‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1031 sur 1121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ROLAND, LORD GUINSBOURG.

roland, entrant le premier. Eh bien! Milord, entrez donc. N'ayez pas peur : c'est moi qui vous présente, je suis toujours invité.

guinsbourg, baragouinant. Me voici donc chez elle... je été tout tremblant.

CORALY.

madame de sklmar. Monsieur, tous vous trompez. — Scène 17.

roland. J'cîais venu ce matin à pied, en philosophe, par delà la barrière de l'Étoile; et me trouvant près de Neuilly, je suis entré ici un instant, en ami de la maison. Mais que diable faisiez-vous donc en dehors, à la porte du parc, à regarder les murs en soupirant?

guinsbourc. C'est que, voyez-vous, messie Roland, je été amoureux... vérilèble; et miss Coraly, elle rendait moi malheureux beaucoup.

roland. Vous n'êtes pas le seul : Coraly est charriante, vive, aimable, spirituelle. De toutes les nymphes de l'Opéra, c'est la plus séduisante et la plus sage... et c'est là le mal : parce que, voyez-vous, Milord, je m'y connais; quand elles sont sages, c'est plus rare, mais c'est plus dangereux.

cuinsbourg. Pourquoi donc?

roland. Parce qu'au lieu d'être un caprice, cela devient une passion

cuinsbourg. Vous n'êtes pas, vous, dans le sensibilité?

roland. Jamais, par goût et par état. Je suis né sur mer, à bord d'un vaisseau ; je n'ai jamais quitté mon père, un brave marin, le capitaine Roland, qui plus d'une fois, Milord, a parlé de près à vus compa-

triotes. A sa mort, tout a été fini pour moi : j'ai dit

adieu à la gloire; j'ai réalisé sa fortune, et suis venu avec quarante mille livres de rente m'établit à Paris, où je vis en philosophe : et ce n'est pas, comme tant d'autres, une philosophie d'emprunt; celle-là esta moi : je l'ai bien payée, vingt mille livres de rente ou à peu près. Mais, c'est égal ; il m'en reste encore autant, et c'est plus qu'il n'en faut pour obliger un ami, ou pour lui donner un bon conseil : car je ne suis pas égoïste; et quand je vois quelques imprudents qui veulent se lancer sur mes traces...

Ain du Pot de fleurs.

A leur jeunesse, à leur audace extrême, Par mes leçons je montre le danger;

Sans cesse m'y trouvant moi-même,

Mieux qu'un autre j'en puis juger :

Trop souvent battu par l'orage,

Je suis à leurs yeux attentifs Ainsi qu'un phare au milieu des récifs ;

J'éclaire et sauve du naufrage.

Aussi, je suis adoré de mes élèves.

cuinsbourg. Je croyais bien.

roland. L'autre jour, j'ai tenu mon cours chez Véry,

LAGNY. — Imprimerie de Vialat et Cie. —

CORALY.

où je leur donnais à clin t. A table on professe ben

mieux En sortant de classe, i.s etai nt tous gris,

parce que, voyez-vous, ma sagesse n'a rien d'austère: je suis bon enfant, bon convive; je fus marcher de front la philosophie et le vin de Chunpagne. Aussi, d ,n- les boudoirs, dans les foyers de l'Opéra, je suis pirtout bien reçu, mai< sa .s f tçon, sans conséquence, en ama eur. 0 i sait qu'avec moi il n'y a rien à faire... Comme RohnJ, mon patron, je suis maintenant invunerable.

6D1NSB0URG, Eh bien! mon ami, vous étiez plus heureux q >e moi, qui et ■ blessé beau oup 'aos le eœur!

roland. Ah çà ' oùen êtes vuusdo.ic île vo . amours?

guinsbourg. Eh bien! mon a.ui, je avais parle de mon passion et de mon fortune, et elle avait mis moi à la porte

roland. Et c'est là, en effet, que je vous ai irouvé.

GUINSBOURG.

Air du IHége.

Pourtant je offrais à çeuuus

D m o : trois millions d'opulence

Que je avais gagné clu-z vous.

ROLAND

Au fait, c'est juste; et quand j'y pense, Franchement ces étraugers-la Sortiraient trop d'argent de Frauce, Si nous u'avions pas 1 Op ra Qui vient rétablir ta balance.

