‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 125 sur 1121 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les précédents, COQUENET.

coquenet, à demi-voix, à madame de Guibert. Eh bien ! mon aimable protectrice, quelles nouvelles? herminie. Mauvaises pour tout le monde... coquenet. Ah bah!..

herminie. On vous a desservi auprès de lui de cuibert. On lui a dit de toi un mal affreux... coquenet. Et qui donc?..

de guibert. Quelqu'un de l'endroit...

coquenet, vivement. Je sais qui... ce ne peut être que Rabourdin... mon concurrent, de guibert. C'est possible^

coquenet. C'est évident... c'est le seul qui ait intérêt à me nuire... et vous conviendrez que c'est indigne... que c'est infâme... d'employer de pareils moyens pour î^éussir... je le dirai partout.

de guibert. Et tu feras bien.

herminie. Du reste, tout n'est pas perdu... Le ministre, qui ne vous connaît pas encore, a promis de prendre des informations.

coquenet. C'est ce que je demande... parce que, n'en déplaise à Rabourdiii, je veux agir franchement et loyalement.. . mais si, en attendant, je puis lui rendre la pareille et trouver quelque occasion de lui nuire en dessous... (Pendant ces derniers mots, des baigneurs ont porté au milieu du théâtre et sur le devant, le piano qui était au fond de l'appartement.)

de guibert, à haute voix. Ne disait-on pas que ces dames allaient nous faire de la musique?.. (A sa femme qui est assise.) Le quatuor de la Dame du Lac, que tu étudiais tout à l'heure ..

herminie. Je suis bien en train déchanter...

de guibert. Tu l'as étudié avec mademoiselle Cécile...

Cécile, vivement. Oh! du tout!.. (Bas, à Lucien qui est près d'elle.) Je n'userai jamais devant le monde...

herminie, à part. Ça la contrarie... (Se levant vivement et passant près d'elle.) Ehbien ! voyons. ..je suis à vos ordres... nous ne chantons pas assez bien pour nous faire prier... et si Mademoiselle y consent...

Cécile. Pardon, Madame; nous n'avons pas achevé de répéter ce morceau... et puis, pour ce quatuor, il manque deux personnes... la voix de basse... d'abord...

de guibert. C'est moi... je chante tous les rôles de Lablache.

Raymond, à part, et souriant. Belle recommandation pour être ministre!

de guibert, montrant un jeune homme en gants jaunes qui est près de lui. Et voici M. de Sivry, un lénor délicieux... qui, de plus, accompagne à merveille. (Le jeune homme s'incline et se met en devoir d'ôter ses gants. — A Herminie.) Allons, ma chère amie... (Allant à Cécile.) Allons, Mademoiselle... il n'y a plus à refuser... vous feriez manquer ce morceau...

Cécile, souriant. Je le ferai manquer bien mieux encore... en acceptant.. .

lucien, à demi-voix et d'un air de prière. N'importe, Mademoiselle, on vous regarde, et c'est fixer l'attention.

Cécile. J'obéis.

herminie, avec bonté. Et vous avez raison. (A part.) Elle ira tout de travers...

de guibert, offrant la main à Cécile, qu'il conduit au piano. Nous demanderons à la société cinq minutes de répétition à demi-voix. (Guibert, sa femme et Cécile se groupent près de M. de Sivry, qui vient de s'asseoir au piano, et tous cpiatre étudient à voix basse; pendant ce temps, Coquenet, qui était à gauche du théâtre, a remonté par le fond derrière le piano, et est redescendu à droite où l'on vient de dresser une table de ivhist.)

coquenet, présentant une carte à Raymond. Monsieur voudrait-il être de notre whist?

raymond, prenant la carte. Très-volontiers... (Coquenet retourne à la table de whist et compte les fiches et les jetons.)

lucien, à Raymond qu'il prend par le bras. J'ai vu tout à l'heure, dans l'autre salon, des clames qui regardaient Cécile en chuchotant et en causant avec ce M. de Sivry qui accompagne au piano... quel est-il?..

raymond. Je l'ignore. (Lui montrant Belleau , qui dans ce moment leur présente un plateau de rafraîchissements.) Mais demande au garçon des bains; ces gens-là savent tout. (// retourne près du piano où M. de Sivry et les dames préludent à voix basse.)

lucien, pendant que Belleau lui présente le plateau, prend un verre d'eau sucrée. Dis-moi, Belleau... quel est ce jeune homme... là... au piano?..

belleau. Prèsde la jeune personne. (D'un air malin.) Hein! comme ils se regardent... et comme ils ont l'air de s'entendre?.. (Avec finesse et à voix basse.) C'est peut-être un des trois...

lucien, étonné. Comment... un des trois?.. belleau. Oui... l'on prétend qu'elle a eu déjà trois aventures...

lucien, remettant son verre sur le plateau. Morbleu !

belleau. Prenez donc garde, vous avez manqué de renverser mon plateau.

lucien, cherchant à se contenir. Pardon... (Cherchant à rire.) Eh!., de qui le sais-tu?..

belleau. De personne... on en parlait tout à l'heure dans l'autre salon, et tout le monde vous le dira : c'est connu... (Il va présenter son plateau à cV autre s personnes.)

lucien, à part. Non... ce n'est pas possible... c'est absurde'., ce n'est pas d'elle qu'il a voulu parier!., ou plutôt j'ai mal entendu, je ne suis pas dans mon bon sens...

coquenet, lui montrant la table qui est prèle. Si Monsieur veut tirer les cartes... (Lucien va à la table, retourne une carte et revient près de Coquenet.) Vous avez l'as de cœur.

lucien, s' efforçant de rire . Oui, Monsieur... maisunequestion... yous qui étiez tout à l'heure dans l'autre salon... avez-vous entendu dire que cette jeune personne qui est au piano...

coquenet, à voix basse. Silence... il ne faut pas parler de cela... vous savez donc aussi?..

lucien, dans le dernier trouble. Mais... à peu près...

coquenet, à voix basse. Ils disent trois ou quatre intrigues... mais ce n'est peut-être pas vrai... il ne faut jamais croire

LA CALOMNIE

D GmSmT. Silence, alors.

que la moitié de ce qu'on dit... (Lucien faîcun geste de fureur et veut s'éloigner ; madame de Savenay se présente à lui à sa gauche.)

madame de savenay. J'ai un deux, vous êtes mon partner... venez, Monsieur.

lucien, hors de lui. Oui, Madame. (Il se retourne et trouve de l'autre côté Raymond et Coquenet.)

Raymond et coquenet, l'entraînant. Allons... plaçons-nous.

de cuiuert, au piano. Enfin !.. nous sommes prêts... nous commençons!.. (M. de Sivry, qui est au piano, joue la ritournelle.— Raymond, Coquenet, madame de Savenay viennent de Rasseoir à la table de whist. — Luckn, debout encore et prêt à s'asseoir, regarde du côté du piano. — Les chanteurs, tenant leurs papiers d» musique, vont commencer le morceau.)

FIN DU DEUXIÈME ACTE

— Acte 2, scène 6.

Page 1