‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 206 sur 232 · Il s'agit des digitorum nodosi, d'Heberden · texte numérisé non relu

Il s'agit des digitorum nodosi, d'Heberden

deux autres formes du rhumatisme articulaire chronique, les altérations de Tarlhrite sèche; c'est un fait dont je me suis assuré maintes fois par la dissection. Les cartilages diarthrodiaux subissent l'altération velvétique, puis ils disparaissent et l'on trouve à leur place une couche éburnée. Les surfaces articulaires s'élargissent dans tous les sens par suite de la formation d'ostéophytes qui reproduisent à peu près, en les exagérant, leur forme et leurs contours naturels. Les tumeurs pisiformes qu'on rencontre, suivant la description d'Heberden, au voisinage de la seconde articulation phalangienne, ne sont autres que les tubercules osseux qui existent normalement à l'extrémité inférieure de la deuxième phalange, du côté dorsal; seulement, le volume de ces tubercules s'est considérablement accru, par l'apposition de couches osseuses nouvelles. Il n'existe pas de traces de dépôts d'urate de soude, soit dans l'épaisseur des cartilages diarthrodiaux, soit au voisinage de là jointure, dans les parties molles (p. 616).

Arthrite sèche. — Le processus qui détermine les lésions dont il s'agit a pour caractère principal de donner naissance à des productions organisées nouvelles, telles que franges et villosités synoviales, corps étrangers articulaires, bourrelets osseux etc., pendant que d'un autre côté et simultanément, il raréfie les extrémités osseuses et tend à détruire les cartilages diarthrodiaux; de plus, à moins de circonstances étrangères, il n'aboutit jamais à la formation du pus. Ces caractères avaient été déjà parfaitement saisis par Lobstein, Colles et Adams; mais ils ont été particulièrement mis en lumière par MM, Deville etBroca, dans leurs études sur l'arthrite sèche. Ces études ont été complétées, à certains égards, par les travaux de plusieurs médecins qui, à l'examen des lésions faites à l'œil nu, ont ajouté le contrôle des observations microscopiques. Parmi les travaux de ce genre nous citerons ceux de Redfern {Edimb, ntonllUy Journal^ IHA9), H. Ueyer Muller's Archiv, 18i9), Zeis Nova, acla acad. Leop. CaroL, XXIH), C. 0. Weber {Virchow's Avcliiv., janvier 1858, p. 7i), et ceux plus récents de MM. 0.

'^^^ NOTES suit lA GOUTTE

Ranvier (Thèses de Paris, I8G.0), Cornil (Traduction des £leinenls de palhol, inlerne de Nimieyer, p. ijoG. t. II) et Vergely (/oc. cii.).

C'est par la surface du cartilage articulaire et par la membrane synoviale que les altérations paraissent débuter. Celle-ci devient rouge, vivement injectée, et de sa surface interne partent des prolongements villeux qui se terminent quelquefois par une petite masse arrondie supportée par un long pédicule. Dans Tépaisseur de quelques-unes de ces petites masses, on distingue, à l'aide du microscope, des cellules plus ou moins nombreuses qui ne diffèrent pas des cellules ordinaires du cartilage. C'est là le premier vestige, et pour ainsi dire, l'état embryonnaire des corps étrangers qui, plus tard, pourront acquérir un volume considérable, s'ossifier, perdre le pédicule qui les attache à la membrane synoviale et devenir ainsi libres dans la cavité articulaire.

La destruction du cartilage se fait suivant un mécanisme dont les diverses phases ont été minutieusement étudiées. Les chondroplastes s'hypertrophient et il se forme, dans leur intérieur, de nouvelles cellules cartilagineuses; en même temps la substance fondamentale homogène devient striée, se fendille, et se trouve enfin divisée en une infinité de lanières ou fibrilles dont l'ensemble rappelle la disposition des fils du velours d'Utrecht. Rendues libres, par suite de cette désagrégation de la substance fondamentale, les capsules mères s'ouvrent et versent les cellules qu'elles renferment dans les sillons qui séparent les fibrilles. Celles-ci s'isolent de plus en plus, s'atrophient et disparaissent; ou encore, elles se détachent complètement et tombent dans la cavité articulaire où elles subissent, comme les cellules, la dégénérescence granuleuse ou muqueuse.

