‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 327 sur 1121 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

ABIGAIL, suit un instant les membres de l'opposition qui se retirent par la porte du fond, puis elle redescend le théâtre, à gauche. BOLINGBROKE,

bolingbroke. A merveille!., mais s'ils croient que c'est fini., ils se trompent bien ., grâce à cette ordonnance, j'arrêterai plutôt toute l'Angleterre... (Se retournant vers Abigaïl qui, se soutenant à peine, s'appuie sur un fauteuil, à gauche.) Ah! mon Dieu!., qu'avez-vous donc?

abigaïl. Ce que j'ai!., vous venez de nous perdre.

bolingbroke. Comment cela?

abigaïl. Ce coupable que vous avez dénoncé à la vengeance du peuple et de la cour... celui que vous êtes chargé de poursuivre... d'arrêter... de faire condamner...

bolingbroke. Eh bien?..

abigaïl. Eh bien!., c'est Arthur!

bolingbroke. Quoi?., ce duel... cette rencontre...

abigaïl. C'était avec lord Bolingbroke, votre cousin, qu'il ne connaissait pas... mais qui depuis longtemps l'avait insulté.

bolingbroke, poussant un cri. J'y suis!., l'homme à la chiquenaude... Oui, ma chère, une véritable chiquenaude... c'est elle qui a été la cause de tout... d'un duel, d'une émeute... du superbe discours que je .viens de prononcer...1 et plus encore, d l'une ordonnance royale...

abigaïl. Qui vous prescrit de l'arrêter?

bolingbroke, vivement. L'arrêter!., allons donc ! Celui à qui je dois tout, un rang, un litre et des millions!., non... non... je ne suis pas assez ingrat, assez grand seigneur pour cela. (Prenant l'ordonnance qu'il veut déchirer.) Et plutôt, morbleu... (S'arrétant.) 0 ciel!., et tout un parti qui compte sur moi... et l'opposition entière que j'ai déchaînée contre ce malheureux duel... et puis enfin, aux yeux de tous... c'est mon parent... c'est mon cousin...

abigaïl. Que faire, mon Dieu !..

bolingbroke, gaiement. Parbleu!., je ne ferai rien... que du bruit... des articles et des discours, jusqu'à ce que vous ayez la certitude qu'il est en sûreté, et qu'il a quitté l'Angleterre... Je me montre alors, etje le fais poursuivre dans tout le royaume avec une rage qui met à l'abri mes sentiments et ma responsabilité de cousin !

abigaïl. Ah! que vous êtes bon !.. que vous êtes aimable... C'est bien, c'est à merveille... Et comme depuis hier qu'il nous a quittés il doit être loin maintenant... (Poussant un cri en apercevant Masham.) Ah!

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