‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 213 sur 1121 · LA REINE, KOLLER · texte numérisé non relu

LA REINE, KOLLER

la reine. Ah ! c'est vous, Koller. (Elle regarde autour d'elle avec inquiétude .)

koller. Ne craignez rien, Madame, nous sommes seuls; ils sont tous en ce moment aux pieds de Struensée ou de la reine Malhildc... Avcz-vous parlé au roi?

la reine. Hier, comme nous en étions convenus; je l'ai trouvé seul, dans un appartement retiré, triste et pensif; une grosse larme coulait de ses yeux : il caressait cet énorme chien, son fidèle compagnon, le seul de ses serviteurs qui ne fait pas abandonné! — Mon fils, lui ai-je dit, me reconnaissez-vous? — Oui, nfa-t-il répondu, vous êtes ma belleuiere... non, non, a-t-il ajouté vivement, mon amie, ma véritable aune, car vous me plaignez! vous venez me voir, vous!.. Et il m'a tendu la main avec reconnaissance.

koller, Il n'e.-it donc pas, comme ou ledit, privé de la raison ?

la REINE. Non, mais vieux avant l'âge, usé par les excès de tptll genre, foutes ses farullés seinhlenitaanéaiii ies : sa tète est trop faible pour supporter ou le morn<ire travail ou la moindre discussion ; il parle avec peine, avec elfort; mais

ET RATON

en vous écoutant, ses yeux s'animent et brillent encore d'une expression singulière; en ce moment ses traits ne respiraient que la souffrance, et il me dit avec un sourire douloureux : Vous le voyez, mon amie, ils m' abandonnent tous ; et Mathilde que j'aimais tant, Mathikle, ma femme, où est-elle?

koller. Il fallait profiter de l'occasion, lui faire connaître la vérité.

la reine. C'est ce que j'ai fait avec ménagement, avec adresse, lui rappelant successivement le temps de son voyage en Angleterre et en France, à la cour de Georges et de Louis XV, lorsque Struensée, l'accompagnant comme médecin, gagna d'abord sa confiance el son amitié; puis je le lui ai montré plus tard, à son retour en Danemark, présente par lui à la jeune reine, et, pendant la longue maladie de son fils, admis dans sou intimité,. h voyant à toute heure. Je lui ai peint une princesse de dix-huit ans, écoutant suis défiance les discours d'un homme jeune, beau, aimable, ambitieux; ne prenant bientôt que lui pour guide et pour conseil; se Jet m t. par ses avis dans le parti qui demandait la reforme, et plaçant enfin à li tète du ministère ce même Slruensée, parvenu audacieux, favori insolent qui, par les boutés de son roi et de sa souveraine, élevé successivement au rang de gouverneur du prince royal, de conseiller, de comte, de premier ministre enfin, osait maintenant, parjure à la reconnaissance et à l'honneur, oublier ce qu'il devait à son bienfaiteur et à son roi, et ne craignait pas d'outrager 1 1 maje.- té du trône !.. A ce mot, un éclair d'indignation a brillé dans les yeux du monarque déchu ; sa figure pâle et souffrante s'est animée d'une subite rougeur ; puis, avec une force dont je ne l'aurais pas cru capable, il a appelé, il s'est écrie : La reine!., la reine! qu'elle vienne! je veux lui parler !

koller. 0 ciel!

la reine. Quelques instants après a paru Mathikle, ave: cet air que vous lui connaissez... cet air d'amizone; h iè'c haute, le sourire superbe, et laissant tomber sur moi un regard de triomphe et de dédain. Je suis sortie, et j'ignore quelles armes elle a employées pour sa défense; mais ce matin elle et Struensée sont plus puissants que jamais; et cet édit qu'elle a arraché au faible monarque, cet édit que publie aujourd'hui la Gazette royale, donne au premier ministre , à notre ennemi mortel, toutes les prérogatives de la royauté.

koller. Pouvoir dont Mathikle va se servir contre vous, et je ne doute pas que dans sa vengeance...

la reine. Il faut donc la prévenir. Il faut, aujourd'hui même... (S'arrêtant.) Qui vient là?

koller, regardant au fond. Des anis de Struensée! le neveu du ministre de la mirine, Frédéric de Goelhcr, puis M. de Falkenskield, le ministre de la guerre; sa fille est avec lui !

la reine. Une demoiselle d'honneur de la reine Mathikle... Silence devant elle!

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