‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 30 sur 213 · TUMEURS INTRA-SPINALES · texte numérisé non relu

TUMEURS INTRA-SPINALES

peuvent, comme nous le verrons, laisser pénétrer certains produits pathologiques, nés en dehors de ce conduit osseux.

J'ai dû vous rappeler très sommairement ces notions d'anatomie topographique parce qu'il n'est peut-être pas une seule des parties que je viens d'énumérer qui ne puisse devenir le siège d'une production morbide, laquelle, par les progrès ultérieurs de son évolution, pourra entrer en contact avec la moelle é pinière et exercer sur elle une compression plus ou moins accusée.

Il suit de là : 1° que des produits ayant débuté en dehors du canal rachidien pourront s'introduire dans ce canal par la voie des trous de conjugaison; 2° que d'autres pourront se développer : a) dans les os ou le périoste -, b) dans le tissu cellule -graisseux extérieur à la dure-mère (périméninge) -, c) aux dépens des racines et des troncs nerveux ; cl) dans la dure-mère ou dans l'arachnoïde et la pie-mère-, e) enfin dans la moelle elle-même.

Envisageons tout d'abord les produits morbides qui prennent naissance dans la moelle elle-même. Cest là. Messieurs, dans l'espèce, un groupe véritablement à part, car le mécanisme suivant lequel elles engendrent la paraplégie ne peut pas être assimilé sans réserve à celui qui préside à la compression de dehors en dedans. En effet, le plus somment, les néoplasies qui composent les tumeurs se substituent lentement aux éléments nerveux plutôt qu'elles ne les compriment mécaniquement. D'un autre côté, vous comprenez sans peine que les effets, dus à la présence de ces tumeurs, se traduisent nécessairement, dès Voricjine, par des symptômes en rapport avec l'interception des fibres nerveuses spinales, tandis que ces phénomènes, dans les cas de productions mor-

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bides, nées en dehors de la moelle, ne se manifesteront que tardivement : d'où un premier caractère distinctif que je me contente de relever pour l'instant, et dont nous retrouverons l'application par la suite.

Tumeurs intra-s2.)inales. — Nous nous bornerons, au sujet de ces tumeurs, à une brève énumération parce que, en somme, elles sont plutôt rares.

a) Le gUôme vient en première ligne, non en raison de sa fréquence, car c'est une lésion exceptionnelle, mais parce qu'il s'agit là d'une production pour ainsi dire spéciale à la région : en effet, le cerveau et la moelle sont surtout les organes où, jusqu'ici, on l'a rencontré.

Toute tumeur, vous le savez, d'après la loi de MûUer, a son paradigme, son type physiologique. Or, ici la névroglie est le tissu normal aux dépens duquel se développe la tumeur désignée sous le nom de gliôme et dont elle reproduit les caractères.

Il se présente sous l'aspect de masses molles, grisâtres, rappelant par leur coloration et tous leurs autres caractères, la substance grise des centres nerveux où, d'ailleurs, ils naissent de préférence. Les gliômes ne sont pas des tumeurs bien délimitées, énucléables ; ils se confondent avec le tissu nerveux par des nuances insensibles. Cependant le gliôme est une tumeur dans l'acception vulgaire du mot, et c'est là un trait qui le différencie des foyers de sclérose avec lesquels il a tant d'analogies, car les parties qu'il a envahies (dans le cerveau, les couches optiques par exemple) se tuméfient d'une manière remarquable, tout en conservant leur forme.

Histologiquement, nous retrouvons dans ces tumeurs des caractères qui rappellent la sclérose, car elles sont presque e^îclusivement constituées par des éléments nucléaires et cellulaires nombreux qui ne sont autres que des myélocites en-

88 TUBBKCULB, SARCOME, UOMMB, ETC.

g-lobés dans une substance amorphe finement granuleuse. Sous l'influence de l'acide chromique, cette substance amorphe, intermédiaire,, se décompose, si l'on peut ainsi dire, en une infinité de minces fibrilles, offrant une grande ressemblance avec ce qu'on observe dans la sclérose confirmée. Mais, nulle part, et c'est là une différence fondamentale, on ne reconnaît la disposition alvéolaire propre au réticulum de la ^ névroglie et, de plus, les éléments nerveux font absolument défaut.

Je n'insisterai pas davantage sur le gliôme car, par rapport à la moelle, son actif se réduit, pour le moment, à trois ou quatre faits plus ou moins incomplets. Je ne puis toutefois m'abstenir de mentionner la particularité suivante : le g-liôme est une production très vasculaire et les vaisseaux qui la traversent sont plus spécialement sujets à se rompre; de là des inondations sang'uines, variables en étendue, au sein de la tumeur. Ces hémorragies pourront se révéler pendant la vie par des accidents subits et, après la mort, donner le change en faisant croire qu'il s'agit d'une hématomyélie primitive, affection rare et dont la réalité même a pu être mise en doute.

h) Après le gliôme, je citerai le tubercule solitaire qu'il est possible de considérer comme une des tumeurs intra-spinales les plus fréquentes. Il coïncide, en général, avec des tubercules développés dans d'autres organes.

c) Les diverses variétés du sarcome et du carcinome ne se moi; rent g-uère d'emblée dans la moelle elle-même.

d) La gomme ou syphilome est aussi un produit morbide peu commun, en tant que tumeur intra-spinale. Il existe dans la science environ trois ou quatre exemples de ce genre et encore sont- ils le plus souvent insuffisamment relatés. J 'espère néanmoins vous montrer, Messieurs, à propos d'un fait qui s'est offert récemment à mon observation, qu'on

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peut, les circonstances aidant, reconnaître avec quelque précision durant la vie, la présence dans la moelle d'une lésion syphilitique.

e) Je ne veux pas abandonner le groupe des tumeurs intraspinales sans signaler à votre attention la dilatation kystique que présente quelquefois le canal central de la moelle épinière. Dans un cas de Gull, et dans quelques autres, cette lésion s'était traduite, du vivant du malade, par une parésie avec atrophie musculaire des membres supérieurs. La dilatation, dans ces cas, intéressait presque toute l'étendue en longueur du renflement cervical de la moelle. Le dernier phénomène, atrophie musculaire, se comprend aisément^ puisque, en se développcint, le canal dilaté doit en quelque sorte infailliblement déterminer une compression plus ou moins forte des cornes antérieures de la substance grise.

