atrophiés, endurcis et granuleux à leur surface ; mais d'un autre côté, cet état du rein et les symptômes qui en résultent peuvent s'observer, dans d'autres maladies que la goutte, et déplus, nous verrons bientôt, par l'analyse d'une observation de M. Garrod et par la nôtre, que les reins de goutteux peuvent présenter anatomiqueraent toutes les lésions

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do la maladie do Briglit (néphrite al])umineuse, desquamma- Live ou parenchyraaLeuse). Aussi croyons-nous que la distinction établie par Todd ne peut être admise dans les termes où ill'a posée. Quant aux dépôts d'urate de soude dans le rein, l'auteur que nous analysons les a notés deux fois, mais sans paraître leur attacher une grande importance, dans une de ces observations et dans une autre qui lui a été communiquée parie docteur Ceeley. Notons, en passant, ce fait remarquable c'est que deux des malades de Tood sont mort subitement, avec des symptômes urémiques très évidents.

C'est au docteur Garrod qu'appartient l'honneur d'avoir mis en rehef, dans son bel ouvrage sur la goutte (1), la forme spéciale des dépôts d'urate de soude, dans le rein. En 1849, dans l'examen des roins d'un goutteux mort d'une autre maladie, il rencontra, dit-il, un dépôt crayeux considérable. Il apparaissait sous forme de raies disposées suivant la direction des tubes des pyramides ; la papille de chaque cône présentait de petits points blancs dus à cette matière. La substance corticale montrait aussi quelques-uns de ces dépôts. Il a eu depuis l'occasion d'examiner plusieurs reins de goutteux, offrant les mêmes lésions, notamment ceux de ces observations 4,5, 6 et8.

L'examen microscopique des dépôts blancs Hnéaires, ajoute le docteur Garrod, y montre une structure cristalline consistant en prismes d'urate de soude. Leur composition est constamment la même ; l'analyse chimique y démontre de l'urate de soude semblable à celui des dépôts des cartilages articulaires. La murexyde, avec sa belle coloration purpurine, prend naissance par la réaction de l'acide nitrique chaud et de l'ammoniaque sur eux, et l'addition d'un acide fait cristalliser les rhombes d'acide urique.

1. Garrod. — On gout and rheumalic qout, London, 1869, et 2° édit. 1SG.3, p. 236 et siiivnrilps, c/uinffe^ in llie /ciclnei/s of ffoubj svhjects,)

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Uno queslion se présentait, ù, savoir si le dépôt d'urate avait ou lieu en dehors des tubes urinifôres ou dans leur intérieur. Le premier examen anatomique fait par le docteur Garrod le porta à penser que les lignes blanches étaient dues au remplissage des tubes urinifères, et ce fut aussi l'idée de M. Ceeley ; des examens ultérieurs modifièrent son opinion : les cristaux d'urate de soude, communément plus larges dans le rein que dans les cartilages, lui parurent plusieurs fois situés dans le tissu cellulaire, plutôt que dans la cavité des tubuli ; du reste, dit-il, ce point demande de nouvelles études.

L'examen anatomique du rein, daus le fait qui nous appartient, nous a permis de résoudre cette question, au moins pour ce cas particulier, dans lequel les cristaux semblaient, au premier abord, placés dans l'intervalle des tubes {Fig. 3) ; mais, par l'addition de l'acide acétique et la dissolution des cristaux libres, on voyait qu'une partie du dépôt siégeait manifestement dans l'intérieur même des tubes urinifères {Fig 4).

Quant à l'altération des reins qui accompagne ces infarctus uratiques, le docteur Garrod a généralement observé les reins atrophiés, condensés et granuleux à leur surface, comme les décrit Todd, sous le nom de gouty Kydney. Dans ces cas, l'urine était albumineuse et contenait des dépouilles (cylindres fibrineux) granulées ou cireuses {wazy casls. Mais peut-être l'état atrophique et granuleux du rein tenait-il uniquement à la période avancée de la maladie où étaient mort ses malades. C'est ce qui paraît résulter de l'analyse de l'observation très intéressante d'un goutteux mort à sa huitième attaque, peu de temps après le début de l'affection. Dans ce cas, le rein était sain en apparence, sa capsule s'enleva sans difficulté ; il pesait 4 onces 1/2 et cependant, la coupe de cet organe révéla, dans les cônes, de la substance tubuleuse des dépôts blancs d'urate de soude.

L'examen microscopique du parenchyme rénal fut f;|it pnr

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le docteur G. Johnson qui trouva l'épi thélium des tubes très granulé, infiltré de graisse, la ligne extérieure des tubes urinifôres, très sombre, etc., toutes lésions appartenant à la néphrite desquammative ou parenchyraateuse (néphrite albumineuse de M. Rayer).

Dans un relevé des altérations rénales fait par M. Dickinson (1), dans les autopsies d'une période de dix ans, à l'hôpital Saint-Georges, à Londres, ce médecin n'a jamais rencontré que des reins durs et granulés à leur surface chez les goutteux. Il distingue deux formes de lésion rénale, l'une portant sur le contenu épithélial des tubes, qui donne Heu au rein hsse à sa surface, l'autre portant sur le tissu cellulaire interstitiel qui cause le rein endurci et granuleux. Or, sur lo2 cas de reins lisses à leur surface, un seul, et encore est-il douteux, appartient à un sujet mort delà goutte. Sur 281 cas de reins granulés, 27 au contraire appartenaient à des personnes sûrement goutteuses. Pour Dickinson c'est donc le rein granuleux (néphrite interstitielle) qui est prédominant dans la goutte, et tel est ausi l'opinion de Basham (2).

Dans l'autopsie que nous avons faite, les deux reins présentaient des lésions fort différentes, à droite et cà gauche ; le rein gauche contenait seul des dépôts d'urate de soude. Il était de grosseur à peu près normale, de consistance molle. Sur la coupe, la substance corticale épaisse et de coloration gris -jaunâtre montrait une injection assez vive des vaisseaux et des glomérules deMalpighi. Sur des coupes minces de la substance corticale, on voyait, au microscope, à un grossissement de 80 diamètres, que les tubes contournés étaient opaques. Cette opacité était due aux granulations protéiques et graisseuses contenu?:, dans les cellules épithéliales des tubes qui

1. Dickinson. — Medico-ch'trtirr/ical TransncHons, 1851. p. 170.

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