EXAMEN MACROSCOPIQUE
Mais, et il importe de le remarquer dès l'origine, s'il est vrai que l'ataxie locomotrice progressive se rattache, ainsi qu'on l'a dit, à la sclérose postérieure comme « l'ombre se rattache au corps », il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'en appelant sclérose des cordons postérieurs l'ataxie locomotrice, vous vous trouviez en possession d'une définition adéquate.
Il n'en est certainement pas ainsi, et j'espère qu'il me sera facile d'établir sur des faits les propositions suivantes que je me borne pour le moment à énoncer sommairement :
1° Les cordons postérieurs sont quelquefois atteints de sclérose dans une grande partie de leur étendue, sans que les symptômes de l'ataxie en soient la conséquence;
2° Certaines lésions de la moelle, primitivement développées en dehors des cordons postérieurs, peuvent, à un moment, les envahir dans une hauteur variable et produire accidentellement quelques-uns des symptômes de l'ataxie que j'appellerais volontiers symptômes tabétiques; mais ce n'est pas là véritablement l'ataxie locomotrice progressive.
3° En effet, celle-ci évolue avec un appareil de symptômes se succédant dans un ordre déterminé, toujours le même ou peu s'en faut; c'est une maladie à part, autonome. La lésion à laquelle sont liés les symptômes occupe, en réalité, les cordons postérieurs, mais elle occupe systématiquement, dans ces cordons, une partie circonscrite, fixe, toujours la même : c'est ce dernier point que nous allons tout d'abord chercher a mettre en évidence.
Entrons donc de plein pied dans Vanafomie pathologique. L'étude anatomique des scléroses spinales comporte, vous le
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savez, d'une manière générale : 1° l'examen à l'œil nu; 2° l'examen microscopique tour à tour sur des coupes fraîches et sur des coupes durcies par divers procédés. Nous serons bref sur les résultats de l'exploration macroscopique dans l'ataxie, car elle est évidemment insuffisante, frappée, dès l'origine, de stérilité. En effet, dans les cas récents, elle ne dénote aucune altération et, dans les cas anciens, elle ne nous donne pas les moyens de préciser exactement le siège de la lésion, pas plus que sa nature. Elle nous enseigne simplement qu'il y a une induration grise. C'est tout et ce n'est pas assez.
N'oublions pas cependant que, malgré ses imperfections, c'est à ce mode d'examen que nous devons la découverte de la sclérose des cordons postérieurs. Et si je relève ce fait, en passant, c'est parce qu'il est une conquête toute française, remontant à la grande époque anatomo-pathologique inaugurée par Bayle et Laennec et continuée par Cruveilhier. Dès 1827, Hutin montrait à la Société anatomique un spécimen de la dégénération gélatiniforme des cordons postérieurs. Puis, vinrent Monod et Ollivier (d'Angers) ; mais, dans ces communications, les symptômes ne pouvaient être mis en regard des lésions-, aussi, ces observations n'éveillèrent-elles guère l'attention qu'à titre de curiosités anatomiques. Ce n'est que plus tard, qu'aux symptômes de l'ataxie^ définitivement coordonnés par M. Duchenne (de Boulogne), on parvint à rattacher l'induration grise des cordons postérieurs et montrer que la maladie, considérée d'abord comme exceptionnelle, est, en réalité, très commune.
Outre les altérations des cordons postérieurs; l'anatomie macroscopique a décelé : 1° celle des racines postérieures (atrophie)-, 2° celle des méninges (méningite spinale postérieure)-, 3° celle des différents nerfs cérébraux, et entre autres, des nerfs optique, moteur oculaire, hypoglosse (atrophie et dégénération grise). Disons aussi, d'une ma-
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nière générale, qu'elle a permis de constater que les lésions sont plus prononcées à la région cervicale lorsque les symptômes prédominent aux membres supérieurs, et à la région lombaire dans la forme commune, c'est-à-dire quand les phénomènes morbides sont accusés, surtout dans les membres inférieurs. Ajoutons enfin que l'envahissement des cordons latéraux par l'induration grise n'avait pas échappé à ce procédé d'examen. Toutefois, je le répète, l'anatomie macroscopique ne fournissait aucun renseignement sur l'état de la substance grise, sur la localisation exacte de la lésion, sur la genèse et la nature du processus morbide, et sur bien d'autres points encore.