GunssBOURG. Croyr z-vous, mon ami, qu'elle voulait èire milédy Guinsbourg?

boland. Vraiment?

guinsbourg. % s, milédy Gurnshourg, vraiment.

roland. C'est bien; c'est dans les grands principes. Ma;s qu'est-ce que cela vous fut, à vous autres Anglais? vous n'y tenez pis. Les gazettes de Londres n «us annon ent mis* les jours de pareille^ alliances.

guinsbourg. Yes, mais 2e étiit toujours p tr capitulation, Ha is la dernière extreiuit1; et, en attendant, je venus ici pour le esp:onn ge: car. voy z-vou-, je sou; ço. ne un petit L'ra. çaùe, M. Edouard, de me mystifier, moi.

roland. Qu "st-re qu • vous m? dites là? c'est pour Edouard que Coraly vous co. gé lie?

guinsbocrg Je en ferai- le gageure.

roland. Est-ce qu'ede aurait sur lui des vues sérieuse ? un instant, je ne le souffrirai pa<.

gunsbolrg. Oh, mon ami! mon cher ami! quel service !

coland. Ne m'en remerciez pas : ce n'est p is par intérêt pour vous, mais pour lui E louard < si un aimable garçon que j'ai pris en amitié; et puis il a à mi s yeux un ta] sm m qui le p ptégéra toujours, une sœur, madame de Selmar.. .. Si vo is la connaissiez ! c\st la Beauté, c'est! i v r u même Aussi, moi, m i rivais -uj- 1, je n'en parle jarn .is qu'avec vénération.

gunsb urg . Quoi! mon aai , vous qui disiez vous invulnérable?

roland. Pas de ce côté-là; c'est bien différent ; c'est le sentiment le plus pur, un adoration mêlée de re:*pcct . enfin deux ou trois lois je me suis trouvé près d'el e. et je n'ai pas seulement ose lui adresser la parole.

guinsbourg. Vous! un petit téméraire! audacieux auprès des daines!

roland. C'est selon... Mai- dan- le m »nle ce n'est plu- cela : dès que j'entre dans un salon, que j'adresse la parole à une femme, je pér is c nt pour ce..t de mon mente; je m'intimide, jedevi nsgaùche; je suis comme vous dans 1 s coulisses de l'Opéra: j'ai l'air d'il., étranger qui ne sa t pas h langue du pays.

guinsbourg. Ecoutez, vous .je bave eutendu le voilure dans le rouleau ut.

roi.and. C'est vrai, c'est Coraly.

ci insb «rg. Quel éttil le me-sier qui lui donnait la main? I

roland. Vous ne connaissez pas... c'est un danseur de l'Opéra, M. Tonton; ce n'est pas danger ux. Eh bien! qu'avez-vous don*? vous tremblez !

guinsbourg. C'est qu'elle aliait venir elle-même.

roland, à part. Est-il bète'

guinsbourg. Et qu'elle avait défendu moi de paraître.

roland. Soyez tran [uille, rest ?.. (A part.) A cause d'Edouard , je veux savoir ce qui en est. [Haut.) Ne vous montrez pas d'abord ; je me charge du raccommodement.

guinsbourc. C'était bien, c'était bien ; je sauver nui. (Il entre ua/ts le ca'jinet à gauche, Roland remonte la scène.)

ROLAND, CORALY, TONTON.

cor alt. A merveille, William, je suis contente; je suis sûre que nous n'avons pas mis dix minutes pour venir de Paris.

tonton. Oui, vos chevaux sont en nage ! un attelage de quatre mille francs qui est peut-être perdu!

coraly. Qu'importe? pourvu qu'on aille vite.

tonton. Je vous l'ai dit, votre iandnu est beaucoup trop haut; en de pendant, j'a man .u ■ de me fouler la rotule : et voilà comme un compromet une jambe.

coraly. Je suis enchantée de ce que m'a dit Antoine, mon concierge. Ah! ma maison est louée d'aujourd'hui! c'est fort a^réible.

roland, s'avançant. Comment ! Madame, votre maison est muée?

coraly. Eh! mon Dieu! c'est vous, Roland : je ne m'attendais pas au plaisir de vous voir.

r land. C'est une surprise... Je suis sans façon, moi; je n'en fais jamais.

coralv. M us venir ainsi au h isard...

roland. Oh! j'avai- des données certaines : avanthier, d tus votre logi\ vous avez dit : « Lundi, je ne dan-er d pas, j'aurji mi migraine. » Je me suN douté que vous vu n Iriez à votre maison de campagne,

tonton. Oui, la campagne, c'est commode : je ne sais pas pourquoi il n'y en a pas l'hiver.

roland. Ce marné de Tonton est toujours de la même force; je ne connais pas de danseur qui fasse plus d'esprit.

tonton. C'est vrai, c'est vrai, quand j'ai le temps... les jo irs où je ne dan^e pas. Mais patience, vous verrez ce que je médite.

