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334 PATHOGÉNIE DES PARAPLÉGIES UÉFLEXES

soit de la vessie, soit du rectum, ne vient s'adjoindre à celle des membres inférieurs; on n'observe ni spasmes musculaires, ni contractures; la dysesthésie, comme l'anesthésie, font toujours défaut; il ne se produit ni escarres, ni troubles trophiques d'aucun g-enre; on note expressément l'absence d&> douleurs dorsales et de toute espèce de sentiment de constriction abdominale. Enfin, et c'est la un trait bien digne d'être relevé, il se produit souvent une modification rapide et parfois même une cessation complète des accidents paralytiques, sous l'influence d'un amendement dans l'aflection des voies urinaires.

En somme, Messieurs, vous le voyez, ce sont là des symptômes relativement peu accentués, lorsqu'on les compare à ceux qui relèvent de la myélite urinaire; jamais^ en effet, l'affection dont il s'agit ne met, par elle-même^ la vie en danger; il ne paraît pas que jamais elle ait abouti à la myélite, et dans les cas, d'ailleurs assez peu explicites où l'autopsie a été pratiquée, la moelle a toujours paru exempte d'altération. A la vérité, quant à présent, le contrôle de l'étude microscopique fait défaut. Mais, d'un autre côté,, la rapidité des amendements et des guérisons même observés dans nombre de cas, est telle, qu'il est fort peu vraisemblable que l'investigation microscopique eût rien ajouté aux examens faits à l'œil nu.

Toujours est-il. Messieurs, que cet affaiblissement paralytique des membres inférieurs, développé en conséquence d'une maladie des voies urinaires, est un phénomène au moins fort curieux, et il n'est pas surprenant qu'il ait occupé si vivement l'attention des physiologistes. Vous n'ignorez pas quelle a été l'interprétation proposée par M. Brown- Séquard. Elle est fondée sur un fait d'expérimentation. La ligature du hile du rein aurait pour effet de déterminer une sorte de contracture prolongée des vaisseaux de la moelle

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épinière et de ses enveloppes, et c'est en conséquence de l'anémie spinale ainsi développée par voie réflexe que se produirait la paraplégie. La validité de l'expérience a été contestée par M. GulL Je n'insisterai pas là-dessus, n'ayant a invoquer aucune expérience personnelle : mais je ne puis me dispenser de vous exposer brièvement les résultats d'expériences plus récentes, et qui, s'ils ne dévoilent pas complètement le mécanisme des paraplégies réflexes, en démontrent cependant tout au moins^ si je ne me trompe, la réalité.

Les phénomènes d'arrêt, observés en conséquence de l'irritation de certains nerfs, vous sont bien connus; vous savez comment l'irritation du nerf vague arrête le cœur, celle du splanchique paralyse l'intestin, et comment, enfin, celle du nerf laryngé supérieur suspend momentanément la respiration. Mais ce que l'on connaît moins généralement peut-être, c'est que l'irritation de certains points de la moelle ou des nerfs spinaux est capable, elle aussi, dans de certaines circonstances, d'apporter un obstacle aux fonctions régulières de la moelle, d'y abolir, par exemple, momentanément, le jeu des fonctions motrices et des actes réflexes.

Si, l'encéphale étant détruit, chez une grenouille, on irrite la moelle épinière, dans sa région inférieure, par l'application d'un caustique, les actes réflexes sont atténués, à un degré remarquable, dans les membres supérieurs, pendant tout le temps que dure l'irritation. Cette expérience appartient à M. Herzen. En voici une autre instituée par le même physiologiste : encore sur une grenouille, le cerveau et la moelle sont détruits, jusqu'au niveau du plexus brachial. Si alors on irrite par un moyen quelconque le nerf sciatique du côté gauche, par exemple, tant que l'irritation persiste, les mouvements réflexes sont abolis dans le membre inférieur du côté droit. S'il s'agit, entre autres, de l'excitation électrique,

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les mouvements reparaissent aussitôt après la cessation du courant ^ .

Les expériences de M. Lewisson^ offrent, à mon point de vue, plus d'intérêt encore peut-être que les précédentes. Une première série n'est guère que la reproduction des expériences de M, Herzen avec des variantes et quelques modifications qui rendent les résultats plus délicats, plus précis.

Nous ne nous arrêterons qu'aux faits qui touchent de plus près le sujet qui nous occupe. Un premier point, mis en lumière par cet expérimentateur, c'est la non-existence d'une paraplég-ie réflexe consécutive à l'extirpation du rein. L'expérience de Comhaire, sur laquelle on a vécu si longtemps, ne donnerait pas les résultats qui lui ont été prêtés. Mais si sur un lapin, après avoir mis à nu l'utérus, les reins, la vessie ' vide, on presse plus ou moins fortement ces divers organes entre les doigts, il se produit dans les membres inférieurs une paralysie du mouvement, laquelle persiste tant que dure la pression et même lui survit pendant quelque temps. La constriction exercée sur une anse intestinale détermine d'ailleurs ' les mêmes effets et est également suivie d'une paraplégie temporaire.

Je suis loin de méconnaître que, à beaucoup d'égards, l'application de ces résultats à l'explication des paraplégies dites réflexes, prête à la critique. On objectera entre autres que l'action paralysante, déterminée par la compression des viscères, doit nécessairement s'épuiser au bout d'un certain temps; que l'irritation des nerfs périphériques résultant de la cystite ou de la néphrite, n'est pas exactement compara--

1. Herzen. — Expér. sur les centres modérateurs de Vaction réflexe. Turin,

2. Lewisson. — Ueber Hemmung der Thatigkeît der motorischen Aervencentren durch Eeisung senaibler Nerven {Dubois' Archiv, 1869. S. 255-266)^,. — Notlinagel, — Firc/icjio's Archiv, janvier 1870; — Centralblalt, 1869> p. 623.

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ble aux effets de la compression de la vessie ou du rein. Tout cela est parfaitement juste. Mais sans aller jusqu'à admettre qu'il y ait, entre les deux ordres de faits, une complète identité, il est permis de reconnaître les analogies qui les rapprochent, et d'espérer que le fait expérimental mettra quelque jour sur la voie de l'interprétation du fait clinique.

Il existe^ ainsi que je vous l'ai annoncé en commençant, un troisième groupe de paralysies urinaires. Les cas, en fort petit nombre, qui le composent, quant à présent, sont des exemples de fausses paraplégies, en ce sens du moins que ce n'est pas la moelle qui est atteinte. Les choses se passent, en pareil cas, comme dans l'observation bien connue rapportée par M. Kussmaul^ De ce fait, une névrite descendante par propagation directe, s'était développée en conséquence d'une inflammation grave des voies urinaires, et avait occupé les plexus lombaire et sacré. Pendant la vie, outre la parésie des membres inférieurs, on avait noté l'existence de douleurs vives sur le trajet des deux nerfs sciatiques. Les cas de ce genre paraissent rares, je le répète, contrairement à l'opinion de Kemak, qui semble croire que c'est là la forme la plus habituelle des paraplégies urinaires.

Les modes pathogéniques qui viennent d être passés en revue ne sont pas d'ailleurs les seuls qui puissent être invoqués pour expliquer le développement des paraplégies consécutives aux maladies des organes génito-urinaires. C'est ainsi que dans un des cas rapportés par M. GuU, une phlébite consécutive à un abcès du petit bassin, provoqué lui-

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