‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 182 sur 213 · LÉSIONS DES COIIXES ANTÉRIEURES DE LA. MOELLE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES COIIXES ANTÉRIEURES DE LA. MOELLE

dans chacune des moitiés de cet organe. Elle rappelle de plus, par son mode de distribution, les dégénérations descendantes consécutives à certaines lésions en foyer de l'encéphale, bien qu'elle en diffère par certaines particularités.

Dans toute la région cervicale, elle occupe, à la partie la plus interne des cordons antérieurs, une sorte de triangle dont la base s'appuie à la commissure blanche; un des côtés du triangle longe le sillon antérieur, tandis que le sommet vient se terminer en s'effllantvers la partie moyenne de ce sillon. Ce triangle, plus large à droite qu'à gauche, cesse d'exister vers la partie inférieure de la région.

Dans les cordons latéraux, commençant en avant au niveau de l'angle externe de la corne antérieure, elle suit en dedans et en arrière le contour de la substance grise sans pénétrer dans son intérieur, tandis qu'en dehors elle est séparée de la périphérie par une bande étroite de tissu resté sain.

La partie supérieure de la région, celle qui est située immédiatement au-dessous du collet du bulbe, s'éloigne un peu de cette description. Ici, en effet, la corne antérieure est entourée de tous côtés par une sorte de couronne de tissu sclérosé. Si, des parties supérieures, on descend vers les régions dorsale et lombaire, on voit la sclérose abandonner le cordon antérieur et diminuer progressivement d'étendue dans le cordon latéral. Dans la région dorsale le cercle de tissu sain périphérique s'élargit notablement, tandis que la sclérose abandonne le contour de la corne antérieure. A la région lombaire, elle s'est éloignée de la corne postérieure et forme une sorte d'îlot situé dans la partie postérieure du cordon, et entouré de toutes parts par le tissu normal excepté en arrière, où il envoie un prolongement vers la périphérie et le point d'entrée des racines postérieures. Tout le reste de la substance blanche, et en particulier des cordons postérieurs, est exempt d'altérations. Il en est de même pour les racines antérieures dans leur trajet intra-spinal.

Substance grise. — Nous trouverons ici, exactement limitée à l'aire des cornes de la substance grise et symétriquement disposée dans les deux moitiés de la moelle, la lésion cellulaire qui a été décrite à propos du noyau de l'hypoglosse. Frappant indistinctement, et comme au hasard, les éléments des différents groupes de ces cornes, elle diminue graduellement d'étendue, à mesure qu'elle gagne les régions inférieures de la moelle. Tandis qu'au niveau du renflement cervical, c'est à peine si on peut évaluer à un cinquième du nombre total celui des cellules épargnées, à

la région lombaire, plus de la moitié a conservé les caractères de l'état normal. La colonne vésiculaire de Clarken'a pas été épargnée; la dégénération a respecté, au contraire, tous les éléments des cornes postérieures.

La névroglie n'a pas, ici plus que dans le bulbe, pris une part active au travail morbide; et l'on peut voir, sur toutes les coupes, des cellules réduites à quelques granulations pigmentaires, au sein d'un tissu parfaitement normal. Toutefois la substance grise a, sur certains points, été désorganisée dans son ensemble, et l'on peut constater dans les régions supérieures de la moelle, la présence de véritables foyers. Allongés dans le sens vertical,' ils occupent symétriquement les deux cornes antérieures, dont ils ne dépassent pas les limites. Les coupes qui passent par leur partie moyenne, ne montrent qu'une masse épaisse d'un tissu se colorant fortement par le carmin, faisant saillie au-dessus de la surface de section, et dans lequel il est difficile de distinguer aucun élément. Mais ces foyers, renflés à leur partie moyenne, vont en s' effilant à leurs deux extrémités, et c'est dans ces points qu'il convient de les examiner. On voit alors qu'ils débutent par un certain nombre de petits îlots arrondis, au niveau desquels le tissu est manifestement épaissi et rendu moins transparent, sans qu'on y remarque une multiplication évidente des noyaux de la névroglie.

PARALYSIE GLOSSO-LAUYNGÉE

JSTote sur un cas de paralysie glosso-laryngée suivi d'autopsie ; par J.-M. CnAiicoT.

(Voyez Leçok XIII, p. 249.)

Par l'ensemble des symptômes, l'observation que Je vais rapporter dans ses détails se rattache au type clinique créé par M. Duchenne (de Boulogne) sous le nom de paralysie musculaire progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres-, mais, par le côté anatomo-pathologique, elle diffère notablement de tous les cas du même genre publiés jusqu'à ce jour. C'est à ce point de vue surtout qu'elle m'a paru digne de fixer un instant l'attention du lecteur.

Observation. — La nommée Baj..., Marie-Françoise, âgée de ■68 ans, est entrée une première fois à l'Infirmerie générale de l'hospice de la Salpêtrière, le 11 avril 1868, pour y être traitée d'une bronchite légère; on n'avait pas noté, à cette époque, qu'elle eût la parole embarrassée. Cependant ses enfants affirment qu'ils a,vaient remarqué que, depuis un an déjà, elle s'exprimait de temps en temps très difficilement. Les troubles de la déglutition se seraient manifestés vers le mois de mai dernier. Toujours est-il que, depuis cette époque, il arrivait à la malade d'avaler de travers et d'être prise de violentes quintes de toux. Pendant les repas, elle rejetait, aussi, fort souvent les aliments parle nez. Une exaspération de tous les symptômes se serait produite assez brusquement, un mois environ avant la seconde admission à l'Infirmerie, laquelle a eu lieu le 10 septembre. Dana l'espace de quelques jours, l'articulation des mots serait devenue presque impossible, et depuis ce moment la difficulté d'avaler les aliments et les boissons se serait rapidement exagérée. La malade assure que cette brusque aggravation n'a pas été accompagnée d'étourdissements ou d'autres phénomènes du même genre. La faiblesse des mouvements volontaires qui existe actuellement dans le membre supérieur gaucho, et dont il sera question plus loin, re-

PARALYSIE GLOSSO-LARYNGÉB

monterait à quatre mois environ, et elle se serait prononcée lentement, d'une manière progressive.

