Comptes rendus de la Société de biologie, 1876, p
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j et au dire des personnes qui sont à même de l'observer, il paraît que sa face devient violacée, turgescente, et qu'il se produit quelques secousses convulsives dans la tête et dans le bras. Il ne se mord pas la langue, n'urine pas sous lui. 1/attaque est courte, et à peine est-elle terminée, que le malade se relève, sans hébétude, et se trouve capable d'achever une conversation commencée avant l'attaque. Ces accès sont devenus très fréquents depuis quelque temps; il y en a quinze à seize par jour, et il est arrivé au malade de tomber dans la rue. Chaque fois, les attaques ont été précédées d'un chatouillement et d'une petite toux; cependant, ilpeutarriver que les accès d'une toux ne soient pas suivis de grandes attaques. Dans ce cas, le malade n'éprouve qu'un sentiment vertigineux qu'il ne peut pas définir, mais qui ne s'accompagne jamais de chute.
L'examen de la gorge fait reconnaître un peu de pharyngite granuleuse. Le malade est depuis déjà longtemps atteint de bronchite chronique avec emphysème ; mais c'est depuis un an seulement que se sont montrées les attaques. M. Charcot a été amené à penser que, dans ce cas, il pourrait bien s'agir de l'irritation d'un des nerfs laryngés, au môme titre que le vertige dit de Ménière paraît se rattacher à une affection du nerf auditif dans le labyrinthe. Ce serait donc une sorte de vertige laryngé. Sous cette impression, il a prescrit les cautérisations pharyngées au nitrate d'argent, les applications irritantes sur la région laryngée et, à l'intérieur, l'emploi du bromure de potassium. Soit par l'effet de cette médication, soit pour j toute autre cause, le malade a guéri au bout de quelques I mois.
Depuis cette époque, M. Charcot a eu l'occasion d'observer quelques faits se rattachant au même type ; et tout récemment, ;en recherchant ce qui pouvait avoir été publié sur cet ordre |de faits, M. Charcot a trouvé dans le Berliner Idinisc/ie Wos-
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chenscki'ift, une observalioii due à Sommerbrodt. Un malade souffrait d'accidents épileptiformes accompagnés de sensations laryngées. La présence d'un polype du larynx ayant été reconnue, son extirpation fut décidée. Le malade guérit complètement, et les accidents épileptiformes ne reparaissent plus.
RHUMATISME ARTICULAIUE CHIiONIQUE
vu.
Altérations des articulations dans le rhumatisme articulaire chronique ; fausse contracture rhumatismale ; ankyloses (1).
L'observation et les pièces anatoraiques que j'ai l'honneur de présenter à la Société sont de nature à éclairer plusieurs points de l'histoire du rhumatisme articulaire chronique. Les articulations présentent en effet à tous les degrés possibles, depuis la simple érosion du cartilage jusqu'à l'ankylose celluleuse, les lésions qu'on a désignées dans ces derniers temps sous le nom d'arthrite sèche. Nous voyons en outre une roideur avec obstacle à l'extension complète de l'avant-bras sur le bras, considérée pendant la vie comme due à une contracture rhumatismale, siégeant dans les muscles, mais que l'autopsie démontre tenir tout simplement à une lésion particulière de l'articulation du coude. Voici d'abord quelques détails sur les phénomènes observés pendant la vie.
Le 3 mars 1851, entre dans la salle Saint-Michel, service de M. Rayer,à rhùpital de la Charité, le nommé Maul-Lauriei- Beaufils, tailleur, âgé de M ans. Cet homme n'a pas eu de parents goutteux ou rhumatisants ; il se nourrit habituellement mal et
1. Comptes rendus de la Soçiélé de biologie, 1851, p. 27. CiiAucoT. Œuvr. corap. t. vu. Mal. des Vieillards. 3r
ne boit Jamais de vin. En 1828, il habitait un rez-de-chaussée tellement humide que les murs en étaient continuellement mouillés et qu'ils sont couverts de cristaux; au bout d'un an de séjour dans ce lieu,Maul éprouve tout-à-coup, pendant la marche, une douleur tellement vive dans l'articulation de la première avec la deuxième phalange du gros orteil droit, qu'on est forcé de le ramener chez lui. Cette douleur, il la compare à un engourdissement très intense. Quelques mois après cette première attaque, toutes les articulations des orteils du pied gauclie deviennent simultanément rouges, tuméfiées et causent des douleurs analogues à celles qui avaient existé dans le pouce ; cette nouvelle invasion est d'ailleurs précédée de frissons et accompagnée de fièvres ; bientôt après, le pied droit se prend lui-même, et enfin, les articulations des doigts des deux mains. D'abord bornées aux petites articulations, la tuméfaction, la rougeur et la douleur se montrent bientôt aux articulations tibio-tarsiennes et aux deux articulations du poignet. Cette période d'acuité dure huit jours environ^ pendant lesquels le malade, ne pouvant plus marcher, était transporté chaque jour à l'hôpital Saint-Louis où il fait usage, dès le début, de bains de vapeurs et de fumigations. Au bout de ce temps, survient une rémission, suivie bientôt de nouveaux accès venant irrégulièrement de temps à autre, lesquels étaient précédés par de légers frissons et s'accompagnaient de sueurs abondantes. Les choses restent ainsi pendant cinq ans environ.