Mis à im par suite de la destruction du cartilage d'encroûtement, l'os présente une surface lisse, luisante, comme éburnée ; au-dessous, le tissu osseux paraît raréfié, friable, imbibé de sang. Mais en môme temps, des végéialions ou stalactites osseuses . se sont formées au pourtour des têtes des os ou des cavités

ÎSOTES SL'U lA GOlJTTK 561

do réception, dans le voisinage du cartilage diarthrodial. Ces productions adhèrent très intimement à l'os sur lequel elles sont comme greffées. D'abord molles, faciles à entamer par le scalpel, elles ont l'apparence cartilagineuse; plus tard, elles sont ossifiées, et alors, elles présentent une texture spongieuse et comme vermoulue. On a maintes fois constaté d'ailleurs que les procédés suivant lesquels l'ossification s'opère dans ces stalactites ne diffèrent pas notablement des procédés de l'état physiologique.

Ces altérations dont nous n'avons fait qu'indiquer les traits les plus généraux, sont communes aux diverses formes du rhumatisme articulaire chronique. Seulement, souvent à peine accusées et comme à l'état rudimentaire dans -le rhumatisme généralisé à évolution rapide, elles acquièrent parfois, dans ces formes lentes et particulièrement dans le rhumatisme partiel, une extension énorme. 11 suffira de se reporter au chapitre VII (p. 243), pour reconnaître jusqu'à quel point elles diffèrent des lésions de l'arthropathie goutteuse (p. 618-621).

Rhumatisme noueux. Causes. — Une cause que les malades atteints de thumatisme noueux accusent le plus souvent, c'est l'action prolongée du froid et de l'humidité combinés ; par exemple, le séjour habituel et de plusieurs années dans des chambres mal éclairées dont les murs laissent suinter l'eau. Ce genre de cause a été invoqué par les trois quarts environ des malades questionnés à ce sujet par M. Trastour et par moi, à l'hospice de la Salpètrière. Un fait intéressant, c'est que l'apparition de la maladie a lieu souvent plusieurs années après que les sujets ont cessé d'être soumis à cette influence (p. 625).

Arlhriie rliumatoide et scrofule. — La scrofule est un fonds sur lequel l'arthrite rhumatoïde se développe fréquemment ; il n'est pas rare de voir les malades, atteints des diverses formes de cette dernière affection, porter au cou des cicatrices caractéristiques. A la Salpètrière, les femmes qui, par suite des difformités qu'occasionne le rhumatisme noueux, restent confinées au lit Chaucot. Œuv. com. t. vu. Mal. des Vieillards. 36

NOIES suit I.A (.OUTTK

pendant plusieurs années, succombenLhabiLuelleujcnL à la Luherculisation du poumon. Sur 119 sujets aflectés de rhumatisme goutteux, M. Fuller (loc.cU., p. 334) en a compté 23, environ 1 sur 5, ayant eu un frère, une sœur ou un ascendant direct, atteint de phtlîisie pulmonaire (p. 023).

Arthrite rhumatoïde et rhumatisme blennorrhagique. — Des exemples du même genre ont été rapportés par Broodhursl (Reynolds, Sijstem of dinical Medicine, t. I, p. 993. London, 1866), Trousseau (Cliniq médicale, t. III, p. 37o), etLorain (Union médicale, 25 décembre 1866, p. 617 ,618) (p. 626). (Voir p. 491).

Rhumatisme noueux et grossesse. — M. Todd (Pratical remarks on Gout, etc., p. 178) a rapporté plusieurs exemples de rhumatisme noueux développé pendant le cours d'une grossesse. J'ai rencontré des faits analogues. D'après mes observations, la maladie se prépare pendant la grossesse et éclate avec toute son intensité peu après l'accouchement (p. 626).

Epoque d'apparition du rhumatisme articulaire chronique chez la femme. — Il y a chez les femmes deux périodes de la vie où le rhumatisme articulaire chronique généralisé éclate de préférence : la première de ces périodes s'étend de vingt à trente ans, la seconde de quarante à soixante ans. La maladie est rare chez les très jeunes sujets ; je l'ai cependant observée chez un garçon âgé de quatre ans et chez un autre garçon âgé de dix ans ; dans ces deux cas, elle présentait une intensité exceptionnelle et avait produit des déformations très prononcées. J'ai noté l'hérédité dans 11 cas sur 41. Il est certain que le rhumatisme noueux est beaucoup plus commun chez la femme que chez l'homme ; opposition bien tranchée avec ce que l'on sait de la goutte (p. 627).

