‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 85 sur 213 · ALTÉRATIONS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS SECONDAIRES

, Pour ce qui concerne la seconde proposition, je ferai ressortir ce qui suit : Si, sur certains points, les lésions de la névroglie envahissent la plus grande partie de la substance grise et s'étendent même parfois aux parties adjacentes des cordons antéro-latér-aux, il n'en est pas moins vrai

Fig. 10. — Coupe de la moelle faite à la région lombaire. — A, corne antérieure gauche, saine. — a, noyaii ganglionnaire sain. — B, corne antérieure droite. — b, noyau ganglionnaire médian dont les cellules sont détruites et qui est représenté par un petit,foyer de sclérose.

que, sur d'autres, elles restent exactement limitées aux cornes antérieures, qu'elles n'occupent même pas toujours dans toute leur étendue ; on les voit, en effet, quelquefois se localiser exactement et comme systématiquement dans l'espace ovalaire très circonscrit qui correspond k un groupe ou agrégat de cellules motrices {Fig. 10). Comment concevoir

LÉSIONS DE LA NÉVKOGLIE loO

que cela puisse être, si l'altération avait son point de départ dans le tissu conjonctif intermédiaire aux éléments nerveux? N'est-il pas plus vraisemblable qu'elle prend origine dans des organes spéciaux, doués de fonctions propres, comme sont les grandes cellules nerveuses dites motrices? C'est ainsi que, suivant la théorie émise par M. Vulpian, théorie à laquelle j'adhère complètement, les scléroses systématiquement limitées aux cordons postérieurs doivent être rattachées à une irritation occupant primitivement les tubes nerveux qui entrent dans la composition de ces faisceaux.

Il est des circonstances, d'ailleurs, — et l'observation de AVilson peut être rappelée à ce propos — où, sur certains points, l'altération d'un certain nombre, voire même d'un groupe entier de cellules nerveuses, est la seule lésion que l'examen histologique permette de constater ^ la trame conjonctive ayant, dans ces points-là, conservé la transparence, et, à peu de chose près, tous les caractères de la structure normale. Dans d'autres régions, les lésions de la névroglie pourront se montrer plus accusées vers les parties centrales d'un agrégat de cellules nerveuses que dans les parties périphériques ; beaucoup plus accentuées également au voisinage immédiat des cellules que dans les intervalles qui les séparent ; de telle sorte que ces dernières paraissent comme autant de centres ou foyer, d'où le processus morbide aurait rayonné, à une certaine distance, dans toutes les directions.

On ne saurait admettre, d'un autre côté, que l'irritation se soit originellement développée sur les parties périphériques, et qu'elle ait remonté ensuite jusqu'aux parties centrales par la voie des racines antérieures des nerfs rachidiens, car ces .derniers, en général, — c'est là un point que MM. Parrot et .Joflfroy ont bien mis en lumière, — ne présentent au niveau (les régions altérées de la moelle épinière, dans les cas récents, que des lésions relativement minimes et nullement propor-

^OO TKAKSKORMATIONS FIBROÏDES

tionnées, quant à l'intensité, aux lésions de la substance grise.

Il nous paraît évident, d'après tout ce qui précède, que les cellules nerveuses motrices sont bien réellement le siège primitif du mal. Le plus souvent, sans aucun doute, le travail d'irritation gagne secondairement la névroglie et s'étend de proche en proche aux diverses régions des cornes antérieures, mais cela n'est nullement nécessaire. A plus forte raison, il faut considérer, comme un fait consécutif et purement accessoire, l'extension, observée dans certains cas, du processus morbide aux faisceaux antéro4atéraux.

La lésion en question des cellules nerveuses, à en juger d'après le caractère des altérations que présente la trame conjonctive, serait de nature irritative^ mais c'est là un point sur lequel l'examen direct, purement anatomique, ne peut, quant a présent du moins, nous renseigner. De même, en effet, que cela arrive pour les tubes nerveux, les cellules nerveuses irritées s'atrophient et, au dernier terme du processus, disparaissent sans que le mode de l'affection dont elles sont le siège, se révèle par des caractères spéciaux.

Un mot, en terminant, relativement à ces altérations de la trame conjonctive, qui, suivant moi, seraient un fait secondaire, consécutif à l'affection des cellules nerveuses. Dans les cas de date ancienne, elles consistent principalement en une métamorphose fibrillaire ou fibroïde du réticulum, avec disparition plus ou moins complète des tubes nerveux et condensation du tissu -, mais ce sont là seulement les derniers vestiges d'un processus morbide depuis longtemps éteint, et il est difficile de préjuger ce que peuvent être les altérations dans les premières phases. Il est assez vraisemblable toutefois qu'on trouverait là les caractères histologiques de la myélite aiguë avec multiplication des myélocytes

MYÉLITE DESTRUCTIVE 187

et des noyaux des gaines vasculaires, telle, en un mot, qu'elle a été décrite par Frommann et par Mannkopf. L'existence des foyers de désintégration, signalés dans l'observation de Clarke et dans quelques-unes de celles que nous avons recueillies récemment à la Salpêtrière, montre que, par places, le tissu enflammé peut subir une véritable dissociation , les cas de M. Damaschino établiraient même qu'on peut, sur les points de la moelle le plus profondément atteints, rencontrer tous les caractères de la myélite destructive avec formation d'un foyer de ramollissement rouge avec lésions vasculaires, corps granuleux et le reste. Quoi qu'il en soit, vous comprenez aisément, Messieurs, que rien dans tout cela ne vient infirmer la théorie d'après laquelle Vax)pareil des cellules nerveuses motrices serait le premier foyer et comme le point de départ du processus inflammatoire.

Il me reste à mettre les symptômes en présence des lésions et à rechercher comment ceux-là dérivent de celles-ci; c'est ce que j'essaierai de faire prochainement.

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