Air : J'ai vu te Par iasse des dames. Dans ce niument-ci j'accommode Le romantique en entrechats.

Et tons les auteurs a h mote Avec moi sauteront le pas.

Leurs ouvrages, qno qu'il m'en coûte, Sont m s en ijallcts par mes soins ; C'est un avautage...

ROLAND

Sans doute ; Nous aurons le style de m nus.

tonton. Je comptais venir travailler ici cet été; mais vous lites que la maison est louée.

roland. Pour pioi vous en d fa.re?

coraly. J'ai d'autr s vue-. Les gens qui m'entourent son! curieux etb ivar 1s ; moi. j'ai me à cacher mon raiu

roland. i.' n :ognito st le plaisir des graja I-; ei vous qui. d'ordi aire, êtes reme ou princesse..!

corvly Ici i abdique, et je ne. su s qu j marquise.

toniO.n. C'e-t bien m > le-te . m lis c'est s unent indispensable. Si vous :qnnaissiez comme moi I s I agréments de la célébrité.-... Je donnerais tout au monde pour n'être qu'un homme ordinaire. Qu uni je suis dans une promena le publique, tout le moufle se dit à l'oreill : : « ïenez, ie voilà, c'est lui, c'est Ton-

CORALY.

« ton... c'est Tonton, ce fameux danseur qui a inventé « les pirouet|eg sur le talon. » Alors ils m'entourent, ils me pressent, ils me marchent sur les pieds; et je leur dis ; «Messieurs, prenez donc garde; que diable! « j'en ai besoin . » (Il rit.)

uoland. Quand je vous le disais; c'est un feu roulant, c'est le Voltaire de la pirouette.

tonton, d'un air sérieux. Permettez, Monsieur, permettez; vous me parlez là de Voltaire, c'est que je l'ai lu... nous avons même dansé dans un opéra de lui.

coraly. Qu'est-ce qu'il dit donc?

tonton. Je me le rappelle très-bien, la Princesse de Babijlone, musique de Kreutzer. Nous avions là un pas de deux, vous rappel z vous? Ira la la.... un coupé à la seconde. (On entend tomber un meuble dans la chambre à côté.)

coiiALY. Eh! qu'est-ce que j'entends? Est-ce qu'il y a qu Iqu'un ici?

roland. Ah! mon Dieu! je n'y pensais plus... c'est mon prolégé que j'avais oublié. Il aura eu ie temps de faire un somme.

coraly. Qu'est-ce que cela signifie?

rolani). Que je me suis charge de vous présenter un de vos esclaves indignes, le désolé milord Guinsbourg.

tonton. Un de mes élevés, je lui montre à danser.

coraly. Comment, il est ici? Je ne veux pas le voir.

koland. Perme tez; je lui ai promis ma médiation.

coraly. N'importe.

Air : Ce que j'éprouve en vous voyant.

Je crains pour vous ce qu'on dira:

Quoi ! vous lui déclarez la guerre !

Songez qu'en tout temps l'Angleterre Fut en paix avec l'Opéra.

Entre eux que de rapports intimes !

Albion règne sur les flots, Vénus naquit au sein des eaux.

Entre puissances maritimes On doit toujours vivre en repos.

coraly. Eh! que voulez-vous que j'en fasse? je l'ai congédié, et ne le recevrai pas.

koland. Prenez garde... je vais croire à certains projets dont on parle, et qui pourraient nous brouiller à jamais.

coraly, inquiète. Que voulez-vous dire?

roland, bas. Eco it z, Coraly, restons bons amis : parmi vos alorateurs, il en est un que j'excepte, Edouard, que je retraiiche de voire domaine... Vous m'entendez... Sans cela..

coraly, a part. Ah! mon Dieu! (Haut.) Quoi! vous pourriez supposer... S'il en est ainsi, et pour vous prouver... je suh prête à recevoir Mdord; mais c'est qu'il est ennuyeux à la mort.

roland Eh bien! n'avez-vous pas Tonton qui fera sa partie?

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