‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 165 sur 1121 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CÉCILE, NEUBOROUG,, MARGUERITE.

marguerite, donnant le bras à son pere. C'est-à-dire que le parc est magnifique... et puis c'est si grand, si étendu !

neuboroug. Beaucoup trop... pour les personnes qui s'y promènent à jeun.

Cécile. Quel est ce vieillard et cette jeune fille?

neuboroug. Je n'ai plus de jambes... et suis trop heureux de m'asseoir...

Cécile. Le docteur Neuboroug... ici, à la cour!

marguerite, à Neuboroug qui va s'asseoir. Mon père, une grande dame qui vous reconnaît...

iseuborouc, se relevant. Une grande dame!., eh! oui, lady Sunderland, que j'ai vue bien jeune, car j'étais autrefois médecin de sa famille... Mais nous autres anciens, il n'est plus question de nous.

Cécile. Si vraiment! et j'ai à ce sujet, docteur, des compliments à vous faire. J'ai lu ce matin, dans le journal de la Cour, que le faubourg de Southwark. vous avait élu hier membre de la chambre des communes.

neuboroug. C'est vrai! madame la comtesse.

Cécile. Et porté par l'opposition!., c'est un échec pour le ministère...

neuboroug. Je ne le crois pas... on m'a jugé trop peu redoutable pour combattre une nomination... qui du reste n'aura pas de suites... car, j'y suis décidé, j'écrirai dès aujourd'hui pour remercier et refuser.

Cécile. Tant pis! je vois votre parti bien malade, les mé-

L'AMBITIEUX

Cécile, avec humeur. Eh bien donc!., que vouleï-ïous? - Acte 2. scène

decins mêmes l'abandonnent, et je conçois alors ce qui vous amène à la cour.

neuboboug. Moi !.. vous pourriez croire...

Cécile. Que vous sollicitez... comme tout le monde... il n'y a pas de mal... et si je puis vous être utile... lectrice de la reine... j'ai quelque crédit près d'elle...

neuborouc. Je ne demande rien ... je ne veux rien, Milady. . . Je viens ici chez mon ami Robert Walpole, qui a bien aussi quelque pouvoir; mais, grâce au ciel, je viens en amateur...

Cécile. Chez le ministre?..

marguerite, passant près d'elle. Oui, Madame; il nous a invités à venir passer la journée à Windsor, et son neveu est venu nous chercher ce matin!

Cécile, avec émotion. Son neveu, lord Henri...

marguerite, vivement. Vous le connaissez?..

Cécile, d'un air indifférent. Oui: . . je le vois tous les soirs. . . au cercle de la reine...

marguerite. Et il a eu la bonté de venir nous prendre luimême, pour nous amener ici!., il est si attentif, si galant, si aimable...

neuboroug, lui faisant signe. Ma fille !..

marguerite. C'est très-vrai, etMilady doit le savoir, puis-

qu'elle le connaît... Et puis, en arrivant, il m'a offert la main... et dans les deux premiers salons que nous avons traversés, qui étaient remplis de monde, des dames, des seigneurs de la cour, c'està moi qu'il donnait le bras... ah! que j'étais heureuse! ils m'auront prise pour une grande dame, une comtesse... ils le disaient, n'est-ce pas?

neuboroug. Mieux que cela!., ils disaient ; Voilà une jolie fille!

marguerite, avec joie. Vrai!., eh bien! je ne l'ai pas entendu! je pensais à autre chose, surtout lorsque Milord nous a présentes à sa sœur, lady Juliana, qui est bonne et aimable comme lui... et qui voulait me garder près d'elle... Et puis enfin, lord Henri nous a conduits dans les jardins, en nous disant : Je vais prévenir mon oncle, attendez-le ici; et depuis une heure nous nous promenons dans le parc où tout ce que je vois me semble superbe, admirable, magnifique... Mon Dieu! que c'est beau de venir à la cour! et que je suis heureuse d'y être !

Cécile. Peut-être, mon enfant, ne le diriez-vous pas longtemps... mais pour aujourd'hui, je le conçois... surtout quand on a pour cavalier un jeune et brillant seigneur que l'on voit pour la première fois.

L'AMBITIEUX

marguerite, vivement. Mais non, Madame, très-souvent, et pendant trois mois tous les jours... Cécile, de même. Que dites-vous?

neuboroug, l'arrêtant. Ma fille!..

Cécile. Je vois en effet que vous connaissez intimement Robert Walpole et tous les siens... [A Neuboroug.) Prenez-y garde, docteur, l'amitié de Walpole a souvent porté malheur; mais, en tous cas, je vous dois un avis charitable : si, quoi que vous en disiez, vous attendez de lui des places, de la fortune, des honneurs...

NEUBOROUG. Moi !

Cécile. Hàtez-vous !.. car, c'est moi qui Vous le dis, et vous pouvez me croire, il n'a pas longtemps à rester au ministère... Adieu, docteur. [Elle sort.)

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