SCENE v
M. DE MIREMONT, allant se mettre à la table, à gauche ; EDMOND, BERNARDET.
bernardet, regardant sortir Césarine et se frottant les mains. A merveille! Tout ça marche... je suis sûr d'elle à présent... il faudra bien qu'elle serve mes amours, comme i j'ai servi les siennes... Ainsi portons les derniers coups. (Haut, à Edmond.) Allons, mon jeune ami, il n'y a pas de temps à perdre... il faut, comme on dit, battre le fer pendant qu'il est chaud... Allez aux élections.
edmond. Moi?
bernardet. Certainement. Il ne faut pas rester là pendant que votre sort se décide; il faut vous montrer, il faut être député; nous le voulons, nous y sommes intéressés.
edmond. Monsieur!., un tel dévouement, une amitié aussi active...
bernardet. Voilà comme je suis!.. En servant mes amis, c'est moi-même que je sers. Partez vite.
edmond. Je n'oserai jamais, seul et inconnu, me présenter ainsi moi-même...
LA CAMARADERIE
bernardet. C'est juste ; il vous faudrait un patronage élevé et honorable.
edmond. Monsieur de Miremont a la bonté d'écrire en ma faveur.
m. de miremont, àlatûble. Je commence la seconde lettre... . bernardet. Ce sera trop long; il est déjà tard, et il vaut bien mieux que monsieur le comte ait la bonté de vous présenter lui-même aux électeurs. 11 y a là des percepteurs, des notaires, des fermiers qui lui sont dévoués : l'affaire est sûre.
m. de miremont, se levant. Je ne demanderais pas mieux; mais dans l'état de santé ou je suis...
edmond, vivement. Vous avez raison ; je ne souffrirai pas que pour moi vous vous exposiez à vous rendre plus malade.
BERNARDET. LaisSCZ dORC !..
m. de miremont. Vous m'avez expressément défendu de sortir, et je crois, docteur, que vous avez bien fait; car je me sens !à des chaleurs et des brùlements affreux.
edmond. Vous l'entendez!..
bernardet, à demi-voix , à Edmond. Soyez tranquille; dans un instant il sera guéri. (.4 part.) Maintenant que la loi est passée, il n'y a pas de danger. (// passe près de M. de Miremont. — Haut, à M. de Miremont.) Voyons le pouls... (Il prend le bras de M. de Miremont, et cause tout en luitâtant le pouls.) Le ministre m'a demandé de vos nouvelles.
M. DE MIREMONT. Ah !
bernardet. Je lui ai dit que je vous conseillais le repos, l'air de la campagne. (Lui tenant toujours le pouls.) Ne bougez pas .. Et il m'a répondu : « Grâce au ciel, il aura le temps, car voilà notre procès politique remis à trois mois, à la prochaine session. »
M. DE MIREMONT. Comment?
bernardet, de même. Le pouls est bon ! m. de miremont, avec joie. Le procès est remis ? bernardet. C'est officiel... on vous le dira. edmond. Oui, Monsieur.
m. de miremont. Et que me disait donc ma femme?
bernardet, froidement. E!ïe se sera trompée... (Tenant toujours le pouls.) Pas de fréquence, pas d'agitation, pas de chaleur; vous devez aller mieux.
m. de miremont, hésitant. C'est vrai; je ne dis pas non.
bernardet. Le pouls marche à merveille; la fièvre a disparu, vous pouvez sortir.
m. de miremont. Vous croyez?
bernardet. J'en réponds.
m. de miremont. Alors, vite, mes chevaux!
bernardet, bas , à Edmond. Qu'est-ce que je vous disais!
edmond, stupéfait. Je n'en reviens pas!
m. de miremont, au domestique. Mes chevaux à l'instant ?
bernardet. C'est inutile; les moments sont précieux, ma voiture est en bas, prenez-la.
edmond. Quoi! vous voulez?..
bernardet. Certainement! Est-ce qu'on se gène, entre amis? (Au domestique.) Le chapeau de votre maître, sa douillette, ses gants; allons, dépêchons!
edmond, à Bernardet. Ah ! mon cher ami, que ne vous devrai-je pas?
bernardet, riant. Une place de député.
edmond. Plus encore!., le bonheur de ma vie entière. Vous serez à mon mariage, vous serez mon témoin, je le veux.
ri iin \rdf.t, étonné. Comment?
EDMOND. Eh! oui ; mademoiselle Agathe, que j'épousi'; son pève y consent; c'est sa belle-mère qui a parlé pour moi, qui m'a protégé.
BERNARDET. Madame de MilT'Illi Mit ! . .
edmondi Tout est convenu... si je suis"nommé.
BKRNAHDET, Ù part. 0 Cll l !
m. DE miremont, (piia mis scs ganls, sa douillette cl son
chapeau, Venantprendre Edmond parle bras. Allons, allons, partons vite ! et puisque le docteur le yeut, prenons sa voiture ! (Ils sortent.)