I.oc. cit., p. S7'i
CHALEUR FÉBKlLlL 2.')
âges de la vie. Ce tableau esL-il exact ? représente-t-illidèlement la vérité? Nous devons convenir qu'il ne nous satisfait pas d'une manière absolue. Mais pour justifier nos restrictions, il devient nécessaire d'aborder une discussion préalable?
Qu'est-ce que la fièvre? qu'entend-on par état fébrile?
11 est à peine nécessaire de vous prévenir, messieurs, que la définition que nous allons chercher sera toute descriptive, et que nous n'avons nullement la prétention de pénétrer la nature intime du phénomène que nous voulons caractériser.
Au temps d'Hippocrate, à l'époque où l'on ne pratiquait pas encore l'exploration du pouls, l'élévation de la température constituait le seul et unique élément de la fièvre. C'est ce dont témoigne suffisamment la définition de Galien. Calor prœter natitram (1), telle est pour ce grand médecin la caractéristique de l'état fébrile. La tradition, pendant une longue série de siècles, a respecté l'opinion de Galien; mais elle s'est altérée par la suite, et nous voyons Boerhaave, dominé par les idées iatro-mécaniques c^ui prévalaient de son temps, déclarer que <( l'accélération du pouls est le seul symptôme qui, dans la fièvre, se trouve toujours présent, du commencement à la fin, et qui seul suffit pour faire reconnaître au médecin la présence de la fièvre (2). » La question, depuis cette époque, a été reprise maintes fois et résolue dans des sens bien divers ; mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui, .le témoignage unanime des travaux modernes s'est prononcé en faveur de l'opinion acceptée par l'antiquité. Il a été reconnu et proclamé de toutes parts que l'exaltation de la chaleur ariimale est bien le fait fondamental de l'état -fébrile. Parmi les autres phénomènes qui l'accompagnent, le
1. De Di/fpren/. fehriiim. ciip. 1. De r/enerali fehrium divisione. — Il y a une autre délinilioii do Gnlicn, iiiiiis ([iii se trouve diins un ouvriif,-e moins authentique, et dans laquelle on l'ait intervenii- la Tréqueiu-e du pouls.
îi. Apiuirisme, 57().
26 IMPORTANCE Dl': l.A TIIKHMOMKTIUK OI.INIQUK.
pins oi'diriaironionl, il n'en esl aucun, pas même l'accélf^rnliou du pouls, qui se montre d'une manière aussi constante, aussi obligatoire. La fièvre n'existe pas lorsque la température reste au taux normal, et la fréquence du pouls peut atteindre les dernières limites sans qu'il y ait aucun mouvement fébrile. Qu'il nous suffise de citer l'extrême surexcitation du système circulatoire, observée dans certains cas de palpitations artérielles, et en particulier dans la cachexie exoplithalmique et l'hystérie (1). Peut-on dire, d'un autre côté, qu'il y ait fièvre toutes les fois que la température s'élève? C'est là un point sur lequel il n'est guère possible de se prononcer aujourd'hui. Nous voyons, en effet, la chaleur du corps s'élever dans des cas qui paraissent étrangers à toute création py rétique : dans le tétanos, dans l'attaque épileptique et dans le choléra, surtout au moment de l'agonie; elle peut alors atteindre 42 ou 43 degrés. Il y a là, sans doute, un élément qui nous échappe; toujours est-il que l'accroissement de la chaleur animale domine dans la fièvre tous les autres symptômes, et peut même servir, dans bien des cas, à en mesurer l'intensité.
C'est l'emploi méthodique d'un moyen d'exploration inconnu aux anciens, qui a contribué pour la grande part à fixer définitivement nos idées à cet égard. Nous avons nommé la thermométrie clinique. Bien que les critiques ne lui aient pas été épargnées, ce moyen d'exploration a fait aujourd'hui son chemin, et l'on peut prévoir que le temps n'est pas loin oii son emploi sera généralement répandu dans la clinique usuelle.
On dit que le célèbre Hollandais Swammerdam a eu le premier, au xvii" siècle, l'idée d'apprécier avec le thermomètre la chaleur des malades (2). Depuis lors, plusieurs mé-