‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1046 sur 1121 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

Les précédents, ROLAND.

roland, à la cantonade. Bon voyage, .le me charge de vos commissions et de vos adieux.

édouard. Eh ! qui donc vient de partir?

roland. Tu le sauras; mais auparavant tu m'entendras. Je venais de trouver Goraly : Ecoutez-moi, lui dis-je; j'accours vous rendre un service. Ne pensez plus à Edouard, il n'a plus rien ; sa sœur se marie.

édouard. Que dis-tu?

koland. Oh ! j'avais en main les preuves et les pièces à l'appui. Je le vois trop, m'a-t-ellc dit avec un accent douloureux, sa famille, tout le monde s'oppose à cet hymen; je dois y renoncer pour ne point faire son malheur; qu'il m'oublie, qu'il soit heureux; moi, je ne l'oublierai jamais; je l'aimerai toujours.

édouard, faisant un geste pour sortir. Et je serais insensible à un pareil sacrifice!

roland. Attends donc. En ce moment arrive un allié sur lequel j'étais loin de compter. Milord arrive, et la scène change. Il avait appris, je ne sais comment, tes projets de mariage, et la fureur, la jalousie, mieux que cela, l'orgueil national s'en est mêlé. 11 n'a pas voulu que, même en fait d'extravagance, un Français l'emportât sur lui : il a proposé sa main. Alors si vous aviez vu le trouble, l'embarras de Coraly ; d'un côté cette fortune qui fuyait à jamais, de. l'autre ces trésors, ces honneurs, ce titre de milady qu'on jetait à ses pieds. Elle a tiré son mouchoir, et, fondant en larmes...

édouard. 0 ciel ! elle a pleuré.

roland. Oui, mon ami, elle a pleuré, et elle est partie.

édouard, désolé. Partie avec Milord. roland. Dans la voiture que tu avais préparée pour votre fuite.

édouard. Par exemple, voilà une trahison que je ne pourrai jamais oublier.

roland. Laisse donc, je connais cela. En fait de trahisons, il n'y a jamais que les trois premières qui fassent de la peine. Songe àce qui le reste... à la sœur...

madame de selmar. A notre amitié ; car depuis ce matin, je ne t'ai pas quitté un instant, M. Roland te l'attestera.

roland, interdit. Que voulez-vous dire?

madame de selmar. Quoi! vous qui êtes si liabile, ne devinez-vous pas maintenant par quels moyens j'ai surpris les secrets de l'ennemi ?

roland. 0 ciel ! vous étiez Henriette !.. Et quand je pensé à tout ce que j'ai eu l'audace de vous dire, à la manière dont je vous ai traitée... c'est fait de moi, je suis perdu. Mais j'ai encore une restitution à faire : Lui n iiiellanl la lettre.) voici ce dépôt que vous m'avez confié, je né mérite pas qu'il reste plus longtemps dans un s mains.

madame de selmar. C'est bien.

roland, avec joie. Eh quoi ! vous ne le déchirez pas?

madame de selmar. Non, je le garde, et je verrai dans quelque temps si, sans faire tort à mon frère, je dois l'envoyer à son adresse.

roland, hors de lui. Qu'ai-je entendu ! Je suis trop heureux.

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