En 1833, Maul, qui habite cependant alors un logement sec, voit le mal qui s'était borné presque exclusivement aux petites articulations des pieds et des mains envahir les coudes, et à cette époque déjà, se manifeste une certaine difficulté dans l'extension de l'avant-bras sur le bras. Ce sont surtout les membres supérieurs qui sont le siège du mal, à cette nouvelle période de la maladie. C'est alors qu'il commence à apercevoir une déformation dans les articulations des extrémités inférieures. Enfin, après une série de rechutes, pendant lesquelles augmentent les difformités articulaires et la perte ou la diminution des mouvements de certaines d'entre elles, une douleur se ma-
nifeste pour la première fois dans l'épaule gauche, sans rougeur ni gonflement cette fois.
Lors de son entrée à l'hôpital, cet homme nous parait d'une constitution entièrement détériorée; il est faible, cacochyme, pàle et maigre. Il assure ne tousser que depuis un mois environ, et n'avoir jamais craché de sang. Il y a dix jours qu'à la suite de frissons, il éprouva un point de côté avec oppression au côté gauche de la poitrine ; bientôt surviennent de l'insomnie et de l'inappétence. Il assure que, lors de l'invasion du point de côté, les articulations des mains qui étaient gonflées et rouges cessèrent subitementd'être tuméfiées et douloureuses. D'ailleurs, pas d'antécédents syphilitiques, jamais aucun phénomène notable, soit du côté de l'estomac, soit du côté du cœur ou des intestins. L'urine est habituellement très claire.
Cet homme, outre les bains de vapeur dont il a fait usage à une certaine époque, se contentait de prendre lors des attaques de huit à dix gouttes de teinture de colchique, médicament qui le soulageait toujours, mais dont il était bientôt forcé de suspendre l'usage, à cause d'hallucinations et de maux de gencives qui ne tardaient pas à subvenir.
Dans l'état actuel, nous avons à étudier chez ce malade : 1° les vestiges de l'affection habituelle de l'articulation qui est en ce moment dans une période de rémission ; 2° une affection pectorale.
Voici d'abord dans quel état nous trouvons les diverses artilations :
^îec?5'aMc/ie. -Aucune ankylose; seulement, quand on met les surfaces articulaires les unes sur les autres, on entend un léger craquement dans les diverses articulations des orteils, et en particulier du gros orteil. L'articulation tibiô-tarsienne paraît déformée, c'est-à-dire que les enfoncements naturels paraissent remplis, et quand on en palpe les contours, lamollesse habituelle des parties est remplacée par une résistance très grande • Il semble que tout le pourtour de l'articulation se soit incrusté d une matière solide ; d'ailleurs, immobilité complète de cette articulation ; le pied est fixé à angle droit sur la jambe. Cette soudure était déjà complète il y a une dizaine d'années
Dans toutes les autres articulations du pied et dans celles des orteils, les mouvements paraissent conservés; les différentes pièces du tarse paraissent cependant soudées entre elles. Au pied droit, pas d'ankylose, soit aux orteils, soit au tarse, soit dans l'articulation tibio-tarsienne ; ni dél'ormation, ni rougeur, ni gonflement de ces diverses articulations ; cependant, le frottement des surfaces articulaires fait entendre un certain craquement. Le malade assure n'avoir jamais souflert dans les articulations fémoro-tibiales ou coxo-fémorales.
Membre supérieur gauche. — En général, les articulations du métacarpe avec les doigts et les différentes phalanges entre elles sont gonflées, déformées, mais sans rougeur pour le moment. La déformation paraît tenir à un gonflement des tissus osseux mêmes, ou bien à des productions osseuses péri-articulaires de nouvelle formation. Les doigts ont, par suite, un aspect fusiforme avec des renflements au niveau de chaque article.
On remarque dans l'articulation, entre le premier métatarsien et la première phalange du pouce, une sorte de luxation de cette dernière en avant et en dedans de la tête du métatarsien; en même temps, les mouvements provoqués de cette articulation sont obscurs; il y aune sorte de demi-ankylose, ce qui n'empêche pas que le frottement des surfaces articulaires ne détermine un craquement très sensible ; d'ailleurs, déformation et gonflement analogues des articulations des deuxième, troisième et quatrième métatarsiens avec les phalanges correspondantes, avec craquement des surfaces articulaires, mais sans ankylose ; les phalanges paraissent en outre déformées un peu en avant de la tête des métacarpiens ; déformation analogue, mais plus légère dans les articulations des différentes phalanges entre elles ; crépitation sensible dans les mouvements provoqués dans ces diverses articulations.
