‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 373 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Au lever du rideau, JOSÉPHINE, ADRIENNE, TOINETTE, GOGO et GEORGINA sont autour d'une table, occupées à travailler; MIMI est à droite, près d'une table plus petite, et repasse une robe; PAMELA est assise seule à gauche, l'air triste et préoccupé; elle relit de temps en temps uni lettre qu'elle serre dans la poche de son tablier,

toutes, à Joséphine.

CHOEUR

Air de Thibaut.

Du silence, Recommence Ta romance; Écoutons!

Rien n'égale (bis.) La morale En chansons.

Brigitte, jeune ouvrière, A Bastien pensant encor, Dans sa chambre solitaire Travaillait, quand un milord

Vint lui dire :

« Je soupire,

« Et j'admire

« Ta vertu :

« Sans attendre,

« Viens te rendre

« Au plus tendre:

« Me veux-tu? »

« — Non, milord, suis enchaînée, « J'ai juré constante ardeur... »

« — J'ai pourtant mainte guinée, « Ton amant n'a que son cœur.

« Ma cassette,.

« Joliette

« Bien rachète

« Ma laideur...

« L'amour cesse,

« La r ichesse

« Fait sans cesse

« Le "bonheur. »

« — Milord, n'en suis point jalouse, « L'amour sait vivre de peu, « Dés demain Bastien m'epouse, « Nous dansons au Cadran-Bleu.

« Là, Brigitte « Vous invite.

« Gardez vite « Votre bien :

« Je suis bonne, « Peu friponne ; « Quand je donne, « C'est pour rien. »

CHOEUR

« Oui, Brigitte « Vous invite, « Etc., etc. »

sorte

mimi, toujours repassant. Tiens, c'est drôle! de qu'elle a refusé d'épouser le riche monsieur?

georgina. Oui. Elle n'est pas mal cette histoire-là , mais elle est trop invraisemblable.

mimi. Sans doute; l'autre a fait une bêtise. paméla. Dieu! Mesdemoiselles , je ne sais pas comment vous pouvez penser ainsi ; dés qu'elle en aimait un autre ; il me semble qu'en pareil cas c'est pour la vie.

georgina. Oui, parce que vous lisez tous les jours de mauvais romans de constance et de sympathie, qui vous donnent des idées fausses delà société, et cela, au lieu de travailler.

paméla. Oui, vous dites cela pour que Madame me renvoie; mais allez, cela m'est bien égal, pour ce que j'aii maintenant à rester ici.

georgina. Qu'est-ce qu'elle a donc?

mimi, quittant la table où elle repasse, et allant parler aux autres, à voix basse. Vous ne savez pas, Mesdemoiselles, Paméla m'a dit qu'elle voulait se périr! toutes. Bali î et pourquoi donc'

MIMI

Air : De sommeiller encor, ma chère.

C'est que par le destin injuste

Ses plus tendres vœux sont déçus;

Enfin, c'est que monsieur Auguste

L'adorait... et ne l'aime plus; Pour que la mort à ses maux la dérobe Elle se doit tuer par sentiment,

Dès qu'elle aura fini la robe

Qu'elle commence en ce moment.

georgina . Comment! Paméla, est-ce que ce serait vrai? pamél.v. Oui, Mesdemoiselles; mais comme je ne veux pas que Ma lame soit dans l'embarras àcausede moi, j'attendrai

qu'elle ait pris quelqu'un pour me remplacer, et alors...

georgina. 11 faut, ma chère, que vous ayez bien peu de judiciaire. Certainement Auguste est aimable, je ne dis pas non, mais quand je me tuerai pour lui... ce sont de ces inconséquences qui compromettent une jeune personne! se désespérer, àlabonne heure, parceque cela n'engage à rien.

cogo. C'est vrai; et puis qui sait? elle peut l'oublier.

georgina. Ah ! oui, il y a encore cela.

paméla. Vous croyez que c'est possible?

georgina. Dame ! en pensant à autre chose. Si vous étiez venues avec moi avant-hier, à Tivoli... (.4 voix basse.) Vous ne savez pas, Mesdemoiselles, qu'il m'est arrivé une aventure romanesque et incidente.

toutes. Une aventure !

georgina. Oui ; mais vous n'en direz rien.

toutes. Cela va sans dire; va donc vite.

Joséphine, qui pendant toute cette scène n'a pas cessé de travailler. Ah! Mesdemoiselles, qui est-ce qui a pris mon coton ?

gogo. Il est devant toi.