Ressemblance des lésions dans les formes aiguës et chroniques du rhumatisme articulaire.' — Suivant MM. liasse {Zeitchr, fur Ration, med., Bd. 5, p. 192), Kussmaul {Archiv. fur Physiolog.

Heilk XI, 4, 18o2), et Gurlt (in FOrster, Handb. der patholog. Anai. Leipzig, 18G3, p. 1000), le tissu des extrémités articulaires des os subit, dans Tarthro-rhumatisme aigu, des altérations qui y révèlent l'existence d'un travail phlegmasique : MM. Ollivier et Ranvier {Compi. rend, de la Soc. de biolog., Paris, 1803-1860, p. ;201) ont fait voir, d'un autre côté, que dans cette même maladie, les cartilages diarthrodiaux présentent souvent en plusieurs points l'hypertrophie des chondroplastes avec prolifération des cellules et la segmentation de la substance fondamentale dont il a été question à propos des altérations produites par l'arthro-rhumatisme chronique (p. 620). Il y a donc lieu, même au point de vue des lésions anatomiques, d'établir un rapprochement entre les formes chroniques et la forme aiguë du rhumatisme articulaire (p. 629-630).

Rhumatisme noueux el migraine. - Il faut citer la migraine parmi les affections qui paraissent avoir une certaine relation avec le rhumatisme noueux; sur 30 femmes atteintes de cette dernière affection, 12 avaient éprouvé autrefois des migraines intenses. Presque toujours celles-ci disparaissent au moment où se déclare la maladie articulaire. La relation dont il s'agit avait été signalée déjA par M. le professeur Trousseau {Clin med., t. III, p. 362). La néphrite albumineuse n'est pas très rare dans les périodes avancées du rhumatisme articulaire chronique généralisé; mais elle est là beaucoup moins fréquente que dans la goutte chronique (p. 630).

Rhumatisme noueux et iriiis. - J'ai vu trop souvent Viriiis se développer chez des sujets atteints de rhumatisme noueux et alterner avec les exacerbations des arthropathies, pour ne pas reconnaître qu'il existe entre ces deux affections une certaine connexité.

Sur les maladies de l'œil dans le rhumatisme articulaire chronique, consulte/: Bennett {Clinic. lectures, 2e édit 1838 914), Watson {On Ihe princïples, etc., t. I, p. 342), Vn\\i^v{On

goul, rheumal. gout., etc., i836. p. 377, V Cornil (Mémoire sur les coïncidences, etc., loc. cit.,) (p. 630-631).

Bons effets des alcalins àhauie dose dans les formes aiguës, subaiguës et chroniques du rhumatisme. — Des observations cliniques assez nombreuses me portent au contraire à penser que l'emploi des alcalins à haute dose n'est pas applicable seulement à la forme aiguë du rhumatisme articulaire. J'ai vu souvent l'administration journalière de 25 à 30 grammes de bicarbonate de soude, maintenue pendant plusieurs semaines, être suivie de bons effets dans la forme subaiguë de la maladie et aussi dans sa forme chronique généralisée, au moment de ces exacerbations marquées par un appareil fébrile quelquefois assez prononcé, qui semblent indiquer une tendance vers l'état aigu. Même dans les cas du dernier genre, malgré l'administration du bicarbonate de soude à doses aussi élevées et aussi longtemps maintenues^ je n'ai jamais vu survenir d'accidents capables d'inspirer la moindre inquiétude; et en particulier, je n'ai jamais observé que les malades présentassent des symptômes indiquant, soit une tendance aux hémorrhagies, soit une anémie profonde. Je n'ai jamais prescrit le bicarbonate de potasse en pareille circonstance et j'ignore si son emploi serait aussi facilement supporté (p. 634).

