CURABILITÉ DU MAL DE POTT
ressources de la nature et de Tart? Une moelle aussi profondément altérée ne peut-elle pas reprendre en tout ou en partie ses fonctions, en même temps, bien entendu, qu'elle récupérerait, la cause comprimante venant à cesser, tout ou partie de sa texture normale?
Il n'est pas douteux que cela puisse avoir lieu pour le mal de Pott et très vraisemblablement il en serait de même pour le cas des tumeurs s'il n'était de la nature de celles-ci de ne point rétrograder.
La curabilité du mal de Pott, bien établie en particulier par MM. Bouvier et Leudet<, dans les cas mêmes où elle entraîne la paraplégie, permettait déjà de prévoir qu'il en serait ainsi.
A la vérité, quelques auteurs classiques semblent croire qu'une fois déclarée, la paraplégie, par mal de Pott, ne rétrograde guère ; ils signalent seulement les cas dans lesquels la paralysie des membres supérieurs, après avoir été plus ou moins prononcée, s'amende ou disparaît même complètement, à mesure que se développe sur un point du corps un abcès par congestion.
Ces assertions vous donneraient. Messieurs, une très fausse idée de l'avenir de la paraplégie par mal de Pott. Il est notoire, dans cet hospice, que la paraplégie par mal de Pott guérit souvent, le plus souvent peut-être, dans les conditions où nous l'observons, alors même que les symptômes qui ne permettent pas de douter de l'existence d'une myélite invétérée, se sont manifestés de la manière la plus évidente et datent déjà de loin.
Je ne saurais dire si le mal de Pott, qui guérit en pareil cas, appartient plus spécialement à l'une ou à l'autre des formes décrites par M. Broca. Tout ce que je puis affirmer c'est qu'il s'agit là de sujets qui ont surmonté les premières phases du
1. Leuclct. — Curabilité des accidents xtaralijtiques consécutifs au mal vertébral de Pott. {Huc. de biolog., 1862-63, t. IV, p. 101.)
CUEABILITÉ DU MAL DE POTT -LUi)
mal, et dont la santé générale est satisfaisante. Ce que je puis assurer aussi, c'est qu'aucune de ces malades n'a eu d'abcès visibles à l'extérieur. En dehors de cela, je le répète, la paralysie peut s'être montrée aussi complète que possible, accompagnée d'insensibilité, de contracture permanente, et avoir persisté sans amendement pendant des mois ou des années même.
Je puis vous présenter deux malades chez lesquelles cet heureux résultat a été obtenu. L'une d'elles a été complètement paralysée des membres infériéurs pendant dix-huit mois, l'autre durant près de deux ans. Toutes les deux, naturellement, ont conservé leur gibbosité- mais toutes les deux ont retrouvé l'entier usage de leurs membres inférieurs : depuis deux ou trois années, elles marchent sans fatigue et peuvent faire de longues courses. Elles ne conservent pas, en d'autres termes, le moindre reliquat de leur paraplégie. J'ai observé déjà, soit dans cet établissement, soit ailleurs, cinq ou six faits semblables. En pareille circonstance, la guérison me paraît due a l'intervention de l'art : c'est à la suite de l'application de pointes de feu sur la gibbosité^ de chaque côté des apophyses épineuses^ que survient la guérison. Je ne crois pas qu'on puisse voir là, dans tous les cas, une simple coïncidence; c'est en quelque sorte un résultat prévu, annoncé.
Eh bien, dans quel état a été la moelle au niveau du point comprimé chez ces sujets, ou mieux dans quel état est-elle encore? Je crois pouvoir vous donner à ce sujet des éclaircissements satisfaisants. Les altérations que nous avons observées chez une femme nommée Dup.., qui a succombé récemment à une coxalgie, alors que sa paraplégie était guérie depuis plus de deux ans, serviront à la démonstration.
La moelle, chez cette femme, au niveau du point où avait eu lieu la compression, en conséquence du mal de Pott, n'était pas plus grosse que le tuyau d'une plume d'oie et corres-