‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 297 sur 1121 · AGATHE, CÉSARINE, EDMOND, ZOÉ, BERNARDET · texte numérisé non relu

AGATHE, CÉSARINE, EDMOND, ZOÉ, BERNARDET

(Césanne s'assied au milieu du théâtre, devant un métier à tapisserie; Agathe est assise à gauche, et brode ; Zoé, près de la table, à droite, fait du filet; Bernardet, debout, le dos à la cheminée. Edmond salue les deux dames.)

edmond, à Césarine, d'un air froid. C'est bien indiscret, sans doute, de me présenter ainsi chez vous, Madame. La nouvelle que je viens d'apprendre me servira d'excuse. Estil vrai que M. de Miremoiit soit aussi mal qu'on le dit?

césarine. Mais il n'est pas bien; voici monsieur Bernardet qui le soigne...

edmond, saluant à peine Bernardet, et se tournant du côté de Zoé. Elle ine t'ait trembler!

césarine. Et nous ne sommes pas sans espérances pour une santé qui, ainsi que nous, vous intéresse...

edmond. Plus que je ne peux vous dire, Madame. M. de Miremont fut l'ami de mon père, il fut le mien , et s'il a cessé de l'être, il ne m'est pas venu un seul instant l'idée de l'en accuser.

césarine. Et qui donc, Monsieur, en accuseriez-vous? edmond. Ne me le demandez pas, Madame, car je suis 'a franchise même, et je vous le dirais.

césarine, souriant. Peut-être vous tromperiez-vous ? edmond, avec colère. Eh! Madame!

zoé, àpart. L'imprudent!

edmond. Pardon ! j'oubliais que je suis chez vous. (Césarine, d'un air aimable, fait signe à Edmond de s'asseoir ; celui-ci va chercher une cliaise au fond du théâtre, et vient s'asseoir entre Césarine et Zoé. Tout cela s'exécute pendant l'aparté qui suit.)

bernardet, près de Zo<. , Diable m'emporte si je sais pour-

LA CAMARADERIE

quoi elle le protège ! car il n'est pas aimable. (À demi-voix.) Et à moins qu'il n'y ait de l'amour sous jeu...

zoé, de même. Peut-être bien.

bernaiidet. C'est différent, tout s'explique.

césarine, toujours à travailler. Ainsi, monsieur Edmond, et d'après votre aveu, vous venez ici exprès pour me chercher querelle ; c'est, bten.

EDMOND. Non, Madame; je ne croyais pas, je l'avoue, avoir le pla'sir de vous rencontrer...

césarine. Ce qui veut dire que ce n'est pas pour moi que vous veniez.

edmond. Je m'en accuse, Madame.

zoé, à part. Maladroit!

edmond. J'ignore pour quelle raison madame de Montlucar m'avait écrit de venir la trouver ici.

césarine. Ah! Zoé vous avait écrit... d'elle-même... sans m'en prévenir?

zoé, vivement. Oui, Madame.

césarine, à part, avec satisfaction. C'est bien; c'est de l'intelligence.

edmond. J'ai pensé que mademoiselle Agathe avait quelques ordres à me donner.

agathe. Moi ! Monsieur?

zoé, laissant tomber à terre son peloton. Aïe! ma soie! (Edmond se baisse pour ramasser le peloton, qu'il lui rend.)

zoé, à demi-voix, et rapidement. Ne parlez pas à Agathe, ns la regardez pas tant que sa belle-mère sera là.

edmond, de même. Pourquoi?

zoé, de même. Parce que !..

césarine, toujours occupée à travailler. On assure, monsieur de Varennes, que vqusyous mettez sur les rangs pour la députation de Saint-Denis.

edmond. J'y ai renoncé, Madame,

césarine. Et pourquoi donc? vous auriez des amis...

edmond. J'en doute ; je n'en connais pas un qui voulût me servir.

césarine. Pas un?., voilà c\e l'exagération.

edmond. En effet, je me trompais... Il m'en est arrivé un que je ne connais pas, et que je n'ai vu qu'une fois en ma vie... hier, à un déjeuner chez, M, Oscar... C'est, je crois, M. Dutillet qu'on le nomme... un libraire...

iîernardet, bas, à Zoé. Un des nôtres que j'ai prévenu.

edmond. Je le rencontre tout à l'heure dans la rue ; il vi'jnt, à moi et me tend la main. « Quand j'ai des torts, me dit-il, je les reconnais. Je sais maintenant que de tous les candidats c'est vous qui avez le plus de titres, et vous aurez nia voix ; car j'ai été éclairé sur votre compte par un ami. » Et cet ami, quel est-il?

dernardet, s: 'avançant avec noblesse . C'est moi, Monsieur.

edmond, se levant. Vous !

iîernardet. Oui, jeune homme, j'ai parlé en votre faveur!

edmond. Après ce qui s'est passé entre nous!

iîernardet. Cela n'y fait rien ! Je ne vous aime pas, je suis trop franc pour dire le contraire... je ne vous aime pas. . . mais je vous estime. (Montrant Césarine et Zoé.) Ces deux dames vous diront que tout à l'heure encore je faisais votre éloge !

césarine et zoé. C'est vrai.

agathe, étonnée. Est-il possible!

edmond. Moi qui vous ai offensé?

iîernardet. Cela vous prouvera que si je cherche à m'avancer dans le monde, parce que chacun pour soi et Dieu pour tous, comme dit le proverbe, cela ne m'empêche pas du moins de rendre justice au mérite quand par hasard il se rencontre... Oui, Monsieur, je vais de ce pas parler pour vous à tous nos amis, à tous les électeurs que je connais!., et pour cela je ne vous demande rien, pas même de la reconnaissance... Adieu, Mesdames. I dsorl.)

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