Rhumatisme noueux et teinture d'iode. — Dans plusieurs cas de rhumatisme noueux, M. Lasègue a administré, avec succès, la teinture d'iode. La dose prescrite était élevée progressivement de 8 à 10 gouttes par jour à 5 à 6 grammes pendant le repas, en prenant pour excipient un peu d'eau sucrée ou, de préférence, du vin d'Espagne. La médication doit être continuée pendant plusieurs mois. Sous son influence, il n'est jamais sur- , venu aucun des accidents de l'intoxication iodique. fl {Archiv. génér. de médecine, 1856, t. 11. p. 637.) ■

Emploi de l'arsenic. — L'emploi de V arsenic à l'intérieur 1 dans le rhumatisme articulaire chronique, a été surtout préco- 1

Ïnisé, on Angleterre, par Jenkinson, Bardsley (Médical JlepoHs, London 1807), Kellie (7V/e Edinb. médical and surgic. Journal, 1808, t. IV), J. Begbie (id, , n" 35, Ma., 1858), Fuller(On rheumalism, etc,, 2" édit. London, 1860, p. 362); en France, par MM. N. Guéneau de Mussy (Bullet. de ihérapeutique , t. LXVII, 1864, p. 24) et Beau {Gaz. des hôpitaux, 19 juillet 1864). J'ai moimême expérimenté cette médication sur une assez grande échelle à l'hospice de la Salpétrière; comme M. Garrod, j'ai vu l'arsenic produire quelquefois une amélioration notable et d'autres fois, échouer complètement. Il ne m'a pas été possible jusqu'ici de déterminer les conditions de la réussite ou celles de l'insuccès. Je crois pouvoir dire toutefois que l'arsenic reste sans efTet ou se montre même nuisible, surtout dans les cas très invétérés de rhumatisme noueux et lorsque la maladie s'est déclarée dans un âge avancé. J'ai observé que l'un des premiers effets de l'emploi du médicament est souvent de réveiller les douleurs ou de les exaspérer dans les jointures principalement affectées. Les choses vont même quelquefois si loin, que la rougeur et le gonflement se manifestent là où ils n'existaient pas et qu'on est obligé de suspendre momentanément le traitement. Mais, en général, la tolérance s'établit au bout de quelques jours, et l'on peut alors élever progressivement les doses. Il y a, je crois, avantage à administrer l'arsenic sous forme de liqueur de Fowler à la dose de 2 à 6 gouttes, deux fois par jour et suivant la méthode anglaise, c'est-à-dire peu de temps après les repas (p. 638-639).

Nodosités d'Heberden, ^uo/w^ion. — Relativement aux nodosités d'Heberden, je puis ajouter, en me fondant sur mes propres observations, les détails qui vont suivre: Ainsi que le fait remarquer M. Garrod (p. 617), les arthrites se développent souvent, dans cette forme du rhumatisme articulaire chronique, sans occasionner d'autre inconvénient qu'un léger sentiment de gêne dans les parties affectées. Cependant, de temps à autre, il se produit des espèces de paroxysmes pendant lesquels les jointures deviennent douloureuses, chaudes, et paraissent tuméfiées

'^""J NOTES SUR I.A (;()UTTK

plus que de coutume, en même temps que la peau qui les recouvre prend une coloration rouge plus ou moins prononcée. — Ces paroxysmes coexistent ou alternent souvent avec des douleurs musculaires rhumatoïdes, eten particulier avec le lumbago. — Certaines névralgies, et surtout la sciatique, la migraine, l'asthme catarrhal avec exacerbations périodiques, se rencontrent assez fréquemment, chez les sujets qui portent les nodosités dont il s'agit. — Il est parfaitement exact que ces nodosités constituent parfois une maladie de famille et qu'elles coïncident souvent, chez un môme individu, avec l'arthrite rhumatoido occupant une grande articulation, telle que celle de l'épaule ou de la hanche {morhus coxœ xenilis), par exempje. (Voyez plus haut p. 338.) (P. G36-637).

Coexisience de la lithiase biliaire, de la gravelle urique et delà cjoiiite. ~ L'observation clinique démontre que la lHliiase biliaire coexiste assez fréquemment avec la gravelle urique et la gouite, Stockhardt [Decholedihis. Lipsise, 1832) et Faber ont signalé depuis longtemps la présence de l'acide urique dans certains calculs biliaires ; Frerichs (/r/mi/c der Leberkrankh., Bd. II, S. 474, Braunschweig, 1861) aurait rencontré un fait du même genre. Peut-être ces calculs provenaient-ils de sujets goutteux. On n'a pas oublié que dans les expériences de Zalesky, chez les animaux dont les uretères ont été liés, la bile est chargée d'urate de soude, qui, dans la vésicule du fiel, se sépare sous forme concrète (note, page 329 du Traité de Garrod et p. 100 de ce volume).