La main considérée en général est en outre déformée ; ainsi, les diverses phalanges des doigts sont habituellement dans l'extension, mais les doigts sont légèrement fléchis sur les métacarpiens; de plus, ils sont légèrement inclinés vers le bord
DESCRIPTIOÎN DES .lOINTUUES 48f)
interne de la main. Les mouvemenls volontaires sont, pour la plupart, conservés, mais difficiles ; les mouvements provoqués sont limités. C'est ainsi qu'il y a un obstacle à l'extension de tous les doigts sur les métatarsiens et que les mouvements divers dans l'articulation du premier métacarpien avec la première phalange sont très faibles, par suite de la demi-ankylose déjà notée.
Articulation radio-carpienne. — Elle est déformée ; les saillies osseuses sont peu prononcées ; les enfoncements sont comblés. La main est immobile dans l'axe de l'avant-bras ; les mouvements provoqués ou spontanés sont tout-à-fait nuls. L'ankylose paraît complète ; elle remonte, dit-il, à une dizaine d'années.
Articulation huméro-ciibitale. — L'avant-bras fait un angle de 35 à degrés avec le bras ; l'avant-bras et la main sont, en outre, dans une pronation habituelle. Quand on cherche à étendre l'avant-bras sur le bras, ou à provoquer la supination, on ne peut y parvenir, car aussitôt les muscles paraissent agir violemment et des cordes correspondantes à leurs tendons se dessinent dans les téguments. Ces cordes paraissent dues aux tendons des muscles long supinateur, grand et petit palmaires, cubital antérieur, grand pronateur. D'ailleurs, elles existent à un certain degré, alors même qu"on ne cherche pas à détruire la flexion. Quand on dit au malade de fléchir l'avantbras sur le bras, il le fait d'ailleurs sans douleur ou difficulté. Le biceps brachial et le brachial antérieur ne paraissent jouer aucun rôle dans l'obstacle à l'extension. Ajoutons que le frottement des surfaces articulaires de l'articulation du coude s'accompagne d'un craquement très sensible.
L'épaule est douloureuse depuis trois mois environ ; cependant, û n'y avait pas de craquements sensibles, et les mouvements en sont assez libres. Tout ce que nous avons dit du membre supérieur gauche s'applique exactement au membre supérieur droit.
Tel est l'état des diverses articulations. Mais, nous l'avons dit
onsEnvATioN : autopsie
le rhunialisme n'est pas acLuolleineut la maladie principale. Nous avons parlé du début de raHcclion pectorale.
Le 3 mars, jour d'entrée, nous constatons, par l'auscultation, des râles très abondants, muqueux, de grosses bulles des deux côtés de la poitrine, pas de matité par la percussion. Souffle au premier temps au cœur et à la base ; ce souffle est doux. Souffle vasculaire au col ; expectoration de crachats muqueux, verts, larges, arrondis ; oppression assez forte ; fièvre. Les jours suivants, même état (Pot. gom. ; diète). — 10, 11 : Potion stibiée, 0,10 centigr.
12, 13, 1-4. Pot. Kermès, 0,10 centigr., légère amélioration. 14 Application d'un vésicatoire sur le côté gauche de la poitrine. Ce jour-là, on avait observé de Tobscurité du son sous la clavicule gauche et quelques râles suspects ; et en outre de la matité relative à la partie folliculeuse et inférieure du poumon gauche. En ce point, il n'existait pas de souffle, mais les râles muqueux qui occupaient toute l'étendue du lobe inférieur résonnaient en ce point avec un timbre tout particulier, analogue à celui qu'ils acquièrent quand ils éclatent au milieu du souffle bronchique.
Les jours suivants, l'amaigrissement se prononce, la fièvre s'accroît, la langue se sèche, la dyspnée augmente. Enfin, il survient du dévoiement, et le malade meurt le 16 mars.
Autopsie. — 1° Etai des ariiculaiions. — 2° Etat des viscères. — Les articulations présentent tous les degrés imaginables de l'affection qu'on a appelée, dans ces-derniers temps, du nom d'arthrite sèche. — Dans un premier groupe, nous voyons les cartilages présenter en certains points des dépressions, d'autres fois de véritables pertes de substance, des ulcérations dont le fond est rugueux. Déjà la membrane synoviale est épaissie et injectée elle-même. Une espèce de synovie très épaisse, très visqueuse, remplit la cavité articulaire. C'est dans cet état que se trouvent les articulations fémoro-tibiales.
Au deuxième degré, le pourtour du cartilage est pour ainsi dire érodé. Il est anfractueux et irrégulier. Au centre même du cartilage existent aussi, soit simplement des abrasions, des éro-