‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 157 sur 213 · TROUBLES DES SENS · texte numérisé non relu

TROUBLES DES SENS

Vous venez de vous assurer par vous-mêmes, Messieurs, de l'exactitude de nos assertions pour ce qui a trait aux sens spéciaux -, vous allez être convaincus, dans un instant, que l'examen n'est pas moins concluant lorsqu'il porte sur la sensibilité générale 5 celle-ci est, je le répète, manifestement diminuée sur toute la moitié droite du corps. Le contact d'un corps froid est bien plus vivement senti à gauche qu'à droite. Le chatouillement, l'introduction d'un corps étranger dans la narine droite ne produit aucune réaction. Enfin, il y a sur tout ce côté du corps : face, tronc et membres, une analgésie des plus accentuées, puisqu'on peut plonger profondément et brutalement une grosse épingle dans ces parties, sans que la malade manifeste la moindre souffrance.

C'est là. Messieurs, comme je le rappelais tout à l'heure, une réunion de symptômes que l'on a bien souvent l'occasion d'observer dans l'hystérie et plus spécialement dans V hystérie ovarienne.

Mais, chez R..., l'hystérie cependant n'est aucunement en jeu, preuve nouvelle, s'il en était besoin, que, dans les maladies du système nerveux, comme dans toutes les autres, nul phénomène, pris isolément, ne saurait vraiment être caractéristique. C'est le mode de groupement des accidents, leur mode d'évolution, d'enchaînement, la réunion des circonstances tout entière qui sert surtout, ici comme ailleurs aux distinctions nosographiques.

b) J'aborde maintenant le second point, à savoir : l'étude des troubles moteurs que présente cette femme. Ces troubles sont très particuliers. S'ils manquent à la face, dans ce cas, ils sont très évidents au contraire dans les membres supérieur et inférieur du côté droit. Ceux-ci, je puis vous le faire remarquer de suite, n'offrent ni atrophie ni contracture, ni déformation quelconque. Nous allons maintenant les examiner successivement au repos et dans les mouvements.

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Dans les mouvements intentionnels du membre supérieur, il se manifeste une agitation choréiforme tout à fait comparable à celle que j'ai décrite dans le temps à propos de la sclérose en plaques. Tant queR... est tranquille, au repos, il n'y a, dans le membre, presque aucun désordre moteur : par contre, dans l'acte de porter un verre à la bouche, le bras est saisi de mouvements rythmiques très étendus et tels que, si on ne surveillait la malade, l'eau du verre serait violemment projetée de toutes parts. Nous verrons, dans un moment, quand elle marchera, des accidents analogues se montrer du côté du membre inférieur droit.

Ce désordre du mouvement se rapproche non seulement du tremblement de la sclérose en plaques, comme je viens de vous le dire, mais encore, à quelques égards, d'un phénomène qui s'observe ordinairement dans les cas vulgaires d'hémiplégie : je fais allusion, ici, à la trépidation qui ne manque guère d'apparaître quand les faisceaux latéraux de la moelle sont affectés de sclérose à un certain degré, pourvu, toutefois, que, la contracture étant peu accentuée, les mouvements volontaires soient à un certain degré, encore possibles. Ces mouvements choréiformes post-hémiplégiques s'éloignent, d'autre part, de l'incoordination des ataxiques, ne serait-ce qu'en ce que la vue n'exerce sur eux aucune influence.

Mais il est un caractère qui sépare foncièrement ces mouvements choréiformes du tremblement de la sclérose en plaques, de la trépidation des hémiplégiques, de l'incoordination motrice des ataxiques, etc., et qui, en revanche, les • rapproche de la chorée : c'est l'existence, alors que le malade ne veut aucun mouvement, d'une instabilité cZes membres affectés. Ces membres, dans ce cas même, — c'est un point qu'il importe tout à fait de mettre en évidence, sont t animés par des mouvements involontaires, analogues à ceux :l

CARACTÈRES CHORÉIFORMBS DKS MOUVKMENTS 363

qui, dans les mêmes circonstances, se voient dans la chorée ordinaire. Ces mouvements, comme vous le pourrez constater, sont très évidents au membre inférieur. Vous voyez, en effet, la rotule soulevée pour ainsi dire incessamment, d'une façon rythmique, par la contraction brusque et involontaire des muscles antérieurs de la cuisse, — vous voyez en même temps le pied porté tour à tour, malgré la volonté de la malade, dans l'adduction et l'abduction, puis dans la flexion et l'extension.

La main, on le constate également, ne peut rester tranquille appliquée le long du corps; elle est constamment agitée de secousses brusques et inattendues, en même temps que les doigts s'étendent ou se fléchissent sans motif.

J'ajouterai que, dans des cas absolument comparables au précédent mais plus accentués encore, ces mouvements involontaires, très étendus, constituent une agitation permanente qui fait que, en définitive, cet état en ce qui concerne du moins le caractère des troubles moteurs ne s'éloigne par aucun trait essentiel de la choréè proprement dite.

C'est donc au mot cJwrée que nous ferons appel pour désigner le phénomène en question. Bien entendu il s'agit d'un simple rapprochement et nullement d'une véritable assimilation nosographique à établir avec la chorée vulgaire {cJiorea minor) ; sans doute, la coexistence habituelle de l'hémianesthésie reconnue depuis longtemps dans la chorée ordinaire, d'après les observations de mon ancien collègue, le docteur Moynier, est encore un trait que celle-ci a en commun avec les faits qui nous occupent; mais, les caractères distinctifs abondent, d'autre part -, il me suffira de signaler, pour les cas d'hémichorée post-paralytique, la limitation exacte et indéfinie des désordres moteurs à un seul côté du corps. La préexistence d'une hémiplégie de longue durée avec flaccidité des muscles d'abord, puis mar-

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