TABES DORSAL ATAXIQUE
locomotrice, j'entends parler de la forme vulgaire de la maladie, celle qui répond au type classique créé par Duchenne (dê-.Boulog-ne). — Ce sont au premier rang, vous ne l'avez pas oublié, et bien longtemps avant que ne paraisse l'incoordination motrice d'où l'affection tire son nom, des troubles divers de la sensibilité : douleurs fulgurantes et térébrantes revenant par accès et siégeant sur les membres, la face, le tronc ; douleurs permanentes fixées sur certains points -, anesthésies et hyperesthésies partielles. Les troubles dits cépha- Uques, tels que l'amblyopie ou l'amaurose, la paralysie des muscles moteurs de l'œil^ appartiennent également à cette période. Enfin l'incontinence d'urine, la dysurie, les crises gastriques, souvent témoignent déjà, dès cette époque, de la participation des nerfs viscéraux.
Tout autre est, dès l'origine, la physionomie du tabès dorsal spasmodique. Ici, le premier, et pendant quelque temps le seul symptôme, consiste dans un état parétique, portant également sur les deux membres inférieurs ou plus marqué sur l'un d'eux, et qui n'a d'autre effet d'abord que de rendre la marche, surtout le matin au sortir du lit, un peu difficile. Les malades dépeignent la situation en disant qu'ils se fatiguent vite, que leurs membres leur paraissent lourds et qu'en marchant ils traînent la jambe. A cette parésie s'adjoint bientôt une tendance plus ou moins prononcée aux spasmes musculaires.
Alors, dans la situation horizontale, au lit par exemple, les membres affectés commencent à se raidir de temps en temps sous forme d'accès, surtout dans le sens de l'extension et de l'adduction, à un plus haut degré. Ils deviennent momentanément comme des barres rigides, inflexibles. Ils sont pris souvent^ en outre, fréquemment sans cause appréciable, d'une trépidation qui tantôt reste bornée aux extrémités, tantôt se répand sur toute l'étendue du membre et peut même se com-
Chakcot. Œuvres complètes, t. II. 20
306 TABES DORSAL ATAXIQUR
muniquerau corps tout entier {Trépidation spontanée). Oeiia trépidation, le médecin peut la provoquer, pour ainsi dire a volonté, en relevant brusquement, avec la paume de la main la pointe du pied ou l'extrémité des orteils {Trépidation provoquée) . La rigidité — et l'on peut en dire autant de la trépidation — s'accuse plus encore lorsque le malade sort du lit et se tient debout. Elle gêne la marche de plus en plus à mesure que, par suite de l'aggravation progressive du mal, elle s'accentue plus fortement et tend à devenir permanente ^ -, mais ce n'est que dans les phases avancées, et souvent au bout de nombreuses années qu'elle la rend définitivement tout à fait impraticable. Je me borne à indiquer ces divers phénomènes, sans entrer dans une description en règle, parce que nous les avons étudiés longuement déjà, à propos de la sclérose en plaques où on les retrouve dans tous leurs détails^
Cependant quelle que soit l'intensité de ces symptômes appartenant à la sphère motrice, la sensibilité reste intacte : pas d'anesthésie, pas d'hyperesthésie ^ aucun trouble de la sensibilité cutanée considérée dans ses divers modes, non plus que de la sensibilité profonde ; pas de douleurs lombaires, pas de douleurs en ceinture, pas de fourmillements, d'engourdissements, de sentiment de constriction dans les membres, — ou tout au moins, ces symptômes, s'ils existent, se montrent si peu marqués qu'ils doivent être évidemment relégués sur le second plan-, — pas de douleurs fulgurantes ou térébrantes.D'un autre côté, les symptômes dits céphaliques font, eux aussi, complètement défaut-, il en est à peu près de
1 Quand la contracture est devenue permanente, elle existe même au lit ; mais elle se montre plus intense lorsque le malade veut se tenir debout et marcher S'il se tient assis sur un fauteuil un peu élevé, il arrive souvent que les jambes se maintiennent presque horizontales, à peine fléchies, et que les pieds n'ai-rivent pas à toucher le sol.
2. Leçons sur les maladies du système nerveux, 2' eait., t. l, p. mo.
TABES DOUSAL ATAXTQUE 307
môme des troubles quelque peu accentués de la vessie et du rectum. Enfinret c'est là un trait qu'il n'est pas sans intérêt de mettre en relief, les fonctions génitales qui, chez l'homme, sont dès l'orig-ine si souvent atteintes profondément lorsqu'il s'agit de l'ataxie locomotrice, continuent d'habitude à s'exercer, pour ainsi dire, jusqu'au dernier terme et à peu près dans les conditions normales, chez les sujets atteints de tabès spasmodique.
La démarcation entre les deux affections s'accuse plus profondément encore peut-être dans les phases plus avancées de leur évolution. On fait habituellement dater, vous le savez, ce qu'on est convenu d'appeler la seconde période de l'ataxie locomotrice du moment où les phénomènes d'incoordination motrice viennent se surajouter aux troubles de la sensibilité et aux autres symptômes dont nous donnions à l'instantl'énumération. C'est alors que se prononcent, a l'occasion des actes ■ volontaires, dans la station et surtout dans la marche, ces mouvements contradictoires, désordonnés, des membres inférieurs s'exagérant lorsque le malade est placé dans l'obscurité, au point de rendre parfois la progression ou la station très difficiles ou même entièrement impossibles, et dont le caractère si particulier avait déjà frappé vivement l'attention des prédécesseurs de Duchenne. Les désordres locomoteurs se dessinent aussi plus fortement dans le tabès spasmodique à mesure que la maladie progresse et s'aggrave, mais ils se caractérisent ici suivant un type tout à fait différent.
On ne trouve pas dans le tabès spasmodique ces membres souples, flexibles à l'excès, parfois même comme disloqués, ce luxe intempéré de mouvements qui prêtent à la démarche de l'ataxique son cachet spécial, et par suite desquels les pieds, en quelque sorte projetés en avant et en dehors, retombent à chaque pas, lourdement sur le sol 5 ici, au contraire, les membres inférieurs, rigides dans toutes leurs articulations, énergi-