L'étude de la moelle épinière, à l'aide des grossissements, a seule le pouvoir de combler les desiderata que nous venons de signaler. Ses procédés sont applicables, d'ailleurs, à divers points de vue. Elle peut, en premier lieu, se proposer de remonter jusqu'aux éléments anatomiques eux-mêmes, et de rechercher les modifications qu'ils subissent aux diverses phases de l'évolution du processus morbide. C'est ainsi qu'on a reconnu que la lésion des cordons postérieurs, dans l'ataxie locomotrice progressive, est une des formes de la sclérose des centres nerveux.
La sclérose ou induration grise des centres nerveux répond, vous ne l'avez pas oublié, à l'un des modes de l'inflammation chronique primitive. Un de ses traits les plus saillants, c'est l'hyperplasie avec métamorphose fibrillaire de la névroglie s'effectuant aux dépens des éléments nerveux ou s'opérant, tout au moins, parallèlement à la destruction de ces éléments.
Je n'insisterai pas pour montrer que, en ce qui concerne
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les caractères histologiques, l'induration grise, dans l'ataxie locomotrice, ne diffère en rien d'essentiel de ce qu'elle est dans la sclérose en plaques ou dans la sclérose symétrique des cordons latéraux, par exemple. La question paraît aujourd'hui définitivement résolue, et personne n'admet plus, je pense, qu'il s'agisse là, comme l'ont avancé quelques auteurs, M. Leyden entre autres, d'une atrophie simple. La méningite spinale, qui coexiste si fréquenament avec la sclérose des faisceaux postérieurs, dans l'ataxie, et qui se montre toujours, en pareil cas, exactement limitée à la surface de ces faisceaux, fournirait encore au besoin un nouvel argument en faveur de la nature irritative de l'altération. Mais il est un point sur lequel il paraît impossible de se prononcer, quant à présent, d'un manière définitive : quel est le foyer originel de cette lésion irritative? Est-ce la névroglie? Est-ce au contraire l'élément nerveux? J'avoue que, considérant comment l'altération reste confinée, en quelque sorte systématiquement, dans l'aire des faisceaux postérieurs, dont elle ne franchit les hmites que dans les circonstances exceptionnelles, je ne puis m'empêcher d'incliner fortement vers la seconde hypothèse. L'irritation parenchymateuse serait donc le fait initial-, l'irritation interstitielle serait secondaire. Je trouverai peut-êtee, chemin faisant, l'occasion de signaler à votre attention quelques autres données qui viennent à l'appui de cette manière d'envisager les choses.
On peut encore, ainsi que nous l'avons annoncé, diriger à un autre point de vue l'étude de la moelle faite à l'aide des grossissements. Il existe, en effet, une sorte à'anatomie topographique microscopique^ dont l'objet est d'examiner les parties dans leurs rapports naturels, sans destruction, sans
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dilacération. 11 s'agit alors, principalement^ de reconnaître d'une façon exacte, dans l'aire des faisceaux blancs, ou dans les divers départements de la substance grise, quelle est l'étendue, la configuration, la répartition exacte des altérations, de suivre leur mode d'extension, lorsque, débordant au delà de leur foyer primitif, elles se propagent aux régions voisines ou se communiquent même à des régions éloignées.
On doit, si je ne me trompe, à ce mode d'investigation une bonne partie des progrès récemment accomplis dans l'histoire, longtemps presque inextricable, des maladies spinales chroniques. Ce résultat était d'ailleurs facile à prévoir. L'expérimentation sur l'animal, malgré ses procédés comparativement grossiers, avait suffi cependant pour mettre hors de doute que, dans ce cordon mince qu'on appelle la moelle épinière, il existe, pour ne parler que des faisceaux blancs, plusieurs régions répondant à autant d'organes dont les fonctions, malgré l'analogie de composition, sont tout à fait distinctes. Ainsi les faisceaux latéraux sont tout à fait distincts physiologiquement des faisceaux postérieurs. Dans la substance grise elle-même, il y a lieu, vous le savez, d'établir, à ce point de vue, un certain nombre de circonscriptions plus ou moins nettement séparées.
La pathologie, à son tour, était venue confirmer, d'une manière générale, ces données, en montrant qu'une lésion, limitée à tel ou tel de ces départements, se traduit chaque fois par un ensemble particulier de symptômes; mais elle devait encore, de nos jours, avec l'aide des nouveaux moyens d'étude anatomique, aller plus loin, devancer sur plusieurs points l'expérimentation. Celle-ci, en effet, même entre les mains de l'opérateur le plus habile, pourra-t-elle jamais, dans un organe aussi délicat que l'est la moelle, aussi difficile à atteindre, déterminer des lésions exclusivement bornées, par exemple, à certains groupes de cellules nerveuses,