‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 351 sur 1121 · MASHAM, LA REINE, ABIGAÏL · texte numérisé non relu

MASHAM, LA REINE, ABIGAÏL

{Masham s'avance lentement, salue respectueusement la reine, qui, avec émotion et sans lui parler, lui fait signe de la main d'avancer.)

la reine, bas, à Abigaïl. Ferme ces portes... et reviens!..

[Abigaïl ferme la porte du cabinet, à droite, et celles du fond, et revient vivement se placer près de la reine.)

masham. Lord Bolingbroke m'envoie présenter à Votre Majesté ces papiers, qu'il ne pouvait, dit-il, confier qu'à moi, et qui sont de la dernière importance!..

la reine, avec bonté, et prenant les papiers. C'est bien, je vous remercie !

masham. Je dois les lui reporter avec la signature de Votre Majesté.

la reine. C'est vrai!., j'oubliais!.. [Elle passe près de la table, à gauche, et s'assied. Regardant les papiers.) Ah! mon Dieu! comme en voilà!.. [Elle àte ses gants, prend une plume et signe vivement, et sans les lire, les diverses ordonnances. Pendant ce temps, Masliam s'est approché d' Abigaïl, qui est de l'autre côté, à l'extrémité de droite.)

masham. Eh! mon Dieu ! miss Abigaïl, comme vous voilà pâle !

abigaïl, à demi-voix, avec émotion. Écoutez-moi, Arthur... j'ai le crédit... le pouvoir de la duchesse!

masham, avec joie. Est-il possible?

abigaïl, de même. La faveur de la reine! et je suis décidée à repousser tous ces biens... à y renoncer...

masham, étonné. Eh! pourquoi?..

abigaïl. Pour vous!.. Quelque fortune qui vous (misse arriver, en feriez-vous autant?

masham, vivement. Pouvez-vous le demander?

abigaïl, tremblante. Eh bien! Arthur, vous êtes aimé d'une grande dame... la première de ce royaume...

masham. Que dites-vous?

abigaïl. Silence !.. [Lui montrant la reine qui a achevé de signer et quis'avance vers lui.) La reine vous parle.

la reine. Voici les ordonnances que Bolingbroke vous avait chargé d'apporter à notre signature...

masham. Je remercie Votre Majesté, et vais annoncer à milord qu'il est ministre!

la reine. C'est généreux à vous, car le premier usage qu'il fera du pouvoir sera sans doute de poursuivre l'adversaire de Richard Bolingbroke, son cousin.

masham. Je ne crains rien !.. il sait comment ce duel s'est passé !

la reine. Et puis, vous avez pour vous de hautes protections... la nôtre d'abord, et, bien mieux encore, celle de la duchesse ! [Elle va s'asseoir sur le canapé à gauche du spectateur.— Masham est debout devant elle, et AbigciÛ debout derrière le canapé sur lequel elle s'appuie en regardant Masham.) On m'a assuré, Masham, mais vous n'en conviendrez pas, car vous êtes discret, on m'a assuré que vous l'aimiez...

masham. Moi, Madame... jamais!

la reine. Et pourquoi donc vous en défendre? la duchesse est fort belle, fort aimable, et le rang qu'elle occupe...

masham. Ah! qu'importe le rang et la puissance... on y songe peu quand on aime. [Regardant Abigaïl, qui est debout derrière la reine.) Et j'aime ailleurs!.. [Abigaïl fait un geste d'effroi.)

la reine, baissant les yeux. Ah! c'est différent... Et celle que vous aimez est donc bien belle!

masham, avec amour et regardant Abigaïl. Plus que je ne peux vous dire... [Se reprenant.) Se veux dire que je l'aime... que je suis heureux et fier de cet amour; et punissez-moi, Madame, si même ici, devant vous et à vos pieds, j'ose l'avouer...

la reine, se levant brusquement. Taisez-vous!., n'entendez-vous pas?..

abigaïl, montrant la porte du cabinet, à droite. On frappe à cette porte !

masham, montrant les portes du fond. Ainsi qu'à celles-ci! abigaïl. Et ce bruit au dehors!., les appartements se remplissent de monde.

LE VERRE D'EAU

la reine. Comment fuir maintenant?.. (Apart.avec effroi.) Et cette phrase de la duchesse ! (Haut.) Et si on le voit ici...

abigaïl. Là, sur ce balcon... (Masham s'élance sur le balcon à gauche; Abigaïl referme la fenêtre.)

la reine. C'est bien... va leur ouvrir.

abigaïl. Oui, Madame... mais du calme... du sang-froid.

la reine. Oh! j'en mourrai!

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