— Sur la relation qui existe entre la lithiase biliaire et la goutte, consultez : Prout (loc. cit.) ; — G. Budd (On. diseases of Ihe liver. London, 1852, p. 360, 369) ; — Henoch (Klimk der Untenleibs-Krankheiten, 2^ édit. Berlin, 1863, p. 170), — Harley (Jaiindice, ils pathology, etc. London, 1863) ; — Willemin (Des coliques hépatiques, etc. Paris, 1862) (p. 039).

Tnphvs et calculs d'acide lithiquc. — « .le ne me rappelle pas », a dit Brodie, « avoir vu un seul goutteux atteint de concrétions arthritiques, communément appelées tophus, qui fut on même

NOTES SUR LA GOUTTE Îj67

lemps sujet aux calculs d'acide lithiquo. Cos concrétions sont composées d'acide lithique combiné avec la soude ; et si cet acide est sécrété dans les articulations, il ne peut pas l'être dans les reins, n (Malacl. des organes urinaiî'es. Paris, 1843, p. 278). (p. 661).

NépJirUe gouiieusc. — Les symptômes de la néphrite goutteuse se manifestent quelquefois de très bonne heure dans la goutte chronique d'emblée. Chez un malade dont l'histoire a été rapportée par M. Traube (de Berlin), dans une de ses cliniques (Berliner klinisch. Woclienschr., 27 nov. 180.j, n" 48), les signes de l'affection rénale ont été constatés un an à peine après les premières manifestations de la goutte articulaire. Un fait du môme genre a été observé par M. Holland {Médical Notes, etc. London, 1839, p. 133). (p. 664).

Goutte et urémie. — Voyez la note page 524. L'indication de plusieurs exemples d'urémie observée chez des sujets goutteux a été donnée à la page 273 (voy. la note) ; un fait du même genre, remarquable à divers égards, se trouve consigné dans les Médical Notes and Reflections de H. Holland (/oc. cit.) ( p. 663.)

Goutte et diabète. — La notion d'une connexité plus ou moins étroite entre le diabète et la goutte ne semble guère remonter au delà d'une quarantaine d'années. Scudamore, loin de pressentir celte affinité, soutenait au contraire que les deux affections dont il s'agit se rattachent à des causes tout opposées. En 1828, un auteur allemand, Stosch (de Berlin), a signalé dans son 7'railé du diabète V existence d'un diabète métastatique survenant après la cessation de la goutte, et il cite à ce propos, deux observateurs anglais, Whytt et Fraser (W. von Stosch, Versuch einer Pathologie und Thérapie des Diabètes meliitus. Berlin, 1828). — Quelques années plus tard dans sa Pathologie (t. VI, p. 607), Neumann mentionnait la goutte parmi les causes du diabète secondaire. — A une époque encore plus rapprochée, Prout faisait remarquer, en plusieurs endroits de son bel ouvrage (On the Nature and

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Trealement of stomuch and rénal Diseuses, o*" édit. London, 18.M, p. 23, 32, 34, 211), qu'il n'est pas rore de voir coïncider le diabète, soit avec la gravelle urique, soit avec la goutte confirmée ; en pareil cas, suivant lui, la glycosurie reste le plus souvent latente pendant longtemps, et elle n'est remarquée que lorsque les symptômes vulgaires du diabète, en particulier la polyurie, se sont ouvertement déclarés. — En France, M. Rayer a depuis longtemps appelé l'attention de ses élèves sur cette relation qui existe entre la gravelle urique, la goutte et le diabète. On peut consulter entre autres, à cet égard, la thèse de M. Contour (Paris, 18M, p. 49), et les leçons de M. Claude Bernard pour 18o3. « Nous devons savoir reconnaître », dit l'éminent physiologiste, dans une de ses leçons, « ce qu'on pourrait appeler des diabètes aUernants, c'est-à-dire des diabètes se succédant par accès avec les symptômes d'une autre maladie, et particulièrement avec des accès de goutte ou de rhumatisme. On voit quelquefois des malades goutteux présenter tout à coup des symptômes diabétiques, et les urines se charger de sucre, c'est-à-dire la goutte se changer en un accès de diabète. M. Rayer cite un certain nombre de ces cas, et moi-même, j'en connais un qui est très caractérisé.» (Leçons de physiologie expérimentale appliqiiée à la médecine, cours du semestre d'hiver l834-18oo. Paris, 1853, p. 429). M. Marchai (de Calvi) est revenu en 1856 (Union médicale, 1856, n^ 29) sur cette question, dont il a bien compris toute l'importance et plus tard, il en a fait l'objet d'une étude suivie, dans ses remarquables Recherches sur les accidents diabétiques (Paris, 1864, pp. 39, 46, 283, 409.)

