SCÈNE II
MADAME DE SELMAR, seule. Oh! les vilains jeunes gens! que d'inquiétude, que de chagrins ils nous donnent! Un mari, ou un amant, passe encore... ils se cachent, on n'en sait rien ; mais un frère! c'est terrible... parce qu'enfin, sans connaître au juste, on se doute toujours...
Air du Petit Courrier.
Que n'ai-je plutôt une sœur!
On a bien, quand elle est sensible, A craindre l'amour : c'est terrible !
Mais on peut défendre son cœur ; On peut, sans être bien habile, L'instruire contre les amants; A son élève on est utile, Et l'on s'exerce en même temps.
Mais Édouard, je ne peux pas le suivre, ni savoir par moi-même... Dieu! j'y pense maintenant; ces derniers mots qui lui sont échappés : Je ne pourrais pas partir sans l'embrasser. Pourquoi partir? auraitil quelque duel, quelque affaire d'honneur? A qui me confier? Ne connaissant personne, presque étrangère dans mon pays, je crains de hasarder quelque démarche qui ne soit pas convenable. N'importe, mon frère est en danger; et quoi qu'il arrive...