Tumeurs Xirimitivement développées dans les méninges. — Messieurs, on peut dire avec M. Gull que la majorité des tumeurs qui se développent primitivement dans les méninges appartiennent aux néoplasies bénignes. Le carcinome ne figure là que très accessoirement à titre, du moins, de tumeur primitive. C'est sur la dure-mère et principalement sur sa face interne que naissent la plupart des [produits morbides, sessiles ou pédiculés, qui n'acquièrent pas, d'ordinaire, un grand volume. Leurs dimensions égalent, leplus'souvent, celles d'un haricot, d'une cerise, ou tout au plus d'un petit œuf.

Nous mentionnons parmi les plus communes : 1° les diverses variétés de sarcome, comprenant le sarcome fuso-ceilulaire et le sarcome médullaire ou a cellules rondes ; 2° le psammome ou tumeur arénacée, qui mérite de nous arrêter un instant, parce qu'il s'agit là d'un produit propre à la

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région : c'est le sarcome angiolithique de MM, Ranvier et Cornil. La tumeur se compose de petits amas calcaires arrondis ou mûriformes, enveloppés de cellules accolées les unes aux autres et qui rappellent, par leur disposition, les globes épidermiques. Le type physiologique est représenté par de petites tumeurs fort analogues qui existent, à l'état normal, à la surface de la dure-mère crânienne et sur les plexus choroïdes. Dans la boîte crânienne, leur volume est rarement assez considérable pour déterminer des symptômes de compression ; mais, dans le canal rachidien, alors même qu'elles n'atteignent pas le volume d'un haricot, ces tumeurs, placées à l'étroit entre la dure-mère et la moelle, occasionnent promptement l'aplatissement du cordon nerveux et les phénomènes qui en sont la conséquence.

3° Je ne puis me dispenser de mentionner, en passant, l'existence des échinocoques, développés entre le feuillet viscéral de l'arachnoïde et la pie-mère, ainsi que le démontrent différents faits, entre autres ceux de Bartels et d'Esquirol.

4° Enfin, à propos de la dure-mère, j'appellerai votre attention sur des néoplasies inflammatoires capables de donner lieu aux phénomènes de la compression spinale lente, bien qu'il ne s'agisse plus, en pareille circonstance, de tumeurs dans l'acception rigoureuse du mot. Ce sont : 1° la pachyméning lté interne qui, ici comme dans le crâne, peut devenir le point de départ d'un hématome (cas de Kûhle)^^ 2° une forme de la pachyméningite particulièrement fréquente au renflement cervical et qu'on pourrait appeler liypertroxJhique, car elle consiste surtout en un épaississement souvent énorme de cette membrane. Communément aussi, les autres méninges participent à l'altération. Le canal membraneux que forment les méninges se rétrécit, la moelle se trouve comme étranglée par ses enveloppes hypertro-

1. Kiilile. — GreefsioaldermedizmischeBeUrage,'i Bd. Dantzig, 1863, p. 8.

LÉSION DU TISSU CELLULO-GEAISSEUX »!

phiées qui, elles, subissent à un moment donné une sorte de rétraction s'effectuant par un mécanisme spécial et qui diffère de la compression ordinaire. L'affection qui produit ces accidents n'est pas rare, et il est possible de la reconnaître pendant la vie, à l'aide de certains caractères. Aussi mérite-t-elle, à tous les ég-ards, une étude particulière que nous entreprendrons dans une des séances prochaines^

De son côté, le tissu celMo-graisseux du rachis donne également naissance à des productions morbides qui, en progressant, arrivent à comprimer la moelle médiatement, en refoulant la dure-mère.

J'ai vu plusieurs fois le carcicome occuper cette région dans certains cas de cancer du sein ; d'autres tumeurs, et en particulier le sarcome, les kystes hydatiques, peuvent y avoir leur siège primitif. Selon Traube, il se forme aussi dans ce tissu cellulo-graisseux des abcès qui, se faisant jour k travers les trous de conjugaison, viendraient apparaître sur les bords du rachis. Mais, en général, c'est une marche inverse que l'on observe : Des tumeurs de diverse nature, nées en dehors du rachis, dans son voisinage cependant, s'avancent vers l'intérieur, par le trajet naturel que constituent les trous de conjugaison et pénètre dans le canal rachidien. Tels sont les kystes hydatiqiLes, signalés par Cruveilhier-, les dbcesprévertébraux, ceux par exemple qui se développent en arrière du pharynx et qu'on désigne quelquefois, en Allemagne, sous le nom à'Angîna Ludovici, du nom de l'auteur qui, le premier, les a bien décrits. D'autres fois, ces produits s'ouvrent une voié par un mécanisme différent. Ils s'introduisent dans la cavité rachidienne par un chemin plus large, sinon

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