D'après cet observateur distingué, il existe un diabète relevant de la diathèse urique ou de la goutte. Cette conclusion est conforme aux observations antérieures et à la réalité des choses. Mais on pourrait peut-être reprocher à M. Marchai (de Calvi) d'avoir un peu trop étendu le domaine de cette forme de diabète et celui de la diathèse urique en général. Les remarques qu'il présente à cet égard ne sauraient guère s'appliquer qu'aux classes les plus favorisées de la société, du moins en France, Il existe un rapport enti'o lo diabète et la goutte oîi

la gmvelle urique, cela est incontestable; mais la fréquence de cette relation varie singulièrement suivant le terrain sur lequel on s'est placé pour observer les faits. Ainsi le professeur Griesinger, qui a étudié le diabète chez des sujets appartenant à toutes les classes, n'a rencontré que trois goutteux sur deux cent vingt-cinq diabétiques (Stiidien ûber Diabètes, in Archiv. fur phxjsiol. Heilk., 1839, p. 16). Au contraire, le docteur Seegen, qui exerce la médecine aux eaux de Carlsbad, et dont les malades appartiennent par conséquent aux classes aisées, a rencontré trois cas de goutte sur trente et un cas de diabète, (Seegen, Beitixiye zur Casuistik der Meliturie. — Virchoiv's Archiv. Bd. XXI, Bd. XXX, 1864.)

Il est rare de voir la goutte ou la gravelle urique et le diabète confirmé coexister dans le même temps, chez le même sujet, mais ces deux affections alternent ou se succèdent. Il est de règle que la gravelle ou la goutte ouvrent la scène; puis en général, leurs symptômes s'effacent au moment où le diabète apparaît. M. Rayer avait déjà remarqué que la goutte se change en diabète et M. Garrod, dans un article récent a dit en propres termes : « Quand le diabète apparaît, la goutte cesse. » (Reynod's Sxjstem of Médecine. London, 1866 t. I, p. 823.) — Le pronostic peut se montrer quelquefois aussi grave en pareil cas que lorsqu'il s'agit du diabète ordinaire ; la meliturie goutteuse, en effet, elle aussi, provoque de temps à autre le développement des phlegmons de mauvaise nature, des accidents gangréneux, de la phtisie pulmonaire, etc. Je suis porté à croire cependant, d'après ce que j'ai observé, que cette forme du diabète se distingue le plus souvent par sa bénignité relative; le régime et l'emploi des amers, de l'iodure de fer, combiné avec l'usage des eaux alcalines, en triomphent en général aisément. Je pourrais citer des faits dans lesquels la guérison obtenue par ce traitement a coïncidé manifestement avec le retour de la gravelle ou des accès de goutte. J'ai vu cependant plusieurs fois les deux ordres] d'affection coexister sans s'amender mutuellement. Il est un fait d'un certain intérêt au point de vue pratique, et qui méi-ito d'être relevé particulière^

•''>'7() NOTES Slin LÀ GOUTTE

ment. La glycosurie urique ou goutteuse, suivant la remarque de Prout, reste souvent latente : il est donc important d'examiner de temps à autre les urines des sujets affectés de goutte ou de gravelle urique, afin d'y rechercher la présence du sucre.

