SCÈNE XVI
MADAME DE SAINTE -AGNtiS, ANATOLE, sortant du cabinet.
anatole, à part. J'ai vu sortir le mari. (Haut.) Eh bien! Madame?..
madame de sainte-agnès. Comment! Monsieur, c'est encore vous?
anatole. Oui, Madame; je viens chercher la réponse.
madame de sainte-agnès. La réponse ! il ne manquait plus que cela, après votre indigne conduite! après votre affreuse lettre !
anatole. Affreuse!
madame de sAiNTB— agnès. Oui, Monsieur; car elle est tombée entre les mains de mon mari. anatole. Dieu !
madame de sainte-agnès. Le ciel a permis qu'un autre fût accusé, qu'il en soit béni; mais je n'en suis pas pins tranquille pour cela; car cette lettre, qu'heureusement je n'ai pas lue...
anatole. Quel dommage! Je m'en vais vous la dire; je la sais par cœur.
madame de sainte-agnès. Non, Monsieur; je ne'veux ni l'entendre ni la connaître; mais je veux savoir ce qu'elle contient, et j'espère au moins qu'il n'y avait rien qui pût me compromettre.
anatole. Oh! non, Madame; rassurez-vous, je n'y parlais que de mon amour.
madame de sainte-agnès. Est-il possible ! Je suppose au moins que c'était dans des termes convenables?
anatole. Oh! sans doule; tout ce qu'il y avait de plus tendre et de plus passionné.
madame de sainte-agnès. Quelle imprudence! Au moins, Monsieur, vous ne l'avez pas signée?
anatole. Me croyez-vous capable d'écrire une lettre anonyme?
madame de sainte-agnès. Eh! Monsieur, on ne signe jamais ces lettres-là!
anatole. Je n'en savais rien, Madame; c'est la première; mais, du reste, je m'en souviens bien, je ne vous ai tutoyée qu'une fois.
madame de sainte-agnès. Me tutoyer! miséricorde!
anatole. Une seule fois, Madame.
madame de sainte-agnés. Me tutoyer ! Que va penser M. d'Hèrissel?
anatole. Ce n'est pas ma faute; c'est dans cet endroit où je vous remerciais de vos bontés...
madame de sainte-agnés. De mes bontés ! Et de quel droit, Monsieur, osez-vous me calomnier ainsi, et mentir à votre propre conscience?
MADAME DE SAINTE-AGNÈS
Anatole. Pardon, Madame , je n'aurais jamais eu cette hardiesse sans ce souvenir, (Il le tire de sa poche et le montre à madame de Sainte-* Agnès.) sur lequel j'ai eu l'indiscrétion de jeter les yeux, et où j'ai vu que vous aviez daigné vous occuper de moi. Tenez, lisez plutôt.
madame de sainte-agnès, prenant le souvenir. Ce souvenir... Eh! mais ce n'est pas mon écriture; c'est celle de ma nièce.
anatole. Irène! 11 serait possible!.. (^4 part.) Ah! qu'ai-je fait!
madame de sainte- agnès. Ma nièce ! quel publi de toutes les bienséances! Une jeune fille de son âge! oser vous aimer ! récrire! Je vais la trouver, et lui apprendre...
anatole. Non, Madame; je ne souffrirai pas que pour moi elle soit grondée, elle soit compromise. Que j'étais ingrat ! elle seule daignait s'occuper de moi, daignait me plaindre; tandis que vous, Madame, vous, dont je croyais être aimé; vous n'aviez pour moi que de l'indifférence, que de la haine.
madame de sainte-agnés. Oui, Monsieur; c'est ce que je vous dois; c'est ce que vous méritez. Je vous hais plus que je ne peux le dire.
anatole. Je ne le vois que trop; et vous serez satisfaite. Tant de mépris étouffe mon amour; je veux vous bannir de mon cœur, vous oublier...
madame de sainte-agnés. Il y a longtemps que vous auriez dû le faire.
anatole. J'en aimerai, j'en épouserai une autre; et 'si votre nièce, si Irène était libre...
madame de sainte-agnés. Jamais, Monsieur, jamais je n'y donnerai mon consentement; vous ne l'épouserez pas, elle ira au couvent; c'est ma volonté; et dès aujourd'hui vous ne la verrez plus.
anatole. Quelle injustice! quelle tyrannie!..