‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 72 sur 213 · PARALYSIE INFANTILE · texte numérisé non relu

PARALYSIE INFANTILE

Mais il est temps, Messieurs, de laisser ces considérations préliminaires, trop générales pour n'être pas un peu vagues, et d'entrer dans l'analyse des faits. Nous choisirons comme étalon la maladie singulière qu'on désigne vulgairement sous le nom de paralysie infantile. C'est là, en effet, l'un des types les plus remarquables du groupe : les caractères spécifiques s'y montrent accusés de la manière la plus frappante ; partant, dans l'espèce, la^ paralysie infantile peut être présentée comme une maladie d'étude; car si nous réussissons à bien faire ressortir devant vous les traits les plus saillants de son histoire, la tâche qu'il nous restera à accomplir sera, vous le reconnaîtrez, je pense, rendue facile.

Vous n'ignorez pas qu'il s'agit là d'une maladie propre jusqu'à un certain point à l'enfance. En effet, c'est entre un an et trois ans qu'elle se développe le plus souvent ^ Après cinq ans, les cas sont rares ^, après dix ans ils sont tout à fait exceptionnels ^ Mais il importe de reconnaître, Messieurs, qu'on peut voir se développer chez l'adulte, et même dans l'âge mûr, une affection qui ne diffère en rien d 'essentiel de la paralysie infantile, de telle sorte que, à côté de \aparalysie spinale de l'enfance, il y a lieu de faire une place pour la par alysie spinale de l'adulte. C'est là un point que M. Duchenne (de Boulogne) a bien mis en lumière, que d'autres observateurs ont reconnu avec lui*, et que je relèverai à mon tour.

1. Lalborde. — De la paralysie (dite essentielle) de l'enfance. Paris, 1864 p. 98.

2. Laborde, loc. cit., p. 63. — Heine. — Spinale Kinderlàhmung, 2* AuH. Stuttgart, 1860, p. 60.

3. Duchenne (de Boulogne) file. — De la paralysie atrophique graisseuse de l'enfance. Paris, 1864, p. 21.

4. Duchenne (de Boulogne). — De l'électrisation localisée, 3« édit. 1872, p. 437. — M. Meyer. — Die Electricitat und ihre Anwendung, etc. Berlin 1867, p. 210. — Koberts. — In Reynold. A system of medicine, p. 169.

MODES d'invasion

Je vais rapporter en quelques mots les symptômes qui caractérisent cette affection et, pour plus de clarté, nous reconnaîtrons dans notre description l'existence de deux périodes.

Première période. 1° Le mode d'invasion de la paralysie infantile est, vous le savez, des plus remarquables. La maladie a un début brusque, soudain, annoncé le plus souvent par une fièvre intense, avec ou sans accompagnement de convulsions, ou d'autres symptômes cérébraux et quelquefois de contractures passagères.

Cette fièvre initiale, que nous venons de signaler à votre attention, s'observe, je le répète, chez la plupart des enfants; toutefois, elle peut, paraît-il, faire absolument défaut'.

Quoi qu'il en soit, les symptômes paralytiques s'accusent d'emblée, du jour au lendemain, et dès l'origine, ils ont acquis leur summum d'extension et d'intensité. Ces symptômes paralytiques offrent de grandes variétés de siège. La paralysie est parfois absolue, complète, intéresse les quatre membres ou trois d'entre eux; — ou bien elle n'affecte qu'un seul membre inférieur, ou encore l'un des membres supérieurs^; — d'autres fois, très rarement à la vérité, elle frappe exclusivement les deux membres supérieurs^, enfin, il est des cas où la paralysie, atteignant seulement les membres inférieurs, revêt la forme paraplégique.

En résumé, on observe ici une paralysie complète, absolue, avec flaccidité des membres, avec abolition ou diminution de l'excitabilité réflexe, mais — et c'est là un point sur lequel j'insiste encore — sans qu'il y ait trace d'obtusion de la sen-

1. R. Volkmann. — Ueber Kinderlahmung und parahjtische Contracturen, in Sammhmg Klinîscher Vortrage, n» 1, Leipzig, 1870, p. 3 et 4.

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