‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 174 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

WALPOLE, entre en lisant avec agitation des Mires qu'il tient à la main; puis il s'assied sur le fauteuil à droite. NEUBOROUG, entrant par le fond.

neuboboug, l'apercevant. C'est lui ! (S' approchant de Walpole sans que celui-ci sorte de sa rêverie, et lui frappant sur l'épaule.) Robert !..

walpole, levant la tête. Qu'est-ce donc?. . Ah ! . . c'est toi ! . .

seuboroug. A la bonne heure, au moins! te voilà dans un bon fauteuil, à te reposer et à ne rien faire! Tu commences enfin à jouir de toi-même! à être tranquille !

walpole, avec impatience. Oui, mon ami!..

neubop.oug. Aussi je suis fâché de te rappeler aux affaires... mais ce sera pour la dernière fois... Le roi t'attendra vers deux heures dans son cabinet !

walpole. Le roi !.. tu Tas vu?

neuboroug. A l' instant !

walpole. Tu ne le quittes donc plus?

neuboroug. Dans ton intérêt!.: H voulait savoir de tes nouvelles!., et il m'a reçu!., j'en suis encore tout ému !.. Il m'a parlé de ma position actuelle, de mon avenir, de ma fille... 11 m'a répété : Un ami de Walpole peut arriver à tout... Enfin, de ces phrases qui signifient : Demandez-moi quelque chose... Mais tu sens bien... que moi... D'ailleurs, qu'est-ce que je lui aurais demandé?., je n'en sais rien... Aussi je ne lui ai parlé que de toi, dê la joie avec laquelle tu avais reçu sa lettre, de la reconnaissance, et enfin de la santé qui est déjà meilleure !

walpole, qui l'a écouté avec impatience. Eh! morbleu !.. de quoi te mèles-tu? tu as eu tort.., (Il se lève.)

neuboroug. Moi!., et pourquoi?..

walpole. Parce que je souffre,., parce que je me porte trèsmal...

neuboroug, lui prenant le pouls. C'est vrai !.. Il y a toujours là des symptômes d'irritation et de fièvre nerveuse... Cela m'étonne.

walpole. Et le moyen qu'il en soit autrement... au milieu des tracas, des allées et venues, des intrigues qui m'assaillent de tous côtés!.. Déjà, et je ne sais comment, car c'était un secret entre nous, le bruit de ma démission s'est répandu... (Montrant les lettres qu'il tient.) et c'est à qui, amis ou ennemis, viendra me demander ma protection pour obtenir de moi vivant un lambeau de mon héritage.

neuboroug. Que l'importe?..

walpole. Ce qu'il m'importe?.. Encore faut-il avoir sa tète.,, son jugement,., pour ne passe laisser influencer dans son choix., car déjà le comte de Sunderland croit triompher... Tu vois bien que sa fille avait raison ce matin... 11 y a entre elle et tel grand personnage des intelligences dont j'ai acquis la preuve, et l'on ne in'ôiera pas de l'idée qu'elle croit m'avoir renversé !

neuboroug, riant. Y penses-tu?.. celui qui t'a renversé, c'est moi... c'est ton ami... tout le monde le sait... c'est la volonté de ton médecin... ou plutôt la tienne. (Lui prenant lamain.) Et tu as bien fait... je te l'atteste... Aussi, comme je te l'ai dit, le roi t'attend dans son cabinet pour causer de ton successeur et avoir là-dessus tes idées...

walpole. Des idées... des idées... crois-tu que j'en aie ? il faut le temps..,

neubormlg. Le pays cependant ne peut pis nnreher comme ça sans ministres; il n'aurait qu'à s'y habituer, vois ce que cela deviendrait !..

walpole. Je le sais bien... mais, obligé de combiner à h hâte, de recomposer ce ministère, de nommer, pour 011tenter le roi, sept ou huit personnes qui lui plaisent... croistu que ce soit facile... et où les trouver?

neuboroug. Blh!,, en cherchant bien !

walpole, avec impatience. J'ai beau chercher, je ne vols pas qui pourrait se charger d'un fardeau pareil!

neuboroug. 11 y aura des gens qui se dévoueront.

walpole, avec impatience. Et lesquels?.. Eit-cetoi?

neuboroug, se récriant. Moi!., y penses-tu ? Moi te remplacer et être premier ministre ! esl-ce que c'est possible ?.. Par exemple, je ne dis pas... s'iiy avait quelque emploi modeste, quelque place obscure... dans les premiers rangs. . . je pourrais aussi bien que tout autre...

walpole. Toi, Williams! te lancer dans l'administration ! toi, un médecin !

neuboroug. D'abord, je ne suis pas médecin... je suis député ! et ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'occupe des affaires publiques... Tout le monde s'en occupe en Angleterre, et j'ai fait mes preuves !

walpole. Par tes écrits... sans contredit! mais n'ayant encore exercé aucun emploi...

neuboroug- Raison de plus! pas d'antécédents, pas de système arrêté, ça peut aller à tout ce qu'on voudra ! Après cela, je ne suis pas exigeant, je ne tiens pas à briller; au contraire ! Il y a, pour commencer, de petits ministères sans conséquence que tout le monde peut occuper et qui ne voin obligent à rien... qu'à résidence! voilà ce qu'il me faut, ou même moins encore!..

walpole. Mais tes forces, ta santé...

neuboroug. Je me porte bien, et puis, en cas de danger., je «Saurais mieux que personne les moyens de...

walpole. Sans contredit... mais ton repos, mon ami, ti tranquillité...

neuboroug. On se sacrifie... pendai.t quelques années...

c'est trois ou quatre ans de courage et puis, quand

on a fait ses affaires, on prend sa retraite... une bonne retraite quelque place inamovible où l'on soit tranquille...

walpole, d'un air railleur. A merveille! des places, des titres... toi qui hier encore. .

neuboroug. Mon Dieu ! . . je dev ine ce que lu vas médire!., ce serait bon, si j'étais ambitieux... mais je ne le suis pas l.. je ne m'échauffe pas... je ne me monte pas la tète, je ne tiens pas aux titres... aux dignités... je les méprise autant que loi... aussi, mon ami, ce que j'en fais n'est pas pour moi, c'est pour ma fille, c'est pour son établissement... parce que la fille d'un homme en place, cela se marte toujours... Apres cela, je lelejure bien.,, je m'en vais... je me retire... dans la terre de mon gendre... ou je reviens à mes malades... qui auront profité de mon absence pour vieillir. Ceux-là du moins béniront mon administration, et je tâcherai qu'ils ne soient pas les seuls... Voilà mes plans, mes projets, et maintenant qu'as-tu à répondre ?

walpole. Rien, mon ami... je parlerai de cela à Sa Majesté qui ne demandera pas mieux! On pourra te placer parmi les lords de la trésorerie ou de l'amirauté, ou dans les conseillers du roi !

neuboroug, prêt à partir. Tout ce qui te plaira... mais du silence! que celareste entre nous! (Iluvenant.) Par exemple, tu pourrais peut être, et comme une indiscrétion qui viendrait de toi, laisser deviner au roi que je suis l'auteur des Lettres irlandaises.

L'AMBITIEUX

walpole. Et l'anonyme que tu voulais garder, et ta modestie... i

neugoroug. Je n'en ai plus besoin, puisque je vais être en plaee... du reste, ce que je te dis là...

walpole. Sois tranquille!., mais laisse-moi, car je n'ai encore rien d'arrêté, et si le roi m'attend...

NEUcor.ouc. Oui, mon ami, je te laisse et je compte sur toi.

walpole. Et lu tais bien ! {Neulioroug sort.)

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