‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1106 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

D'HÉRISSEL, IRÈNE.

irène . courant à d'Hérissel. Monsieur d'Hérissel dans ce pays !

le domestique, sortant. Mademoiselle le connaît, c'est différent; je vais toujours en prévenir Madame. (Il entre dans l'appartement de madame de Sainte- Agnès.)

irène. Est-ce pour moi que vous venez?

d'iiébissel. Oui, ma chère enfant, c'est-à-dire nous revenons d'Espagne ; et, comme mon régiment passe quelques heures dans cette ville, j'ai voulu voir mes amis : Anatole, mon jeune cousin, qui y demeure depuis quelque temps; et toi, surtout, qui es presque ma pupille; car je suis ton subrogé tuteur.

iuene. Vous l'oubliez souvent.

d'hérissel. C'est vrai ; mais je ne connais rien aux affaires, et celui qu'on t'a donné pour tuteur est un honnête homme qui les entend mieux. que moi, M. de Sainte-Agnès, ton oncle, un ami d'enfance, un recevuur général, qui a l'habitude d'avoir les fonds des autres mêlés avec les siens, et qui ne se trompe ja-

mais, ce qui est rare ; ainsi, je ne m'informerai pas de ta fortune, mais de ton bonheur. Es-tu contente? l'amuses-tu ici?

irène. Pas beaucoup.

d'hérissel. Oh ! cela veut dire que tu t'ennuies. irène. A la mort.

d'hérissel. C'est étonnant; ce devrait être une maison agréahle. Sainte-Agnès est mon ancien camarade, et je me rappelle son humeur et son caractère; il aimait la joie, les plaisirs.

irène. Oui, mais mon oncle n'est pas le maître; il s'est marié, et sa femme le gronde quand on s'amuse. d'hérissel. C'est donc une vieille femme? irene. Non, elle est jeune encore ; mais elle ne reçoit que des gens graves et sérieux, et elle tient à ce que je sois toujours là, à côté d'elle. Le dessin , la danse, la musique, sont des exercices qui me sont interdits; mais, en revanche, nous avons des cours de morale, des conférences de morale et des assemblées de vieilles femmes où l'on dit du mal de tout le inonde. d'hérissel. Quelle austérité! C'est donc une... irène. Eh ! mon Dieu, oui.

d'hérissel.

Air : Restez, restez, troupe jolie.

Au portrait que tu viens de faire, Soudain je l'avais deviné ; Elle suit la marche ordinaire, Et je n'en suis pas étonné ; Car ces dames qui, sur la danse, S'en vont lançant des interdits.

Classent du moins la médisance Au nombre des plaisirs permis.

Et, d'après ce que je vois, tu n'es pas à la hauteur de ses principes.

irène. Je n'en sais rien. Je tâche de ne pas faire de mal; je remplis mes devoirs avec exactitude ; mais je vais au bal avec mon oncle quand l'occasion s'en présente, et au spectacle quand nous avons une troupe dans l'arrondissement.

d'hérissel. Cela me paraît convenable. En ce cas, il faut, ma chère Irène, sortir de tutelle: il faut te marier...

irène. Oh ! mon Dieu ! mon ami, je ne demanderais pas mieux.

d'hérissel. Eh bien ! cela me regarde. Je vais en parler à Sainte-Agnès, à sa femme.

irene. Non, vraiment.

d'hérissel. Et pourquoi?

irène. C'est que déjà ils m'ont proposé plusieurs partis

MADAME DE SAINTE- AGNÈS. * 309

que j'ai tousrefusés, pour des raisons que jene puis vous dire; si bien que maintenant ma tante est persuadée que je veux rester fille et entrer au couvent. d'hérissel. Au couvent !

irene. Ce qui me fait beaucoup d'honneur à ses yeux. J'ai déjà reçu les compliments de félicitation de toute la société ; et maintenant, je ne sais comment faire pour leur déclarer...

d'hérissel. Je m'en charge ; mais auparavant il faut avoir en moi une confiance entière, et m'expliquer pourquoi tu as déjà refusé les partis qu'on te proposait. Pour quelles raisons? je te le demande.

iréne. J'aime mieux que vous ne me le demandiez pas.

d'hérissel. Est-ce que ces prétendus avaient des défauts?

iréne. Des défauts! non, ils n'en avaient qu'un, ils avaient tous le même ; c'est que je ne les aimais pas.

d'hérissel. Ce qui veut dire que peut-être tu en aimais un autre?

irene. J'en ai bien peur.

d'hérissel. Et pourquoi donc? ne suis-je point là, moi, ton subrogé tuteur, âon second père? j'ai voix délibérative au conseil de famille.

iréne. Oh! non, j'en mourrais de honte.

d'hérissel. Comment ! est-ce que ce choix serait indigne de toi?

iréne. Oh ! mon Dieu, non ; de la naissance, de la fortune, un caractère charmant.

d'hérissel. Il me semble alors qu'il n'y a pas d'obstacle, Car, à ce que je puis voir, celui-là n'est pas comme les autres prétendus; il n'a pas le défaut dont nous parlions tout à l'heure?

iréne. Hélas! non; mais ce défaut-là c'est moi qui l'ai à ses yeux.

d'hérissel. Que dis-tu? il ne t'aimerait pas! ce n'est pas possible.

iréne. Il ne pense seulement pas à moi, et cependant nous nous voyons toute la journée ; car, à la suite d'une longue maladie, venant ici pour prendre les eaux, il s'est fait présenter chez M. de Sainte-Agnès qu'il avait connu autrefois à Paris.

d'hérissel. Comment! est-ce que ce serait?..

iréne. Je vous en prie, ne m'en demandez pas davantage, et ne cherchez pas à le connaître; je l'oublierai, je vous le jure.

Air : Pour le trouver, j'arrive en Allemagne (cI'Yelva).

Mais d'ici là, plus d'hyménée!

Surtout, pour moi plus de couvent;

Jugez, si j'y suis condamnée,

Combien le péril est plus grand.

Dans le monde, où je suis distraite,

Parfois son souvenir m'a fui...

Mais seule, hélas... seule et dans la retraite,

J'y serai toujours avec lui...

S'il fallait vivre, hélas ! dans la retraite,

J'y serais toujours avec lui. ,

d'hérissel. Pauvre enfant !.. mais j'entends ce cher ' Sainte- Agnès.

iréne. Mon tuteur ! je vous laisse; mais songez bien que c'est à vous seul que j'ai confié mon secret.

d'hérissel. Sois tranquille, j'ai toujours gardé ceux des autres. [Irène entre dans le cabinet à gauche.) Pour les miens, c'est différent; ils sont à moi, j'en fais ce que je veux.

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