‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1071 sur 1121 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

Les précédents, CRIARDET.

criardet, à Armand. C'est un ordre que le ministre a mis au bas de cette pétition.

armand. El qu'il faut expédier; c'est bon.

lespérance. Oui, je ne serais pas taché qu'on m'expédiât.

criardet. Ah ! c'est Monsieur? {Le saluant.) Je vous en fais mon compliment.

lespérance. Ce que c'est que le vent de la faveur! ça vous courbe les uns, ça vous redresse les autres. Je suis persuadé que dans ce moment-ci je gagne au moins deux bons pouces.

madame durand. L'entrepôt de Saint-Malo donné à un autre, après ce qu'on m'a promis ! Ça n'est pas possible !

lespérance. Signé du ministre, rien que ça. (A Armand.) Donnez-lui en lecture, je vous en prie.

armand. Volontiers. (Il jette les yeux sur la signature.)

lespérance. Non, lisez dès le commencement ; je ne suis pas taché qu'on voie comment je rédige une demande.

armand, lisant. « A son Excellence, etc. , « Monseigneur,

« Jules Armand, ancien lieutenant de chasseurs, a « l'honneur de vous exposer... » Quevois-je?

lespérancEj l'interrompant. Qu'est-ce qu'il lit donc là? Ne faites donc pas de mauvaises plaisanteries; lisez comme il y a, Benoît-Félix Lespérance.

armand. Mais non, c'est bien mon nom, Jules Armand ; et plus bas, delà main du ministre : « Accordé. « Je me ferai toujours un devoir de rendre justice au « mérite. »

lespérance, l'interrompant. De rendre justice au mérite ! Ellectivement, ce n'est pas ça.

armand, continuant. « Et je connais celui de monte sieur Armand. »

madame de versac Eh ! mon Dieu ! c'est ma pétition! qui donc s'est chargé de la présenter?

lespérance, fouillant dans sa poche. Là, vous ver- | rez que c'est moi-même ; je me serai trompé d'exem- | plaire.

madame de versac, regardant dans son sac. Pour-

tant elle n'est point sortie de mes mains! Que vois-je? Benoît-Félix Lespérance!

lespérance. C'est une des miennes; nous avions changé. {Il montre d'autres pétitions.) Tenez, voilà les pareilles. Eh bien! voilà la première place que j'obtiens de ma vie, et c'est pour un autre ! {A madame Durand.) Il ne m'appartient pas, Madame, de vanter mon crédit; mais vous voyez ce que je viens de faire pour Monsieur, et vous sentez qu'il serait facile, en nous entendant bien...

madame durand. 11 n'est plus temps, Monsieur; je suis sure de l'entrepôt, et n'ai plus besoin de mari.

lespérance. C'est différent. J'ai fait là une jolie journée. Jeune homme, vous pouvez vous vanter que voire place m'a donné du mal. C'est égal, il faudra bien que je finisse par en accrocher une.

madame de versac Maintenant que j'ai l'honneur de vous connaître, je peux vous y aider, et si vous le voulez, vous en enseigner le moyen.

lespérance. Comment ! si je le veux !

madame de versac.

Air de Turenne.

Du temps qui fuit se montrant moins prodigue, Au travail seul consacrer ses instants;

Ne rien espérer de l'intrigue,

Attendre tout de ses talents.

Loin de chercher à surprendre des grâces, Les mériter par son zèle et sa foi :

Voilà, Monsieur, voilà, sous un bon roi.

Le seul art d'obtenir des places...

lespérance. J'en essaierai. (Tarant sa montre vivement.) Ah, mon Dieu! trois heures et demie! cela ne sera pas fermé à l'intérieur. J'ai bien l'honneur de vous saluer.

armand, tirant aussi sa montre . Qu'est-ce que vous dites donc, trois heures et demie'.' Deux heures et demie.

lespérance. Dans ce cas je reste. Aussi bien, j'ai encore quelque chose à solliciter. {Tirant une pétition de sa poche, et s' adressant au public.) Messieurs, Benoit-Félix Lespérance a l'honneur de vous exposer que ;

Air du Pot de fleurs.

Dans ce pays on rencontre à la ronde Nombre de gens qui ne sont pas placés,

Pour qu'ici nous ayons du monde, Envoyez-nous ceux que vous connaissez Et s'ils craignent encor quelques disgrâces,

Messieurs, dites-leur de ma part :

Qu'on est chez nous, à six heures un quart, Toujours sûr d'obtenir des places.

UN MARIAGE D'INCLIN ATIO

AT

GOMÉDIErVAUOEVlIXE EN DEUX ACTES

Représentée, pour I» première fois, a Parieur «e théâtre .lu Gymna.o dramatique, le 8 décembre 1 8 3 S

IJersonnoges.

M. DUBREUIL, riche négociant.

MaLVINA, sa fille.

MARIE, sa nièce.

ARYED DUBREUIL, son nev..u.

La scène se passe aux environs de Nantes, dans une maison de campagne appartenant à M. Dubreuil

M. DE BARENTIN, ami de la

maison.

CATHERINE , femme de charge et gouvernante de Dubreuil.

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