‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 149 sur 1121 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

MADAME DE SAVENAY, paraissant à la porte du fond ; CECILE, sortant de l'appartement à droite.

Cécile, avec inquiétude. Eh bien! Madame... quelles nouvelles?

madame de savenay. Mauvaises!., ce combat a eu lieu!.. Cécile. C'est fait de moi ! . .

madame de savenay. J'ignore les détails... mais il paraît que M. de Saint-André est intervenu dans l'affaire, et que quelqu'un a été blessé... très-légèrement, il est vrai!.. N'importe... l'éclat est toujours le même... et après un tel événement, malgré tous mes efforts pour vous défendre... et même pour vous croire...

Cécile. Quoi! Madame!..

madame de savenay. Tenez, Cécile, ne faisons pas de phrases et parlons franchement; il y a encore un moyen de vous sauver, et notre parenté... quoique éloignée... l'intérêt que je vous porte, les calomnies même dont j'ai été l'objet et qu'il est urgent de dissiper... tout me faisait un devoir de tenter un dernier cllort en votre faveur.

Cécile, avec impatience . Permettez-moi seulement...

LA CALOMNIE

MADAME DE SAYENAY. ÉcoUtOZ 11101 (l'abord, VOUS nie répondrez après... ou plutôt il n'y a rien à répondre. M. le marquis de SommerYille, le pair de France, l'oncle du vicomte de Saint-André, armait aujourd'hui à Dieppe pour sa santé... et vous jugez de son indignation eu apprenant la conduite de son neYeu... car le marquis est religieux et moral!.. Je l'ai beaucoup connu autrefois!., beaucoup... et entre gens de qualité, on s'entend aisément, on parle la même langue. Il a compris comme moi qu'un mariage était indispensable... il se charge d'y décider son neveu, son seul héritier...

Cécile, de même. Mais, Madame...

madame de sayenay. Il cherchait pour lui un riche parti... car le vicomte est sans fortune... la vôtre est fort belle... la famille consent... moi aussi...

Cécile, ne se contenant plus. Et moi, Madame... je refuse.

madame de sa yen at. Après ce qui s'est passé!..

Cécile. Mais il ne s'est rien passé... et puisque vous daignez, dites-vous, me porter quelque intérêt... quelque amitié... je vous en demande une preuve... la plus grande de toutes... emmenez-moi, partons d'ici!

madame de sayenay. Eh! que ne dira-t-on pas?..

Cécile. Tout ce qu'on voudra... pourvu que je parte... que je m'éloigne...

madame de saven'aï. Il y a dans cette résolution subite quelque nouveau mystère.

Cécile. Aucun, Madame.

madame de sayenay. Si, Mademoiselle... et comme je ne veux pas, encore à mon insu, jouer un rôle indigne de moi... j'entends que vous n'ayez plus ni secrets ni restrictions. Il me semble d'ailleurs qu'après tout ce que j'ai fait pour vous... j'ai quelques droits à votre confiance... Parlez, et je consens à vos demandes... je vous emmène à l'instant même.

Cécile, avec impatience et douleur. Mais que voulez-vous que je vous dise?., je n'ai rien à vous avouer.

madame de sayenay. Quoi ! M. de Saint-André ?..

Cécile. Je ne le connaissais pas; je l'ai vu hier pour la première fois; je n'y ai jamais pensé...

madame de sayenay. Ainsi, vous n'avez jamais aimé... vous n'aimez personne... vous me le jurez devant Dieu !..

Cécile, avec embarras. Ah! Madame...

madame de sayenay, vivement. C'est donc vrai!..

Cécile, vivement. Ah! le ciel m'est témoin que c'est dans ce moment seulement que je vois clair en mon cœur...

madame de sayenay. A la bonne heure au moins... voilà parler... pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt?..

cécii.e. Mais c'est que plus tôt, je ne pouvais me rendre compte des sentiments que j eprouyais!.. il me semblait que c'était de l'amitié, de la reconnaissance... pas autre chose... et cependant, me défiant de moi-même... je cherchais à combattre, à éloigner ces idées... j'y avais réussi, je consentais à me marier... je m'efforçais d'aimer celui qu'on me destinait... Mais quand j'ai vu que celui-là aussi, que tout le monde, que vous-même... vous m'abandonniez !.. qu'une s< ■ u 1 e pcr-onne osait me défendre, me protéger et exposer son honneur pour sauver le mien !.. alors, que vous diraije?.. pénétrée d'estime, d'admiration, de tendresse... j'ai compris ce que j'éprouvais pour lui!., et loin d'en rougir, il me semblait que cela lui était dû... que j'en étais fiëfé!.. voilà mon crime... si c'en est un... et c'est à vous seule que je l'aurai confié, Madame... (A demi-voix et avec expression.; Je l'aime !..

m auami. de sayenay. Lui! Raymond!..

Cécile. Le plus noble... le plus généreux des hommes!..

madame m. sayenay. Ce qui ne l'a pasenipôché de séduire une jeune personne confiée à sa gardé et à la mienne...

cécile. .Non, Madame... il ignore ce que je viens de vous confier...

madame de sayenay. Allons donc!..

Cécile. Il ne s'en doute même pas... il ne le s.iura jamais... et la preuve, c'est que je vous supplie de m'emmener avec vous... de partir à l'instant même...

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