Joséphine. Ce n'est pas le mien : celui-ci n'est qu'en trois.

toutes, à Georgina. Eh bien ! Georgina, parle donc.

georgina. Imaginez-vous que voilà trois ou quatre dimanches de suite que nous rencontrons un jeune négociant anglais, très-riche et très-aimable, qui m'a prise pour une comtesse.

paméla. Tiens! et comment cela?

georgina. Ah! d'abord, parce que je le lui avais dit; et puis ensuite par la mise, qui était assez à effet.

Air : Un homme pour faire un tableau.

Les dames s'écriaient souvent :

Grands dieux! que sa robe est bieu faite! Et les hommes en m'admirant Disaient : Quelle taille parfaite!

Chacune aurait été, je croi, Fière de ce double suffrage :

Car la taille était bien à moi, Et la robô était mon ouvrage.

Mais ce qui a achevé de l'éblouir , c'est le fini de la conversation. Vous savez que j'ai été quelque temps demoiselle de compagnie ; et il suffit de quelques phrases ambiguës pour faire préjuger de l'instruction préliminaire qu'on peut avoir acquise : vous sentez bien que le dimanche je ne parle pas comme dans la semaine ; cela ferait deviner notre état. Enfin donc, de fil en aiguille, il a été question de mariage, d'établissement, et il attend ce soir la réponse de ses parents, parce que c'est aujourd'hui mardi, fête extraordinaire à Tivoli.

toutes. Dieux! est-elle heureuse!

gogo. Parce qu'elle va comme cela à Tivoli, dans des bals bien composés; moi qui ne vais qu'à la Chaumière, cela ne m 'arriverait jamais.

mimi. Oui, c'est ennuyeux; on s'y amuse, et voilà tout.

Joséphine, se levant. Enfin mon ouvrage est terminé.

georgina. Ah! mon Dieu, le mien qui n'est pas commencé, et la robe est promise pour ce soir ; je ne pourrai pas sortir, et ça peut faire manquer mon mariage.

Joséphine. Donnez, je vais vous aider.

georgina. Est-elle bonne cette petile Joséphine ! Mais comment faites-vous, ma chère, pour avoir toujours fini votre j I ouvrage avant nous ?

Joséphine. Dame, je travaille et ne cause avec personne.

mimi. Excepté avec Julien, quand il vient.

Joséphine. C'est mon futur; il est commis chez M. Van- Rerg, banquier hollandais, qui a une maison de commerce a Paris, et une à Amsterdam... Julien gagne dix-huit cents francs; et moi, de mon côté, par mon travail et mes économies, je me suis fait une petite fortune,

georgina. Combien donc?

Joséphine. Cinq mille francs.

mimi. Cinq mille francs!.. Quand tu nous feras accroire cela...

Joséphine. Oui, Mesdemoiselles : deux mille francs que j'ai mis de côté, et le reste...

paméla. Eh bien! le reste?

Joséphine. M'a été envoyé, il y a quelques années, je ne sais par qui : mais je présume que cela vient de ma famille.

mimi. De sa famille! elle n'en a pas : elle est orpheline.

Joséphine. Oui, mais j'ai ma cousine Gabrielle, qui m'aimait tant, et dont je n'ai pas eu de nouvelles depuis huit ans : voyez-vous, ma cousine Gabrielle n'était qu'une simple couturière comme nous.

Air du Pot de fleurs.

Mais elle avait tant d'attraits en partage, Qu'a chaque instant devant le magasin Se succédait maint brillant équipage; Mais un jour, voilà que soudain...

MIMI

J'y suis... c'est toujours de la sorte... L'ambiti m de son cœur s'empara :

Comment aller à pied, lorsque l'on a

Tant de voitures à sa porte ?

gogo. Oui, oui, l'on sait ce que c'est : un enlèvement.

Joséphine. Non, Mademoiselle, ma cousine n'était pas fille à se laisser enlever; apprenez qu'elle avait des principes.

mimi. Eli bien ! on l'aura enlevée avec ses principes.

Joséphine. C'est très-vilain ce que vous dites là.

paméla. Jo.éphine a raison; vous êtes très-mauvaise langue. (Toutes se lèvent.)

georgina. Eh bien ! Mesdemoiselles, n'allez-vous pas vous quereller? Taisez-vous donc, voici quelqu'un,

Joséphine. Dieu! c'est Julien!

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