‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 124 sur 213 · TABES DORSAL · texte numérisé non relu

TABES DORSAL

quent â être ravivés. C'est pourquoi je crois qu'il sera prudent d'attendre le contrôle d'autopsies nouvelles, avant de se- décider à dénommer la maladie d'après le caractère anatomique.

D'un autre côté, l'antique appellation Tahes dorsal, malgré la signification assez indécise qui s'y est toujours attachée, peut s'appliquer assez bien pour désigner tout au moins une affection spinale primitivement chronique qui, comme celle qui nous occupe, progresse à peu près fatalement, bien que d'une façon lente, et, en définitive, à l'exemple de l'ataxie locomotrice, avec laquelle on peut la mettre en parallèle sur plus d'un point, ne pardonne guère i. Quant a l'adjectif spasmocUque, il est destiné à faire ressortir le phénomène clinique dominant : Je veux parler de la contracture qui, presque dès l'origine, occupe les membres affectés, se montre bientôt permanente et constitue en quelque sorte, symptomatiquement, à peu près toute la maladie. Tandis, en effet, que l'ataxie locomotrice progressive, qu'on pourrait, par opposition, appeler, ainsi que je l'ai proposé, le Tabès dorsal ataxiqae, s'attaque tout d'abord au système spinal sensitif (douleurs fulgurantes, plaques d'anesth'ésie et d'hyperesthésie, etc.), et ne détermine que secondairement, du moins dans la grande majorité des cas, l'incoordination des mouvements, le tabès spasmodique, au contraire, reste limité, pendant toute la durée de son cours à l'appareil moteur. Il se caractérise surtout, en somme, dans son état de complet développement, par une contracture permanente qui s'accroît progressivement et entraîne tôt ou tard l'impuissance des membres, sans s'accompagner jamais de troubles notables de la sensibilité.

1. Tafte» rforsoZis (Sauvages. Classis. X, I, 1) ou dorsualis (Romhevg. Lehr. der Nerven-Krankh. Berlin, 1851, p. 185). La description de Eomberg, comme on sait, se rapporte à l'ataxie locomotrice. — Tabès accipitur communiter i)ro omni corporis a.\xt partis extenuatione... (B. Castelli. Lèxicon medicum. Gen 1745, art. Plithisis). ''

TABE.S DOKSAL SPASMODIQUE

Ce qui vient d'être dit suffit pour montrer que, quant à, présent, le tabès spasmodique n'a encore d'existence réelle que dans le domaine clinique, ainsi que cela a eu lieu d'ailleurs pendant longtemps pour l'ataxie locomotrice. A la vérité, il s'y présente, en général, sous des traits assez accentués pour qu'il soit, en pratique, presque toujours possible de le distinguer non seulement de la grande maladie spinale systématique qu'on appelle l'ataxie locomotrice progressive, mais aussi de la sclérose latérale amyotrophique, de la myélite transverse vulgaire, de la myélite par compression, et enfin, bien que la chose soit ici souvent fort difficile, de la sclérose en plaques de forme spinale. Il peut, en d'autres termes, être séparé de toutes ces affections spinales qui, dans la description, d'ailleurs remarquable, d'Ollivier (d'Angers), se trouvent réunies en un groupe hétérogène, sous le nom de myélite chronique \ et que l'analyse clinique, éclairée par l'anatomie pathologique, tend chaque jour à dégager successivement.

Si , en effet, entre les divers états pathologiques que j e viens d'énumérer, les analogies sont nombreuses, les points de contact fréquents, les caractères différenciels non plus ne font pas défaut. J'espère parvenir à le démontrer tout à l'heure. Mais je crois opportun, au préalable, de vous présenter un tableau où je m'attacherai à mettre en relief les symptômes dominants et le mode usuel d'évolution du tabès spasmodique. Au cours de cette description, j'aurai à chaque pas, devant les yeux, l'histoire clinique de l'ataxie locomotrice, qui nous servira en quelque sorte à accuser les contrastes .

Je vous remettrai tout d'abord en mémoire les principaux phénomènes qui marquent les premières phases de l'ataxie

1, Olliyier (d'Angers).— Tmité dea maladies de la moelle éjpinière. 3' édit. Paris, 1837, t. Il, p. 426.

Page 1