SCÈNE X WALPOLE, NEUBOROUG
walpole, apercevant Neuboroug et lui prenant les mains. Ah ! te voilà, mon ami, mon seul ami! neuboroug. As-tu vu leroi?..
WALPOLE. Olli!..
neuboroug. Je m'en suis douté... car je l'ai rencontré qui sortait d'ici... il m'a salué d'un air très-agréable en traversant la terrasse qui était encombrée de courtisans...
walpole. Le roi n'était pas seul!..
neuboroug. Non, il s'appuyait affectueusement sur le bras de lord Henri... et ils disaient tous : Ce Walpole est-il en faveur! il suffit d'être son neveu, son parent, pour être traité par le roi comme un membre de la famille royale. — Sa Majesté s'est alors approchée de la terrasse au bas de laquelle étaient rassemblés des gens du peuple et des matelols qui murmuraient à haute voix : La guerre! la guerre ! guerre à l'Espagne! — Vous l'entendez, sire, s'est écrié lo;d Henri... — Eh bien ! mon brave officier, a dit le roi en lui frappant sur l'épaule, nous la leur donnerons, n'est-il pas vrai ?
walpole. Il a dit cela ?.. iU'apromisaussiformellement?..
neuboroug. Tout haut, devant tout le monde! et alors de toutes parts ont retenti les cris de Vive le roi!.. Vive Walpole! parce qu'ils croient toujours que c'est toi qui restes au ministère... et moi je riais!.. Que les hommes sont singuliers et qu'il faut peu de chose pour les... Et dis-moi, tu as donc songé à moi?
walpole. Oui, mon ami, oui, je t'ai mis sur une liste qui doit être soumise au roi et qu'il approuvera, j'en suis sûr...
neuboroug. M'as-tu mis dans la trésorerie... ou dans l'amirauté?..
walpole, à demi-voix. Eh! que dirais-tu s'il y avait moyen d'arriver plus haut? de parvenir peut-être jusqu'au premier rang?
neuboroug. Non, non, ne me tente pas!., lu sais que je n'ai pas d'ambition !.. Un petit ministère inoffensif, bien tranquille, bien modeste, où je sois comme à l'abri des affaires... voilà tout ce qu'il me faut!..
walpole. Et pourquoi donc?., tu ne te rends pas justice... N'as-tu pas des titres? et puis enfin, un homme mûr... raisonnable...
neuboroug. C'est vrai !
walpole, avec amertume. Ce n'est pas un jeune homme! il ne monle pas à cheval, celui-là ! neuboroug. Jamais !..
walpole, de même. Il n'a pas de villa élégante... de mai- , son de campagne...
neuboroug. l'as encore!., mais cela peut venir... et si le roi le veut... \
walpole, lui saisissant le bras avec force. Il le voudra... j'en réponds... Il y aura des obstacles... des obstacles terribles... Les princes ont tant de caprices, ils oublient si vite les services liasses... Mais enfin, rassure-toi... dans un gouvernement tel que le nôtre, il ne suffit pas d'être le favori !
du roi pour faire un ministre... il faut encore du crédit, du talent...
neuboroug. Tu es bien bon!..
walpole. Il faut avoir pour soi la majorité... l'opinion publique... et l'on verra...
neuboroug". Oui, mon ami, oui, nous verrons... mais calme-toi!., car te voilà dans un état qui m'effraie... Tu avais donné ta démission pour être tranquille...
walpole. Et je le suis, mon ami, je le suis...
neuboroug, remontant vers la porte du fond. Entends-tu ces cris... c'est le roi qui part... il est à cheval... ton neveu est à côté de lui !.. à sa droite...
walpole, avec colère. A sa droite... tu en es sûr!..
neuboroug. Parbleu ! je le vois... ah! mon Dieu !.. il laisse tomber sa cravache... le roi lui offre la sienne... quel honneur!
walpole, à part. C'en est tpop! [Haut, à Neuboroug.) Viens... j'y perdrai mon nom ou nous renverserons ceux qui aspirent au pouvoir.
neuboroug. Nous les renverserons...
walpole. Et puisque le roi veut décidément la guerre...
neuboroug. Nous la lui donnerons... on l'a toujours quand on veut ! ce n'est pas comme la paix !
walpole, l'entraînant. Viens, te dis-je, il faut se hâter. (// sort en entraînant Neuboroug par le fond.)
FIN DU TROISIÈME ACTE