LA DUCHESSE, LA REINE, ABICAIL
la duchesse, entrantpar laporte du fond. Voici, Madame, des dépêches du maréchal... et puis, malgré l'eftet qu'a produit le discours de Bolingbroke... (Elle s'arrête en apercevant Abigaïl.)
la reine. Eh bien!., achevez.
la duchesse, montrant Abigaïl. J'attends que Mademoiselle soit sortie.
abigaïl, s'adressant à la reine. Votre Majesté m'ordonnet-clle de m'éloigner ?
la reine, avec embarras. Non... car j'ai tout à l'heure des
ordres à vous donner (Avec une sécheresse affectée.)
Prenez un livre. (A la duchesse, d'un air gracieux.) Eh bien! duchesse?..
la duchesse, avec humeur. Eh bien ! malgré le discours de Bolingbroke, les suicides sont votés, et la majorité, jusqu'ici douteuse, se dessine pour nous, à la condition que la question sera nettement tranchée, et qu'on renoncera à toute négociation avec Louis XIV !
la reine. Certainement.
la duchesse. Voilà pourquoi l'arrivée à Londres et la présence du marquis de Torcy produisaient un si mauvais effet; et j'ai eu grandement raison, comme nous en étions convenues, de promettre, en votre nom, que vous ne le verriez pas, et qu'aujourd'hui même il recevrait ses passeports...
abigaïl, près du guéridon, à droite, où elle est assise, et laissant tomber son livre. 0 ciel!
LA DUCHESSE. Qu'aVCZ-VOUS ?
abigaïl, regardant la reine d'un air suppliant. Ce livre... que j'ai laissé tomber !
la reine, à la duchesse. Il me semble, cependant... que, sans rien préjuger, on pourrait peut-être entendre le marquis...
la duchesse. L'entendre... le,recevoir... pour que la majorité, incertaine et flottante, se tourne contre nous et donne gain de cause à Bolingbroke !
la reine. Vous croyez!..
la duchesse. Mieux vaudrait cent fois retirer le bill, ne pas le présenter ; et si Votre Majesté veut en prendre sur elle les conséquences, et s'exposer au bouleversement général qui en sera la suite.. .
la reine, effrayée, et avec humeur. Eh ! non, mon Dieu' qu'on ne m'en parle plus... c'en est trop déjà! (Elle va s'asseoir près de la table, à gauche.)
la duchesse. A la bonne heure!.. Je vais annoncer au maréchal ce qui se passe, et en même temps écrire, pour le marquis de Torcy, cette lettre que je soumettrai à l'approbation et à la signature de Votre Majesté...
la reine. C'est bien !
la duchesse. Ici... à trois heures, en venant la prendre pour aller à la chapelle!
la reine. A merveille... je vous remercie!..
la duchesse, a part. Enfin! (Elle sort.)
a uiga 1. , tpii pendant ce temps est toujours restée assise près du guéridon. Pauvre marquis de Torcy... nous voilà bien! (Elle se lève et vu replacer près de laporte du fond le tabouret qu'elle y avait pris.)
LE VERRE D'EAU
la reine, à gauche, et prenant les dépêches que la duchesse hua remises. Ah! quel ennui! Entendrai-je donc toujours parler de bill, de parlement, de discussions politiques?., et ces dépêches du maréchal... qu'il me faut lire, comme si je comprenais quelque chose à ces termes de guerre! (Elle parcourt le rapport.)