On ne doit pas se borner à envisager les rapports entre la goutte et le diabète chez un même sujet; il faut les rechercher encore chez les divers membres d'une même famille. On peut voir un père goutteux et diabétique engendrer un fils qui présentera seulement les symptômes de la goutte; j'ai rencontré un sujet goutteux dont le père, diabétique, n'avait jamais eu la goutte. J'ai observé la combinaison suivante : Père (brasseur et distillateur) diabétique, mort phtisique à l'âge de quarantehuit ans. — l*"" fils (môme profession) : Traces de scrofule; rhumatisme articulaire aigu vers l'âge de trente ans; obésité; diabète à l'âge de cinquante ans; il vit encore aujourd'hui. — 2" fils (même profession) : Accès de goutte depuis l'âge de vingt-cinq ans; obésité à trente-cinq ans, puis diabète. Mort à la suite d'une affection cérébrale. — 3^ fils : Tempérament lymphatique, goutte à trente ans; puis obésité; diabète. Mort à la suite d'un accident traumatique. — 4° fils : Excès alcooliques, obésité. Mort des suites d'une cirrhose du foie. — 5^ fils : kératite scrofuleuse, goutte; obésité à trente-cinq ans; diabète. Mort phthisique à l'âge de quarante-huit ans. — 6" enfant, une fille : Quelques accès de douleurs articulaires vagues et siégeant dans la jointure métatarso-phalangienne des gros orteils. Obésité remarquable.

Il y a évidemment une corrélation plus ou moins intime entre ces divers états pathologiques se reproduisant ainsi, à divers degrés, chez tous les membres d'une même famille.

Voici l'indication de plusieurs faits relatifs au diabète urique ou goutieux. — Bence Jones '{On iniermiliing Diabeies, and on Diabète of old âge, in Med. chir. Transactions, 1855, vol. XXXVI, p. 403 : goutte, anthrax, diabète). — Bïl\is.Td, de Corbigny (Gazette des hôpitaux, 1852, p. 212 : goutte, diabète, phtisie, fils goutteux).— Kuchenmeister (Gitnsbvrg's Zeitschr., Bd. IV. p. 438) et Marchai (de Calvi), /or^. ci/., p. 147 : goutte, diabète, furoncles

NOTES SUR lA COIITTE 571

gangréneux) ; - Marchai de Calvi (/oc. cit., p. 1S4, fait de M. Ménestrel : goutte, diabète, phlegmon diffus). — Charcot {Leçons sur les maladies des vieillards, etc., 3" fascicule, Paris, 18G7 : goutte, diabète; retour des accès de gouHe après la cessation du diabète, (1) (p. 005-068).

Insuccès des opérations chez les goutteux. — Les opérations, celle de la cataracte, par exemple, réussissent mal chez les goutteux, suivant W. Budd (Library of medicine , t. V, p. 213); les phlegmasies prennent souvent chez eux, d'après Prout, un caractère adynamique. Il s'agit ici surtout de sujets atteints de goutte chronique et cachectiques. Dans ces mômes circonstances, les pyrexies présentent une gravité exceptionnelle. Le typhus, en particulier, serait constamment mortel, d'après Schmitdmann (Observât., t. III, p. 379) et Murchison (A Treatise on continued Fevers, etc. London, 1862^ p. 227). La syphilis, au dire de S. Wels {Practic ? Observations on Gout. London, 1834, p. 87j est grave chez les sujets atteints de goutte ; elle prend volontiers le caractère scorbutique.

Lorsque la goutte est récente et qu'il n'existe pas d'état cachectique, les maladies intercurrentes sont loin de prendre aussi habituellement une tournure grave, et les choses se passent à peu près comme dans les conditions ordinaires. On peut consulter à ce propos plusieurs faits rassemblés par Scudamore dans son Traité de la goutte (p. 677).

Ligature des uretères. — Sur la ligature des uretères chez les oi- 5eaw.r. — Galvani avait déjà pratiqué la ligature des uretères chez les oiseaux, et remarqué quelques-unes des altérations viscérales qui sont la conséquence de cette opération. C'est ce dont témoigne le passage suivant, rappelé par E. du Bois Reymond. dans les Archiv. von Reichert (1803, p. 408), à propos des recherches de M. Zaleski : « Devinxi... uretères vivente pullo (in « quod in volatilibus actu nio instructo post anum proPoinh' ex

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