État actuel. Le 10 septembre 1869. — L'articulation des mots est déjà tellement embarrassée que la malade ne peut réussir à se faire comprendre; tous les efforts qu'elle fait pour parler aboutissent en effet, uniformément, à la production d'un grognement sourd, àtimbre nasal. Cependant, autantqu'onpeuten juger chez un su jet qui ne peut plus s'exprimer que par signes, l'intelligence semble être parfaitement conservée. La langue n'est pas aussi inerte qu'on pourrait le croire d'après ce qui précède; elle a conservé sa forme, son épaisseur, ses dimensions normales; elle ne présente, à sa surface, aucune ride, aucune plicature anormale ; toutefois, en examinant ses bords avec grand soin, on croit apercevoir de temps à autre de légers mouvements fibrillaires. B... peut assez facilement encore la tirer hors de la bouche, la mouvoir à droite et à gauche, mais elle ne peut ni en relever la pointe, ni en appliquer la face dorsale contre la voûte palatine.

Les mouvements de l'orbiculaire des lèvres sont très notablement affaiblis. La malade ne peut figurer l'acte de donner un baiser ou de siffler, mais il lui est possible, en rassemblant toutes ses forces, d'éteindre en soufflant une bougie tenue éloignée de la bouche de plus de 10 centimètres.

La gêne de la déglutition est surtout des plus prononcées. Lorsque B... veut avaler un liquide, elle en rejette d'abord, presque toujours volontairement, une bonne partie par la bouche. Puis, portant le pouce de la main droite sur l'un des côtés du larynx, elle semble vouloir aider au mouvement d'élévation de cet organe qui bientôt va s'accomplir ; mais à peine le premier temps de la déglutition s'est-il effectué qu'il survient un état d'anxiété extrême : durant plus de cinq minutes, la malade paraît menacée de suffocation; elle ne tousse pas en général, mais elle fait entendre, à chaque inspiration un bruit laryngé sonore rappelant, jusqu'à un certain point, celui qu'on observe dans certains cas d'œdème de la glotte. Il arrive fréquemment que quelques gouttes du liquide ingéré sont rendues par le nez. La déglutition des aliments solides, ou mieux semi-liquides, est moins difficile peut-être que celle des liquides proprement dits, mais elle est le plus souvent encore troublée par les mêmes accidents.

L'examen direct du voile du palais n'y fait reconnaître aucune déformation : la luette occupe la ligne médiane et elle n'est pas pendante à l'excès : le voile membraneux paraît se contracter d'ailleurs d'une manière à peu près normale sous l'influence des titillations.

PARALYSIE GLOSSO-LAKYNGÉE

Une salive épaisse et visqueuse s'amasse constamment dans la bouche et s écoule parfois au dehors. On trouve souvent la malade occupée à rejeter, à l'aide de ses doigts introduits dans sa bouche les mucosités épaisses et les parcelles d'aliments qui s'y sont ac' cumulées. En raison de la gêne de la déglutition, l'alimentation ne se fait que d'une manière très incomplète-, la malade fait comprendre à chaque instant, par des gestes significatifs, combien il lui est pénible de ne pouvoir satisfaire sa faim. Elle est très maigre et déjà très affaiblie. En examinant l'état du système musculaire dans les diverses parties du corps, on remarque ce qui suit: les muscles de l'épaule gauche sont manifestement plus amaigris que ceux de l'épaule droite; de plus, le deltoïde est, d'une manière à peu près permanente, le siège de mouvements fibrillaires très accentués, qui se produisent spontanément ou que l'on réveille aisément lorsqu'ils cessent de se produire, à l'aide de légers attouchements. Par suite de l'affaiblissement de ces muscles, la malade éprouve de la dificulté à élever son bras et elle ne peut porter sa main gauche jusqu'au niveau de sa t)Ouche. Le bras et l'avant-bras, de ce côté, ne sont pas plus émaciés que les parties correspondantes du membre supérieur droit. Les masses musculaires y sont cependant, çà et là, le siège de quelques contractions fibrillaires. Enfin, les mouvements de préhension se font aussi bien à l'aide de la main gauche qu'à l'aide de la main droite, et il n'y a pas trace d'atrophie prédominante des muscles des éminences thénar et hypothénar.

Le membre supérieur droit est uniformément amaigri dans toutes ses parties; nulle part il n'existe d'atrophie partielle. Cependant des mouvements fibrillaires, peu accentués il est vrai, se produisent sur quelques points de son étendue, principalement à l'épaule.

Les membres inférieurs sont amaigris tous deux au même degré ; il n'y a pas de différence sous ce rapport entre le côté droit et le côté gauche. — Leurs mouvements sont normaux, seulement notablement affaiblis. B... peut toutefois se tenir debout et faire quelques pas dans la salle, mais non sans beaucoup de fatigue. A gauche, les muscles de la partie antérieure de la cuisse et ceux du mollet, sont le siège de contractions fibrillaires.

Des contractions fibrillaires s'observent aussi sur la partie cervicale du trapèze et sur les sterno-cléido-mastoïdiens. Néanmoins l'action des muscles qui meuvent la tête est assez énergique et l'attitude de celle-ci est tout à fait normale.

Il ne paraît pas exister de troubles de la vision ; les orifices pupillaires sont des deux côtés de même diamètre. Nulle part il

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