SCÈNE IV
Les précédents, VERNISSAC.
vernissac. Ah ! la maudite salle, on étouffe de chaud. Eh! san-dieu. garçon!
moka. Monsieur veut-il quelque chose?
(I) Vernetj jeune acteur plein de gaieté et de naturel, qui dans;, le Combat de , Montagnes jouait le r ôle du llussu. C'est aussi lui qui jouait M. Gobin, et il avait su avec un rare talent donner a t> s ileux rôle* une couleur et une physionomie dilférentes. !
vernissac. Oui, sans doute, une glacj. Est-ce que S.tinville n'est pas venu ?
moka. Non, Monsieur; mais si vous voulez...
vernissac. Non; je n'aurai soif que quand il sêra arrivé.
madame gobin. Quel est ce monsieur ?
moka. Un auteur gascon, qui trouve toujours moyen de se faire payer ses repas par ses confrères^ et même se.- rafraîchissements.
vernissac.
Air du Fleuve de la vie.
Grâce au droit qu'ici je m'arroge, Je suis riche sans rien avoir; J'ai ma voiture et j'ai ma loge, Je prends ma glace chaque soir.
Tous les jours, sans que l'on me prie, Je vais diner chez mes amis; C'est ainsi qu'on descend gratis Le fleuve de la vie.
(Au souffleur.) Eh! san-dieu! c'est vous, Mossou; je n'ai point reçu votre réponse pour ce petit ouvrage, car c'est à vous qu'on les adresse.
legrand. Non, je ne me rappelle pas.
vernissac. Oh! je vais vous mettre sur la voie : une petite pièce sur le saut du Niagara, une pièce épisodique. La première scène, nous mettons un avocat dans le genre de l'Avocat Patelin.
legrand. Ah! tant pis, Monsieur, la pièce ne sera pas reçue; nous n'oserions la jouer à cause de messieurs de la faculté de droit.
vernissac Ah! qu'importe? je ne tiens pas à une scène ; nous commencerons par la seconde. C'est un médecin comme ceux de Molière.
legrand. Ça ne se peut pas, l'école de médecine qui se fâcherait...
vernissac Allons, commençons donc par la troisième; c'est un grand politique qui parle de tout.
legrand. Nousauriotis contre nous la moitié des salons de Paris.
vernissac San-dieu ! Monsieur, de qui alors voulez -vous que je me moque? sera-ce des gens d'esprit?
legrand. Non pas; chacun crierait qu'on l'attaque.
vernissac Eh bien! alors j'attaque ceux qui n'en ont pas. Eh donc! je n'aurai rien à craindre?
legrand. Peut-être, Monsieur ; il ne faut jamais avoir à lutter contre la majorité.
vernissac San-dieu ! comment voulez-vous donc que l'on écrive la comédie?
legrand. Oh ! je vais vous le dire.
Air : J'avais un billet d'amateur.
Ne dites rien des procureurs, Et silence sur les notaires.
Craignez nos modernes docteurs, Respectez les apothicaires.
Ne parlez pas des grands seigneurs, Des journaux, de vers ni de belles, Mais du reste, peignez nos mœurs, Et surtout qu elles soient fidèles.
Il me semblequ'il vous reste encore un champ assez vaste. vernissac Je ne vois pas cela.
legrand. C'est que vous ne voulez pas voir.
Ain : Ces postillons.
Des gais enfants île la Garonne Peignez l'esprit et les traits fanfarons.
VEI1NISSAC.
Non pas, san-dieu! je défends en personne Qu'on ose attaquer les Gascons.