‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 5)Chapitre 72 sur 232 · Biidd. — The Lancel, 1851, p · texte numérisé non relu

Biidd. — The Lancel, 1851, p

NEUVIÈME LEÇON

Étiologie de la Goutta

SoMMvtKi:. - Étude des conditions qtii préiidiMit au développement de k goutte. — Métliode qu'il convient de suivre dans les recherches de ce genre.

— Inconvénients de l'intervention prématurée des théories chimiques et physiologiques. - Nécessité de séparer les faits acquis des hypothèses qu'on cherche à leur appliquer.

Pathologie historique de la goutte. — .\ntiquité de cette maladie. — \utcurs qui en ont signalé l'existence. Diminution actuelle de la goutte. — Permanence de ses caractères. - Modifications survenues dans nos habitudes hygiéniques et leurs conséquences probables.

Géographie médicale de la goutte. — Elle réside surtout en Angleterre et à Londres. — Se rencontre cependant k un moindre degré dans quelques antres pays. — Disparaît presque complètement dans les pays chauds.

Étude analytique des causes de la goutte. — Causes individuelles: Sponl;inéité ; — Hérédité; - Sexe ;— Age ; — Tempérament, constitution. — Causes hygiéniques : Climats ; — Alimentation excessive, défaut d'exercice ;

— Travaux intellectuels. — Excès vénériens. — Boissons fermentées : aie, porter, vins, cidre. — Causes excitantes.

.\ppendice. — Des bières anglaises.

Messieurs,

Nous avons jusqu a présent étudié la goutte au point de vue des lésions qui l'accompagnent, des symptômes qui la caractérisent et des affinités qui l'unissent à d'autres maladies. Il nous reste maintenant à chercher les conditions qui président à son développement. Nous allons vous indiquer en quelques mots laméthode que nous nous proposons de suivre dans le cours de ces investigations.

128 PHYSIOLOCIH l'ATllOLOC.IQUH

Nous commencerons d'abord par l'élude empirique des l'ails qui nous sont fournis par l'observation directe, en dehors de toute préoccupation théorique; nous chercherons ensuite il interpréter ces 'données au point de vue de la physiologie actuelle; en d'autres termes, nous nous efforcerons de suivre dans leur évolution successive les modifications que peut subir l'organisme, sous l'influence des causes auxquelles l'expérience nous apprend à rattacher la goutte. Nous aurons donc à nous demander comment les changements ainsi survenus dans l'économie peuvent déterminer les divers phénomènes qui constituent l'histoire clinique de cette affection ; en un mot, nous chercherons à nous faire une idée de la 2')hysiologie pathologique de la goutte. Tel est, en effet, le couronnement de l'œuvre dans toute étude nosologique.

Mais, il faut bien le reconnaître, la séparation rigoureuse et systématique des deux points de vue que nous venons de signaler est plus indispensable que jamais dans la question qui nous occupe; car c'est surtout ici que l'intervention prématurée et téméraire des théories chimiques et physiologiques, dans l'interprétation des phénomènes morbides, pourrait contribuer à discréditer injustement ce genre d'études.

Celui qui réussirait à mettre d'accord la pathologie des anciens avec la physiologie des modernes, disait Boerhaave, serait assurément, de tous les médecins, le plus digne d'éloges (1). Mais la physiologie moderne, au temps de Boerhaave, ne répondait guère à la science que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom: et dans quelques siècles d'ici, la physiologie contemporaine pourrait bien ne plus se trouver à l'ordre du jour. 11 convient donc d'user de la plus grande réserve, et

l. Nec in inedkiuii pliiti laudis rediindure possel, qiiam ex eo labore, quo LH'Iei uni pat/iolof/iam redKjerel. ad neolericoriim p/n/siolof/iam. ( Uocrhative : Med. sliid. nicdir. l'ars l\. l'iil/iolnr/ia. p. 573.)

l'ATlIOUXill': lllSTOlUQUE HE COUTTi; i^J

de iruvuncer clans ceLLe voie qu'avecdes précautions infinies; car ce qui a manqué à nos prédécesseurs, ce n'est point le sentiment de l'importance qu'il laut accordera la physiologie dans les études médicales, ce sont des notions plus exactes et plus étendues sur les problèmes difficiles qu'ils ont quelquefois essayé de résoudre, sans en avoir mesuré toute la profondeur. - Il faut, du reste, en convenir ; l'histoire des produits de désassimilation reste encore obscure, malgré les progrès que nous avons réalisés dans l'étude des fonctions nutritives ; et l'acide urique, en particulier, ne fait pas exception à cette règle. Nous savons peu de^ chose sur les conditions qui président à sa formation régulière, et sur les circonstances pathologiques qui peuvent la modifier. Il est donc aisé de prévoir, dès le principe, que la pathogénie de la diathèse urique est encore à. l'état rudimentaire, et que, par conséquent, il est impossible de formuler aujourd'hui une théorie complète de la goutte ; tout au plus nous . est-il donné de poser çà et là quelques ; jalons qui' serviront, peut-être, à diriger les recherches des observateurs qui viendront après nous.

Nous commencerons cette analyse par un "coup d'œil rapide sur V histoire et la f/éographie de la goutte ; car, puisqu'il s'agit ici' d'une alfection' éminemment constitutionnelle, et qui se rattache essentiellement à l'état générât de l'individu, il est indispensable, pour bien en saisir les caractères, d'étudier l'ensemble. des conditions climatériques et sociales qui paraissent y prédisposer l'espèce humaine. Envisager une maladie à ce point de vue, c'est faire en grand son étiologie.

Page 1