‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 166 sur 1121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARGUERITE j NEUBOROUG.

neuboroug. Eh! m us. . . à qui en a-t-dle donc, la peti le comtesse?.. Avec son air protecteur et mcîiaçuit... il m<* semblait entendre feu le duc de Marlbor»iigh,son grand-père, dictant des conditions aux plénipotentiaires de Louis XIV.

marguerite. C'est égal... je voudrais bien être à sa place! Elle va le soir au cercle de la reine..* et puis enfin elle est ici tous les jours!..

neuboroug. Je ne liji en ferai pas compliment.

marguerite. Et pourquoi cela?

neuboroug. farce qiï'il me tarde d'en être dehors... il y a déjà trop longtemps que j'y suis.

marguerite. A peine si nous arrivons... et vous voilà de mauvaise humeur parce qu'on vous fait attendre un peu... est-ce raisonnable?

neuboroug» Certainement. <j j'ai cru qu'on allait nous recevoir tout de suite, à bras ouverts; et depuis une heure que nous sommes ici et que nous nous Sommes promenés dans tous les sens, avons-nous seulement entrevu Walpole?

marguerite. S'il est occupé !

neuboroug. Ce n'est pas une raison pour faire faire antich imbre à un ancien ami!

marguerite. Il l'a bien fait hier chez vous!

neuboroug. Pas si longtemps! et puis tous ces gens que l'un rencontre ont l'air, comme cette comtesse, de vous regarder du haut de leur grandeur, et de ne pas croire qu'on vienne déjeuner chez un ministre!., que serait-ce donc s'ils savaient qu'hier il a soupé chez moi? Mais je n'en ai rien dit, pàrCG qu'il faut être modeste.

Marguerite. Vous avez bien fait...

ni-Uboroug. Et parce qu'on n'a pas, comme eux, un habit chamarré d'étoiles et de cordons, ils semblent dire : Il n'est pas des nôtres... c'est un étranger, un bourgeois de Londres.

Marguerite. Eh bien ! qu'esi-ce que cela vous fait?

neuborouc. Cela fait que c'est désagréable, que c'est humiliant... parce qu'enfin, chez moi, je suis le seul, je suis le premier... j'aime mieux ça.

Marguerite. Consolez-vous ! c'est votre itffil le ministre.

SCÉNË V.

MARGUERITE, NEUBOROUG , WALPOLE, que. plusieurs solliciteurs entourent.

wai l'OLE, à m solliciteur. J'ai lu votre projet... je l'ai

lu... et ne peux l'approuver... imposer des taxes aux colons américains...

le solliciteur. C'est enrichir la Grande-Bretagne.

walpole. C'est l'appauvrir; les colonies d'Amérique nous donneront plus par le commerce que par les impôts...

le solliciteur. Mon projet avait pour lui l'approbation de lord North.

walpole. Eh bien! qu'il le lente après moi, quand il sera ministre... et il perdra les colonies. (A un autre.) Et vous, Johnson... ah ! votre place de justicier!., je vous l'ai promise, vous l'aurez... [A un autre.) Vous aussi, Milord, cet emploi, vous l'aurez, vous dis-je; mais attendez au moins qu'il y ait un décès... (.4 part.) Ils sont tous de même... il semble que j'aie quelque épidémie à mes ordres... Et vous? i (S'avançant vêts Neuboroug sans le regarder.) Avez-voiH un plaeet?.. que voulez-vous? que demandez-vous?..

neuboroug. De déjeuner le plus tôt possible.

Walpole. Ah! c'est toi, Neuboroug?.. te voilà!.. Vous arrivez bien tard... (Auœ solliciteurs.) C'est bien, Messieurs, c'est bien... je ne puis achever de vous entendre aujourd'hui... (Montrant Neuboroug.) Une affaire importante avec Monsieur... Mais demain... après-demain... j'aurai l'honneur de vous recevoir... (// sa' ue profondément les solliciteurs qui se retirent.) Tu vois quelle est ma vie?.. Je suis ainsi depuissix heures du matin. Cette galerie, qui communique de mes appartements à ceux du roi, est toujours encombrée de solliciteurs : je suis ainsi tous les jours; pas un instant de repos.

Marguerite. Et Bipii père qui déjà se plaignait!

walpole. Et de quoi?..

neuboroug, avec un peu d'embarras. Je me plaignais... des gens qui te portent envie... de ces gens comme nous en avons vu tout à l'heure, qui te croiraient bien malheureux si tu perdais ta place !

walpole, vivement. Qui donc? que veux-tu dire?

neuboroug. Rien! des discours en l'air!.. Une dame d> cour, une petite comtesse... qui nous disait tout à l'heure, avec un air de satisfaction intérieure : Walpole n'a pas longtemps à rester au ministère...

walpole, souriant avec ironie. Vraiment!., depuis vin*t ans qu'ils le prophétisent ! Fasse le ciel que evtte fois ds aient raison! Et cette dame qui est-elle?..

neuboroug. Une personne sans importance... la lectrice de la reine, la comtesse de Sunderland...

walpole. Sunderland!.. Tu appelleras cela sans importance!.. Tu ne sais donc pas que son père, et lord Carieret, et lord Bolingbroke, mou vieil antagoniste, ont juré de me renverser, et que, déjà plus d'une fois... Mais, après tout, que m'importe?

neuboroug. C'est ce que je dis!

walpole. Ci1 qui m'étonne, c'est l'espèce d'influence dont semble jouir depuis quelque temps la fille de lord Sunderland... D'où cela viendrait-il? Ce n'est pas delà reine... qui ne l'aime guère, et qui m'est dévouée. Est-ce que par hasard"'.. Non, non, ce n'est pas possible!

neuboroug. Qu'est-ce que c'est?

walpole, se promenant. Pourquoi pas? Je le saurai!..

neuboroug, le suivant. Mais qu'as-tu clone?

walpole. Rien, mon ami!.. Mais vois si l'en peut jamais faire des projets!.. Je m'étais levé ce matin avec les idées li s plus riantes. Cette journée que j'allais passer avec vous m'offrait une perspective délicieuse... Il me semblait qu'au milieu de mes ennuis c'était un jour de congé... Et voilà que la moindre contrariété, la moindre inquiétude me rend à moi-même et me poursuit jusque dans mon bonheur!

neuboroug. Voilà justement ce qui te l'ail mal... Il faut chasser toutes ces idées-là... entends-tu bien?

walpole, toujours préoccupé. Oui, mon ami...

L'AMBITIEUX

neuboroug. N'avoir avant et après les repas que des pensées agréables qui préparent ou facilitent la digestion.

walpole, avec impatience. Bien, mon ami... (A part.) S'il était vrai ! morbleu !

neuboroug. Surtout... et je ne puis pas trop te le recommander, se mettre à table à des heures fixes et réglées! ne jamais faire attendre l'estomac, et il parait qu'ici l'on attend beaucoup.

walpole. Non, mon ami...

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